Gord Winkel

Éminent Conférencier 2013-14


« En reconnaissance de son leadership et sa diligence dans l’avancement de l’excellence en matière de sécurité des personnes pour l’industrie minière mondiale. »

Thème de la présentation : Le cheminement pour arriver à une culture minière de haute performance en matière de sécurité des personnes

Cette présentation fête la 10e année depuis le lancement par l’ICM de la première série d’Éminents conférenciers sur la sécurité des personnes, qui a été convoquée pour appuyer l’engagement à cultiver une culture de haute performance en matière de sécurité des personnes dans l’industrie minière. Monsieur Winkel présente des profils d’initiatives qui ont amené des changements positifs en matière de sécurité des personnes, et prépare le terrain pour des avancées durables en matière de sécurité des personnes à l’avenir. Sont également présentés des profils sur les derniers développements des progrès dans les Normes et les Lignes Directrices Minières (Mining Standards and Guidelines) de l’ICM qui soutiennent les nouvelles opportunités pour la partage des meilleures pratiques et des normes en matière de sécurité des personnes. La sécurité des personnes est un défi qui se relève au niveau planétaire. C’est une occasion pour des décideurs internationaux de réunir leurs forces pour collaborer à établir la direction que prendra l’industrie minière.

Q&R : Gord Winkel parle du passé, du présent et du futur de la sécurité minière

Par Dinah Zeldin

ICM : À quelle époque situez-vous le début du parcours qui a mené à une culture performante de sécurité des personnes dans l’industrie minière ?

Winkel : Nous avons commencé ce parcours dès le premier jour de l’exploitation de notre première mine. La sécurité des personnes est une priorité pour l’ICM depuis le tout début de l’Institut. Mais ça commence à prendre réellement forme en 1941 avec le développement des trophées John T. Ryan pour la sécurité des personnes – le prix le plus ancien du Canada en matière de la sécurité des personnes.

L’ICM a lancé sa première série d’Éminents conférenciers sur la sécurité des personnes il y a dix ans. Nous voulions mettre en valeur l’importance de la sécurité minière en tant qu’obligation incontournable pour notre industrie et de souligner l’idée que la sécurité des personnes est quelque chose qu’il faut toujours garder au devant de nos préoccupations et qu’il faut toujours s’améliorer dans ce domaine en partageant les meilleures pratiques afin de continuer à se surpasser. Cette année, nous avons décidé de revenir sur certaines leçons de nos débuts et de les développer à travers une présentation dans le cadre de la série des Éminents conférenciers sur les attributs qui définissent une culture performante en matière de sécurité des personnes basés sur les savoirs que nous avons acquis dans le domaine.

La sécurité des personnes, c’est un défi qui ne concerne pas que le Canada ; c’est aussi un défi mondiale, et les acteurs à travers la planète s’associent pour partager et arriver aux meilleures pratiques.

ICM : Pouvez-vous citer un exemple d’une initiative qui a eu un impact important sur l’industrie ?

Winkel : L’une des premières initiatives qui me vient à l’esprit et l’évaluation sur le terrain – ou l’évaluation des risques prévisionnelle – qui demande aux ouvriers de s’arrêter et de vérifier les risques autour du site avant d’entreprendre une action. S’il y a des dangers, on demande aux ouvriers de s’assurer que les contrôles adéquats soient mis en place. Une fois les risques maîtrisés, les ouvriers peuvent aller de l’avant.

Cette pratique est importante parce qu’aucune procédure ou pratique établie ne peut prévoir tout ce qui peut arriver sur le terrain. En pratiquant des évaluations sur le terrain, nous sommes en mesure non seulement de minimiser effectivement les risques sur le lieu du travail mais aussi d’impliquer tout le personnel à tous les niveaux de l’entreprise. L’évaluation des risques sur le terrain est désormais une pratique de premier plan dans l’industrie.

ICM : Qui a la responsabilité d’effectuer les premières démarches afin d’identifier et imposer ces pratiques de premier plan sur le site ?

Winkel : Tout le personnel de l’entreprise doit s’impliquer. Le ton est établi en haut de la hiérarchie avec les cadres supérieurs qui posent la sécurité des personnes comme une valeur de l’entreprise. Avec ce soutien, c’est alors le travail de chaque échelon successif d’encadrement d’incorporer ces valeurs dans chaque prise de décision afin que la sécurité des personnes ne soit jamais relégué à un second rôle derrière un autre objectif. La sécurité des personnes n’est pas un ensemble de pratiques ; c’est une valeur qui doit devenir la base de toute prise de décision, et elle doit être mise en œuvre au premier plan sur le terrain.

