mars/avril 2010

Alimenter la chaîne alimentaire

. Par D. Zlotnikov

Le potassium est la base de l’agriculture moderne et la Saskatchewan comporte la moitié des réserves mondiales de potasse. Potash Corporation of Saskatchewan, le plus gros producteur mondial, Mosaic et Agrium Inc., représentent 30 % du marché mondial de la potasse. Ces compagnies exportent leur produit par une filiale commune, Canpotex. La Russie et le Bélarus ont une mise en marché semblable; les compagnies Uralkali et Belaruskali détiennent ensemble la Belarusian Potash Co. (BPC). Canpotex et BPC sont responsables de 70 % des exportations mondiales de potasse.

« L’année 2008 a été formidable », dit Bill Johnson, directeur des relations publiques à la Potash Corporation. Il y a deux ans, le prix du disponible avait franchi les 1000 $/tonne, partant de 250 $ vers la fin de 2007; les ventes atteignaient 50 Mt. BPC et Canpotex visaient 1000 $/tonne comme prix de départ en 2009 mais ce fut le début de la crise financière.

Confrontés à une demande moindre pour les grains et un prix record pour les engrais, plusieurs agriculteurs ont décidé d’utiliser moins de potasse qu’auparavant. Uralkali a coupé sa production projetée au premier trimestre de 63 % et BPC a été forcée de baisser ses coûts. En Saskatchewan, les volumes de ventes de la Potash Corp. ont chuté de 86 % en Amérique du Nord et de 78 % à l’échelle mondiale. La compagnie a produit 8,7 Mt en 2008, mais seulement 3,4 Mt en 2009.

Selon Charles Neivert, de la banque d’investissement Dahlman Rose & Co., de New York, la situation s’est détériorée par l’attente d’un prix de vente adéquat. « Si vous demandez un certain prix et que tout le monde vous dit ‘non merci’, alors ce n’est pas le bon prix. À un moment donné, les taux de production étaient en deçà de 20 % de la capacité », dit-il. « La tentative des producteurs de maintenir les prix ne marchait tout simplement pas. »

Pourquoi une stratégie gagnante n’a-t-elle pas fonctionné cette fois-ci? « Un mauvais calcul des inventaires et la réaction des consommateurs au prix élevé peuvent en être la cause », explique M. Neivert. « Selon les producteurs, les clients ne pouvaient rien faire d’autre que de continuer à acheter. » Les agriculteurs ont cependant analysé la quantité de potasse déjà dans les sols; ils ont profité des réserves accumulées et ont ajusté l’utilisation des engrais.

Potash Corp. planifie augmenter sa capacité annuelle de production de 10 Mt à la fin de 2014; les compagnes Mosaic, Agrium, Israel Chemical, Uralkali et Arab Potash agrandissent aussi.

La minière BHP Billiton a annoncé récemment l’achat d’Athabasca Potash, une compagnie junior de la Saskatchewan pour la somme de 341 millions de dollars, et ce, après avoir acquis le projet d’exploration avancée Jansen en 2008. BHP entrera dans le marché de la potasse vers l’an 2015 avec une capacité annuelle de 8 Mt.

Contrôlant 70 % de la production, Canpotex et BPC contrôlent aussi les prix. Cependant, BHP pourrait changer le statu quo en construisant son propre port. Potash Corp., Mosaic et Agrium expédient par le même port et Canpotex effectue toutes les négociations de prix pour l’extérieur de l’Amérique du Nord. L’entrée en jeu de BHP ne constitue donc pas uniquement une augmentation de la capacité.

« BHP négocie déjà avec la Chine et l’Inde; la compagnie connaît ces marchés », ajoute M. Neivert. Selon le Wall Street Journal, BHP devra avoir un prix seuil de 500 $/tonne pour justifier les 10 milliards de dollars d’investissement requis pour commencer à produire en Saskatchewan. Les besoins mondiaux en alimentation seront toujours là. Les perspectives de l’industrie sont donc excellentes; il reste à voir qui aura la plus grande part du marché.

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