Garth Kirkham

Éminent Conférencier 2013-14

« En reconnaissance de son excellence et son expertise dans l’art et la  science de la modélisation et l’estimation des ressources minérales en 3D, notamment dans le contexte de la norme NI43-101. »

Thème de la présentation : L’estimation des ressources minérales NI43-101 et les meilleures pratiques de l’ICM

L’estimation des réserves et des ressources minérales a beaucoup changé depuis 30 ans : l’utilisation de techniques pour la plupart manuelles cède graduellement la place à l’utilisation de techniques géostatistiques complexes, qui deviennent monnaie courante  et qui continuent à évoluer. La puissance de calcul a révolutionné tous les aspects de la modélisation numérique. Elle permet l’utilisation de méthodes et de techniques de plus en plus complexes pour la résolution de problèmes miniers et géologiques. Avec l’introduction de la norme NI43-101 dans les années 90, un format prescrit et un règlement détaillé gouvernent le processus pour rendre compte des ressources. De plus, un ensemble de principes de bases, ou « meilleures pratiques » a été développé. Ces principes guident les praticiens dans tous les aspects de l’évaluation et l’estimation des ressources, que ce soit la gestion ou l’analyse des données, la modélisation géologique,  la définition de domaines géologiques, l’analyse géostatique, l’estimation et le classement, ou alors la conception des mines et la programmation des matériaux.

Q&R: Garth Kirkham éclaircit la NC 43-101 et les définitions, normes et meilleures pratiques de l’ICM

Par Dinah Zeldin

ICM : Pourquoi est-ce important de discuter la NC 43-101 aujourd’hui ?

Kirkham : La NC 43-101 est reconnue comme une marque canadienne, et elle est respectée à travers la planète. D’autres codes proposent des directives pour écrire des rapports mais la NC 43-101 en est un qui se distingue en tant que label de qualité. De plus, au Canada, c’est la loi, ce qui en fait un acte législatif important, car la plupart des projets miniers sont financés ici au Canada.

La NC 43-101 couvre la divulgation permise mais propose également des directives sur la divulgation interdite. Elle englobe la forme précise et prescriptive de ce qu’un rapport NC 43-101 doit impérativement inclure. Elle vous donne des directives sur ce que vous pouvez dire sur ces rapports dans les communiqués de presse, sur les sites web et dans les notices annuelles de l’entreprise – et sur tout ce qui sera rendu public qui a un rapport quelconque avec le bien minier, ce qui peut comprendre la géologie, les informations sur le forage, les programmes d’assurance qualité, la validation et la vérification de l’information, des études métallurgiques, l’estimation des réserves et des ressources minérales, et même les aspects socio-économiques d’un projet minier. Elle couvre également les études avancées qui évaluent la viabilité économique des projets, telles les évaluations économiques préliminaires et les études de faisabilité et de préfaisabilité.

J’ai la conviction que c’est mon devoir de contribuer à l’éducation de la relève de géoscientifiques sur la NC 43-101 ainsi que sur les définitions, les normes et les meilleures pratiques de l’ICM. Plusieurs universités m’ont déjà invité à présenter des conférences à ce sujet à l’intention de leurs étudiants de troisième et quatrième année. Le sujet ne fait pas vraiment partie du cursus universitaire, mais il aura un impact important sur les étudiants qui choisissent de travailler pour une entreprise d’exploration ou d’exploitation minière ou dans un cabinet d’experts.

ICM : Quel est le lien entre la NC 43-101 et les définitions, les normes et les meilleures pratiques de l’ICM?

Kirkham : Quand vous êtes l’auteur d’un rapport technique NC 43-101, vous êtes légalement tenu de vous conformer aux normes et définitions de l’ICM – et vous devriez vous conformer à un document présentant les meilleures pratiques, telles que les meilleures pratiques de l’ICM.