Ce sont les ouvriers de premier plan qui déplacent réellement les tonnes dans l’exploitation minière ; alors il faut qu’ils soient parmi les meilleurs gérants de risques de l’industrie, et c’est pour cette raison qu’un procédé comme l’évaluation des risques sur le terrain leur est d’un si grand secours.

Bref, bien que ce soit les cadres supérieurs qui établissent le ton, il faut que chacun soit un leader en matière de sécurité des personnes.

ICM : Quels sont les principaux obstacles auxquels les entreprises doivent faire face lorsqu’elles mettent en œuvre les pratiques de premier plan pour une culture performante de sécurité des personnes ?

Winkel : Reconnaître les pratiques qui peuvent s’immiscer dans une culture et qui peuvent miner la performance en matière de sécurité des personnes. Nous appelons ce phénomène la « normalisation de la déviance ». C’est quand, au fil du temps, un raccourci donné – comme par exemple sauter une étape dans un procédé – devient la norme et l’opération se met tout doucement à s’éloigner des normes établies.

Le programme des navettes spatiales de la NASA a été victime de ce phénomène. Les navettes Challenger et Columbia ont toutes deux été détruites pendant des missions, et bien que le résultat des enquêtes ait identifié des causes techniques différentes dans les deux cas, le système fondamental derrière chacun des désastres était le même. À la suite du désastre de la navette Challenger, le problème technique a été réparé, mais le problème avec la culture de sécurité des personnes dans l’organisme a pu continuer sans entrave, et un nouvel incident s’est produit. Il convient tout de même de témoigner de l’appréciation pour le fait que les apprentissages de cette situation ont été partagés avec nous dans l’industrie. De tels incidents sont tragiques, mais cela aurait été une tragédie encore plus grande de ne rien apprendre des erreurs commises.

ICM : Quels sont les éléments essentiels qui doivent être mis en place afin d’assurer qu’une culture performante de sécurité des personnes puissent prendre son plein essor ?

Winkel : Il y a sept éléments qui doivent être en place pour qu’une culture de sécurité puisse vraiment prendre racine.

Tout d’abord, comme j’ai noté tantôt, la sécurité doit être une valeur centrale de l’entreprise, car les priorités peuvent évoluer, mais les valeurs restent constantes. Ensuite, chaque employé dans l’organisme doit comprendre pourquoi la sécurité des personnes est importante ; ils doivent comprendre ce que c’est qu’un risque et quels en sont les conséquences, puis il faut qu’ils comprennent que c’est la responsabilité de chacun de contenir les risques. Le troisième élément est qu’il faut qu’un programme formalisé de sécurité soit en place et les responsabilités de chaque personne dans l’entreprise pour soutenir ce programme clairement énoncées.

Le quatrième élément est la formation. Une fois que le programme de sécurité est compris, le personnel doit être encadré sur les attentes concernant son performance et la manière de réaliser ces attentes. Cela ne veut pas dire qu’on livre un cahier aux employés ; cela veut dire qu’on travaille avec le personnel sur le terrain et qu’on démontre la mise en application des techniques. La composante essentielle suivante est la quantification, et cela passe autant par les indicateurs retardés qu’on utilise traditionnellement pour quantifier la performance en matière de sécurité (par exemple, la fréquence d’incidents) que par les indicateurs avancés qui rendent comptent des actions entreprises afin d’arriver à une bonne performance en matière de sécurité. Des exemples des indicateurs avancés sont les constats d’accidents évités de justesse, des observations effectués sur le site, les évaluations de risques sur le terrain, et ainsi de suite. Les entreprises se doivent d’aspirer à l’excellence en ce qui concerne les activités mesurées par les indicateurs avancés, car cela permettra de produire des résultats proactifs d’amélioration de la sécurité. Le sixième élément est un sentiment d’urgence d’agir si les mesures ne sont pas au niveau des attentes ; et le septième élément est d’assurer une participation universelle dans la culture de sécurité. Au fond, mettre en œuvre et maintenir une culture performante de sécurité n’est pas uniquement un travail pour les gérants. L’élément de participation signifie que chaque employé de l’entreprise a un rôle à jouer.

