Rosie Steeves

Éminente Conférencieuse 2013-14

« En reconnaissance de son engagement dans le développement du leadership dans les industries de l’exploitation minière, la métallurgie, et du pétrole, ainsi que dans la communauté de l’ICM. »

Thème de la présentation Topic : L’importance du leadership, ou Comment s’assurer que le leadership mène à des réussites personnelles et organisationnelles et à travers l’industrie

Le leadership est important. Les organismes avec des leaders de qualité ont un meilleur rendement, quelque soit le système de mesure. Les employés sont plus heureux, plus engagés, plus productifs et, en bout de ligne, l’organisme est plus rentable. Pourtant, les leaders de qualité sont des oiseaux rares dans les organismes d’aujourd’hui. Des études récentes nous révèlent que plus de deux tiers des salariés ont le sentiment que l’implication personnelle est un problème dans leur organisme, et seulement 37 % des leaders affirment que le leadership dans leur organisme est de haute qualité.

Pourquoi ce problème ? Exprimé simplement, trop nombreux sont les organismes qui perçoivent le développement des leaders comme un évènement ponctuel alors que dans la réalité, il faut que ce développement soit un processus continu. La notion qu’un stage d’une semaine de formation en leadership fournit aux leaders de demain suffisamment de compétences et de savoir pour naviguer efficacement à travers les défis du leadership dans la société d’aujourd’hui, c’est au mieux une folie. La situation est rendue d’autant plus complexe dans l’industrie de l’exploitation minière, avec ses besoins marqués en compétences techniques. Le résultat : les individus, les organismes et l’industrie minière dans son ensemble ne parviennent pas à réaliser leur plein potentiel.

Dans cette présentation, Madame Steeves discutera ces conclusions déconcertantes et mettra l’auditoire au défi de regarder leurs efforts passés d’un nouvel œil et de développer leurs capacités de leadership. Tout en exposant les tendances récentes, elle proposera tout une gamme de stratégies réalistes et pratiques pour faire du développement des qualités de leadership un processus continu et pertinent pour tous ceux qui sont associés à l’industrie des mines et des minéraux.

Q et R : Rosie Steeves offre ses conseils pour devenir un meilleur leader

Par Dinah Zeldin

ICM : À quoi reconnaît-on un bon leader?

Steeves : Je pense que la connaissance de soi est une qualité essentielle pour être un bon leader. Je n’ai pratiquement jamais eu affaire à un dirigeant qui ne souhaitait pas accomplir du bon travail. Par contre, les leaders ne sont pas toujours conscients des conséquences de leurs actions, ce qui peut les amener à projeter une image dysfonctionnelle. Imaginons qu’un leader demande à l’un de ses employés de s’occuper de tous les aspects d’une tâche. S’il n’est pas attentif à l’impact de son style de communication, il risque de provoquer du ressentiment chez son interlocuteur, qui considérera peut-être cette demande comme un affront personnel ou un manque de confiance.

Être un bon leader n’est pas facile. Un dirigeant de qualité doit bien se connaître et être conscient de ses forces et de ses faiblesses. Il doit être bien dans sa peau et savoir interpréter les circonstances et les besoins des personnes qui l’entourent. Il reconnaît en outre les exigences de son milieu de travail et possède la capacité d’assembler toutes les pièces du puzzle.

ICM : Que conseilleriez-vous à un professionnel qui commence à perfectionner ses compétences en leadership?

Steeves : L’important, c’est l’effort qu’il y met. Je suis très étonnée de voir des personnes qui consacrent tant de travail et d’énergie à l'apprentissage du métier de géologue ou d’ingénieur, mais qui pensent qu’il leur suffit d’un stage de quatre jours pour tout savoir du leadership.

Nous avons besoin de consacrer plus d’efforts et d’énergie au développement du leadership à tous les niveaux des organisations. En règle générale, les leaders suivent une formation en leadership juste avant d’assumer leur premier rôle de direction. Cette étape est importante, certes, mais le développement du leadership devrait être intégré à chaque phase du processus. Il est essentiel en effet que les chefs de la direction cherchent systématiquement à améliorer leur leadership. Il ne s’agit pas pour eux de dépenser une fortune pour assister à des cours prestigieux, mais de travailler avec sérieux pour améliorer leurs compétences en la matière. Pour ce faire, ils doivent engager un mentor, se regarder dans le miroir, solliciter des commentaires honnêtes de la part de leur entourage et éviter de se considérer comme des experts du leadership du simple fait de leur position hiérarchique. En bref, ils doivent modifier certains de leurs comportements, ce qui exige de la concentration, de l’énergie et de la détermination.

Tout membre de l’industrie minière devrait commencer par profiter du programme de perfectionnement du leadership ICM, conçu pour connecter les personnes issues de tous les niveaux et les aider à améliorer radicalement leurs compétences de leadership. Je pense qu’il s’agit d’un programme unique en son genre, qui devrait constituer une priorité absolue pour toutes les personnes qui travaillent au sein de l’industrie minière, quelle que soit leur expérience ou leur formation de départ. Il permet en effet de développer les qualités de leadership d’une manière bien plus profonde que dans d’autres programmes de leadership internes. Ceux qui ne peuvent pas y participer devraient engager un mentor en leadership, effectuer des lectures sur la stratégie et établir des liens avec d’autres personnes qui apprennent le leadership. Enfin, ils devraient profiter des programmes internes de leur organisation.