Le fait d’avoir les définitions, les normes et les meilleures pratiques de l’ICM référencées dans la NC 43-101 contribue à maintenir la NC 43-101 pertinente et dépourvue de verbiage inutile. Apporter des modifications à la NC 43-101 est très difficile. Cela prend du temps et demande beaucoup de consultations auprès du publique – à juste titre, car c’est la loi du pays. Alors qu’il existe toujours un processus de consultation pour apporter des amendements aux définitions et normes de l’ICM, le processus pour apporter des modifications et des mises à jour est beaucoup plus maniable.

Je voudrais noter qu’à cause de la NC 43-101, les définitions, les normes et les meilleures pratiques de l’ICM sont également reconnues comme des normes internationales dans de nombreux cercles. Cependant, bien que les définitions, les normes et les meilleures pratiques de l’ICM soient référencées dans la NC 43-101, de nombreux praticiens ne les ont pas lues dans le détail – ce que je leur conseille fortement de faire.

ICM : Quand est-ce que la NC 43-101 a été développée pour la première fois ? Le scandale de Bre-X en a-t-il été le moteur ?

Kirkham : On considère généralement que le scandale de Bre-X en 1997 a été le moteur pour le développement des définitions et normes et les meilleures pratiques de l’ICM. Les parts de Bre-X se sont envolées à partir d’actions cotées en cents pour arriver à plus de 250 $ la part à la suite de la découverte d’un gisement massif d’or. On a découvert peu de temps après qu’on falsifiait régulièrement les échantillons en les saupoudrant de particules d’or additionnels. Aujourd’hui, à l’âge informatique, le saupoudrage électronique – c'est-à-dire la modification manuelle des dosages dans une base de données – est un problème bien plus inquiétant puisque plus facile à faire. Bien que le scandale de Bre-X ait été le moteur d’un grand ménage et de règlements nouveaux, l’ICM avait déjà identifié le besoin de normes et avait un groupe d’experts dédiés qui travaillaient déjà sur les définitions, les normes et les meilleures pratiques qui en ont accéléré la publication afin de compléter la NC 43-101.

Donc, oui, Bre-X a été un moteur pour développer des règlements sur la manière de rapporter l’estimation des réserves et des ressources minérales et pour rendre les lois dans ce domaine plus complètes et plus détaillées. Sans le scandale Bre-X, on serait peut-être toujours au même point. Mais, puisque Bre-X a provoqué la création de la NC 43-101, des scandales potentiels ont sûrement été évités.

ICM : Quelle a été la réponse de l’industrie minière à la NC 43-101 ?

Kirkham : Au départ, c’était très douloureux et il y a eu beaucoup de réponses de crainte et de colère. Tout règlement peut apporter des coûts onéreux. La NC 43-101 a créé des coûts importants pour les projets, certes. Par exemple, les entreprises ont été obligées à effectuer des forages supplémentaires pour valider les données, ou, parfois, elles n’ont pas eu le droit de s’appuyer sur des données historiques. De plus, les entreprises ne pouvaient plus effectuer tout le travail en interne et elles ont dû faire appel à des experts indépendants parce qu’il fallait réaliser de nombreux contrôles qualité sur les données et changer les méthodes et les procédures. Ces expertises extérieures ont créé des coûts supplémentaires, mais on ne peut pas nier que faire les choses correctement comporte un coût. Au fil du temps, l’industrie se met à avoir une certaine fierté dans la NC 43-101. Même les entreprises à l’étranger et les entreprises privées qui ne sont pas obligées de se conformer à la NC 43-101 s’y conforment quand même, car c’est un format valable, et le résultat final et un document qui est très respecté dans l’industrie.

ICM : Comment les définitions et normes et les meilleures pratiques de l’ICM ont-elles évolué depuis leur création, et comment vont-elles continuer à évoluer ?

Kirkham : Certaines des définitions, méthodes et techniques suggérées ont évoluées au fil du temps, mais les meilleures pratiques et les définitions initiales sont toujours valables. Je pense que la plupart des changements majeurs ont déjà été mis en œuvre et qu’aujourd’hui, il s’agit plutôt de maintenir l’existant et l’améliorer de façon continue, et cela vaut autant pour la NI43-101 que pour les normes de l’ICM.