Si ces sept éléments sont en place, il faut se rappeler que nous ne sommes pas pour autant arrivés au but : l’amélioration continue doit également faire partie de la culture.

ICM : Vous parlez d’un objectif de coordonner la sécurité de manière globale. Le Canada est beaucoup plus divisé dans des segments provinciaux que les États-Unis. Est-ce une bonne chose ou un problème ? Et comment envisagez-vous l’évolution des règlements canadiens en matière de sécurité des personnes ?

Winkel : Au Canada, l’harmonisation des règlements à travers les provinces apporterait un soutien aux entreprises qui ont des opérations dans des régions différentes. Le nouveau groupe de l’ICM sur les normes et les directives minières mondiales (Global Mining Standards and Guidelines Group) porte son attention sur la sécurité des personnes, et un sous-comité étudie les opportunités existantes pour appuyer l’amélioration de la sécurité minière. L’une des activités de ce groupe est de tester si l’harmonisation apporterait suffisamment de valeur pour qu’un projet soit viable.

Nous étudions également la possibilité d’utiliser les règlements, les programmes de sécurité et les normes d’entreprise comme des cadres de base. Nous faisons, par exemple, la corrélation entre les performances en sécurité dans différents domaines et tentons d’identifier les cadres de base qui donnent les meilleurs taux de réussite pour pouvoir ensuite les partager avec l’industrie minière comme meilleures pratiques. Nous commençons d’ores et déjà à partager les pratiques de certaines entreprises.

ICM : Quelle est l’étape suivante que l’industrie doit franchir afin d’arriver à un stade encore amélioré en matière de culture de sécurité ?

Winkel : Je crois que nous avons déjà fait des avancées importantes. Dans certaines provinces, l’industrie minière est deux ou trois fois plus performante en matière de sécurité que d’autres industries. Nous faisons déjà des progrès énormes, mais nous devons toujours en faire plus. La sécurité des personnes va désormais faire partie de l’équation de la durabilité en ce qui concerne la manière dont nous conduisons nos affaires. Dans la cour de l’opinion publique, la sécurité des personnes est l’un des points de référence que les gens utilisent pour décider si notre licence d’exploitation doit être maintenue.

Biographie

Ayant pris sa retraite de son poste de vice-président de Syncrude Canada Ltd. en 2010, Gord Winkel intègre l’Université de l’Alberta comme directeur de département et professeur industriel pour le programme de gestion des risques dans la faculté de l’ingénierie. Monsieur Winkel a beaucoup travaillé dans l’industrie des sables bitumineux. Il intègre l’organisme Imperial Oil/ExxonMobil comme vice-président détaché de Syncrude Canada Ltd. pour faire avancer le projet Kearl des sables bitumineux. Auparavant, Monsieur Winkel avait été vice-président chargé de la production des bitumes Aurora chez Syncrude Canada Ltd., directeur-général chargé de l’ extraction, directeur chargé des opérations d’extraction et directeur des opérations et de l’entretien chez Syncrude. C’est la troisième fois que Monsieur Winkel se voit discerner le prix d’Éminent conférencier. En 2002, il a été reconnu pour ses efforts dans l’amélioration de la sécurité des personnes sur le lieu du travail, puis en 2008 pour son travail pour avancer l’industrie des mines en surface à travers la partage du savoir, de la technologie, des meilleures pratiques et de l’innovation. Monsieur Winkel continue à soutenir les recherches minières et le développement des technologies au Canada en tant que membre du bureau exécutif à la fois pour le CCIM (Conseil Canadien de l’Innovation Minière) et pour CONRAD (Canadian Oil Sands Network for Research and Development). Il préside également à la SMART (Surface Mining Association for Research and Technology), et préside au Comité John T. Ryan pour l’ICM. Il vient également d’accepter de siéger au bureau de la fondation «  Careers: The Next Generation ». Monsieur Winkel fait partie du comité sur la Sécurité des personnes, la Santé et l’Environnement (Safety, Health and Environment Committee) de l’assemblée des gouverneurs de l’Université de l’Alberta, et  participe au conseil des sages pour un sommet pour une initiative nationale pour la réduction des blessures (Leadership Table for a National Injury Reduction Initiative summit). Il travaille également pour apporter du soutien dans la sécurité des personnes, la gestion des risques et l’efficacité des organismes aux entreprises à travers le Canada.

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