Le développement du leadership est un processus continu. Les dirigeants doivent s’y consacrer au moins une fois par mois, en prenant le temps de réfléchir à leur méthode de leadership et en obtenant des indications auprès de leur équipe pour savoir s’ils font du bon travail et s’ils posent les bonnes questions. Ils doivent en outre repérer les changements de comportement qui leur permettraient d’améliorer leur approche, puis prévoir la mise en place de ces changements et écouter ce que les gens ont à dire sur leur performance.

ICM : Le secteur minier a besoin de leaders disposant d’un haut niveau d’expertise technique et de connaissances sur l’industrie. Vous avez noté qu’il faut beaucoup de temps aux géologues pour devenir des spécialistes de leur domaine. Comment l’industrie peut-elle se doter de dirigeants qui disposent à la fois de connaissances techniques et de qualités de leadership adéquates?

Steeves : L’aspect technique est bien entendu primordial, mais il ne faut pas négliger le leadership pour autant. Je ne dis pas qu’il faut y consacrer une quantité de temps excessive, mais qu’il faut en reconnaître l’importance et agir en conséquence. Il est bon, de temps en temps, de libérer les leaders pour des périodes de quelques jours afin qu’ils puissent rencontrer leurs pairs et discuter de leadership. Cela signifie qu’un budget doit être consacré au développement des compétences en leadership.

On trouve toujours de l’argent pour renforcer l’expertise technique, mais dès qu’il s’agit de l’expertise en leadership, on considère qu’il s’agit d’un luxe. Mais ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité absolue! Les responsables techniques doivent se mettre à jour au niveau dernières certifications, et il en va de même pour le leadership. Nous devons donc réorienter la conversation et souligner le coût de l’inaction, plutôt que celui de l’action. L’insatisfaction des employés, par exemple, est symptomatique d’un leadership déficient et coûte des milliards de dollars par an aux organisations. Il suffit parfois à une entreprise d’envoyer un seul de ses membres au programme de perfectionnement du leadership ICM pour conserver un employé au potentiel élevé. Elle récupérera alors la somme investie dans le programme, multipliée par 15 ou 20.

ICM : Vous avez une formation en ingénierie, mais vous avez travaillé en gestion des personnes. Pourquoi ce changement de voie?

Steeves : J’aimais le domaine de l’ingénierie, mais j’avais l'esprit aventurier et j’ai donc quitté ce domaine pour passer ma vingtaine à courir dans les montagnes et faire du kayak dans les rapides. J’ai ensuite travaillé comme organisatrice de voyages pour le compte d’Outward Bound, un programme d’éducation en plein air visant à renforcer la détermination, le leadership et la capacité de travailler en équipe. Je passais deux ou trois semaines dans la montagne avec des groupes et nous vivions toutes sortes d’expériences. Les participants devaient apprendre à collaborer et à dépendre les uns des autres. Je dirigeais le groupe mais je déléguais les responsabilités à chaque membre fin qu’ils puissent exercer leur leadership. J’ai pu témoigner à cette époque de rapports humains absolument fascinants.

Je pense que ce qui m’a séduit dans cette expérience, c’est sa complexité. Les ingénieurs adorent résoudre des problèmes difficiles, mais leurs défis restent clairement définis. Avec les problèmes humains, en revanche, il n’y a pas toujours de bonne ou de mauvaise solution. Voici deux exemples : Comment bien communiquer avec les autres? Comment favoriser un environnement où les employés sont en mesure d’exprimer leur plein potentiel, sans que vous les teniez par la main? Pour répondre à de telles questions, il faut tenter différentes approches.

J’ai également été inspirée par l’impact que peut avoir un bon leadership sur la qualité de vie des employés. Nombreux sont ceux et celles dont la vie est gâchée par un dirigeant médiocre. Inversement, un dirigeant respectueux, compétent et attentionné fournira une expérience de travail enrichissante à ses employés. Mon rôle est d’aider les leaders à fournir cette expérience.

Biographie

Rosie Steeves a été formée comme ingénieure et ne se doutait pas qu’elle travaillerait un jour dans le domaine du leadership. Cependant, comme tant d’autres, elle trouvait que les difficultés de son premier travail (comme ingénieure inspectrice offshore chez Esso, en Australie) n’étaient pas tant les aspects techniques du poste que les aspects humains – une situation pour laquelle elle n’avait absolument pas été formée. Sa carrière prit alors un cheminement détourné, et des années passées à prendre en charge des groupes du programme Outward Bound dans les montagnes de la Colombie-Brittanique ont alimenté sa curiosité sur la dynamique de groupe. Lorsqu’elle a changé la concentration de son activité professionnelle pour aider les organismes à développer des leaders efficaces, elle a été témoin de la tension, des souffrances et du décrochage qui peuvent être causés par un leadership inefficace. Elle a reconnu alors qu’il y avait – et il y a encore – du pain sur la planche pour améliorer la communication à travers tous les niveaux d’un organisme. C’était un domaine qui la passionnait, puisque l’impact du leadership efficace sur la qualité de vie des individus et sur la rentabilité des organismes était énorme. Le leadership, dit-elle, est finalement question de faire une différence positive dans la vie des gens – une entreprise qui est à la fois une passion est une mission pour Madame Steeves depuis le début de sa carrière.

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