La cheville ouvrière de tout ce système est la notion de personne qualifiée (PQ), qui n’a pas changé. Le système se repose sur la PQ – un professionnel qui a la formation, l’expérience et les affiliations professionnelles adéquates pour être l’auteur des rapports et pour assumer la responsabilité des informations techniques. Le système ne peut fonctionner que si cette personne se comporte de manière éthique et raisonnable pour assurer que les méthodes et techniques adéquates sont mise en œuvre lorsque les études sont menées dans le but d’écrire les rapports qui seront divulgués au public. Voici quelques exemples de comment ces notions peuvent se manifester dans une étude ou dans un rapport : Les meilleures pratiques ont-elles été utilisées ? Les mauvaises pratiques ont-elles été évitées ? Les contraintes géologiques ont-elles été mises en œuvre de la bonne manière ? Les fortes valeurs aberrantes ont-elles été acquittées de manière satisfaisante ? La base de données a-t-elle été pleinement validée ?

Comme je ne cesse de dire, la PQ est guidée par les normes, définitions et meilleures pratiques de l’ICM. Il y a pour ainsi dire une troïka composée de la NC 43-101, des normes de l’ICM et des associations professionnelles (l’APEGBC, l’APGO, l’OGQ, l’AusIMM, la SME, et ainsi de suite), qui sert à assurer que la qualité et l’intégrité sont maintenues. Au bout du compte, il s’agit par-dessus tout de la protection du public – un devoir que nous devons tous prendre très au sérieux.

Nous étudions actuellement la mise à jour des meilleures pratiques pour l’estimation des ressources minérales à court terme. Le plus récemment, nous avons créé des meilleures pratiques pour les minérallurgistes et pour les saumures à base de potasse et de lithium. Maintenant, nous travaillons sur les meilleures pratiques pour les études avancées, ce qui comprend les évaluations économiques préliminaires et les études de faisabilité et de préfaisabilité.

Lire les normes, définitions et meilleures pratiques de l’ICM (disponible en anglais seulement).

Biographie

Une passion pour les géosciences a amené Garth Kirkham à étudier la géophysique à l’Université de l’Alberta. Il termine ses études en 1983 et entame sa carrière comme géophysicien dans le champ de pétrole. Monsieur Kirkham se voit mériter la désignation professionnelle P.Geoph. pendant son séjour à Calgary. Pendant ce temps, il se spécialise dans les techniques d’acquisition séismique en trois dimensions (3D), l’interprétation, et la modélisation. Son intérêt dans l’industrie de l’exploitation et l’exploration minières, et son désir d’appliquer des avancées similaires à la technologie informatique et à l’expertise en modélisation, l’amènent à Vancouver pour intégrer Lynx Geosystems Ltd., un chef de file technologique dans l’industrie minière. Les systèmes de Lynx sont les premiers à automatiser le processus lié à l’estimation des ressources, mais comprennent également la gestion des bases de données, l’analyse statistique, l’analyse géostatique, la conception de mines à ciel ouvert et souterraines, l’optimisation des fosses et la planification. En 1997, il crée un cabinet d’expertise concentré sur la fourniture de services de modélisation en 3D et d’estimation des ressources. Un évènement important qui coïncide avec cette nouvelle orientation et l’adoption de la norme NI43-101, que Monsieur Kirkham soutient fermement.

Kirkham est élu au conseil de l’ APEGBC (Association of Professional Engineers and Geoscientists of B.C.) en 2010, 2012 et 2013. Il est actuellement co-président du comité de la géoscience (Geoscience Committee) et président du groupe de travail sur l’expérience en géo-modélisation  (Geo-Modelling Experience Task Force). De plus, il préside au Comité de valeurs de Géoscientifiques Canada, qui est mandaté de répondre aux demandes et aux problèmes liés à la norme NI43-101 et d’autres instruments réglementaires. Il préside également au Comité de l’ICM sur les meilleures pratiques (CIM Best Practices Committee).

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