Bruce Conard

Éminent Conférencier 2013-14


In recognition of a lifetime of dedication to environment health and safety in the mining and metallurgy industries.

Presentation Topic: The future of sustainability

For many years, Bruce Conard has been engaged in reading about and discussing the desired sustainability of the mining and metals resource industry. He has, however, become concerned that there is a greater issue that requires our urgent attention: what challenges do we face as a global society? His Distinguished Lecturer presentation traces the idea of environmentally sustainable economic development but concludes that a business’ interest in its sustainability is predicated on the sustainability of our global society. Conard reviews some of the most serious challenges, including population growth, clean energy supplies, freshwater availability and climate change, and calls on scientists and engineers not only to apply their skills in helping solve these challenges, but most urgently, to speak with intelligence and passion about the need to act now.

« Pour honorer toute une vie consacrée à la salubrité de l’environnement et la sécurité des personnes dans les industries de l’exploitation minière et de la métallurgie. »

Thème de la présentation : l’avenir de la durabilité

Depuis plusieurs années, Bruce Conard s’implique en lisant des matériaux sur la durabilité souhaitée de l’industrie des ressources minières et des métaux et en discutant de ces thèmes. Il se préoccupe, cependant, de plus en plus d’un enjeu important qui commande notre attention de façon urgente : quels défis devrons-nous relever en tant que société mondiale ? Sa présentation dans le cadre des Éminents conférenciers trace la notion d’un développement économique durable sur le plan environnemental, mais il conclue que l’intérêt d’une entreprise dans sa propre durabilité est fondé dans la durabilité de notre société mondiale. Monsieur Conard passe en revue certains des défis les plus graves – en passant par l’accroissement de la population, les réserves d’énergie propres, l’accès à l’eau potable, et le changement climatique – et fait appel aux scientifiques et aux ingénieurs non seulement de mettre en application leurs compétences pour contribuer à résoudre ces problèmes, mais aussi – et c’est le plus urgent – de parler avec et passion sur le besoin d’agir maintenant.

Q et R : Bruce Conard invite la communauté scientifique à lancer un mouvement pour le développement durable

Par Dinah Zeldin

ICM : À quand remonte l’apparition du concept de développement économique durable, et quelle a été son évolution à ce jour?

Conard : Il s’agit d’une idée née vers 1972, lorsque le Club de Rome – un groupe de scientifiques du monde entier – a exprimé  ses préoccupations concernant la dégradation continue de l’environnement  par la société. Les membres ont émis une déclaration en faveur du développement durable, qui n’a pas été prise très au sérieux à l’époque.

Au milieu des années 1980, l’Organisation des Nations Unies a formé la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, chargée de soumettre une série de recommandations aux pays membres de l’ONU. Les travaux du groupe ont fait l’objet d’une grande attention, mais la mise en place de ses recommandations s’est avérée difficile en raison de leur coût.

L’industrie et les gouvernements sont déterminés à faire un usage adéquat de leur argent et préfèrent concentrer leurs investissements sur la croissance économique plutôt que sur l’environnement. La Commission a fait son travail en publiant un rapport en 1987, mais l’ONU n’a pu instaurer la plupart des mesures préconisées. Aujourd’hui, 26 ans ont passé et les discours restent bien plus nombreux que les actes concrets, toujours en raison des coûts financiers.

ICM : Pourquoi avoir choisi de vous exprimer sur ce sujet aujourd’hui?

Conard : L’industrie fait partie de la société. Si la société connait une crise, cela a forcément des répercussions sur l’industrie. Celle-ci perd en effet son marché puisque la population n’a plus les moyens de s’acheter les produits vendus. Notre société actuelle est confrontée à d’importants défis qui exigent des changements au niveau de nos modes de vie, sous peine de conséquences néfastes. Peu de personnes ont su reconnaître cette réalité. Nous avons plutôt tendance à croire que la société pourra continuer sur la même voie, en procédant à de simples ajustements pour assurer sa durabilité. J’estime, au contraire, que nous devons instaurer des bouleversements majeurs.

ICM : Quels sont les plus importants défis de notre société?

Conard : La croissance démographique, les questions énergétiques, l’eau potable et le réchauffement climatique sont les principaux enjeux du moment. La population mondiale a augmenté de manière phénoménale au cours des 80 dernières années, en contraste avec la croissance stable des 5 000 années précédents. Ce phénomène entamé vers les années 1920 a entraîné une hausse de nos besoins en ressources essentielles – énergie, alimentation  et eau potable notamment – et donc à une raréfaction de ces mêmes ressources.

La consommation mondiale d’eau potable connait une hausse inquiétante. Dans certaines régions, en effet, le contrôle de cette ressource fait déjà l’objet de guerres. Le Canada dispose certes d’importantes réserves, mais nous ne pouvons pas croire pour autant que cette eau nous appartient et que personne ne l’utilisera sans notre permission. Toute l’histoire de l’humanité nous démontre en effet qu’une population qui a besoin d’une ressource essentielle n’hésitera pas à se l’accaparer par la force.

Nous consommons par ailleurs une grande quantité d’énergie. Le problème n’est pas un manque de ressources énergétiques, mais leur caractère polluant. Avec la croissance de la population et de l’industrie, la demande en énergie connaît une hausse qui ne fera qu’aggraver les problèmes environnementaux.

La pire conséquence de notre consommation d’énergie sale est le réchauffement climatique. Certains mettent en doute l’existence de ce phénomène, mais il n’existe aucun débat possible d’un point de vue scientifique. La fonte des glaciers et les bouleversements climatiques en sont les preuves les plus flagrantes.

La société doit faire face à tous ces problèmes.

ICM : Comment la société peut-elle s’attaquer à ces questions et qui est responsable de lancer le mouvement?

Conard : La solution passera avant tout par des actions internationales. Aucune nation ni population ne peut agir seule car il s’agit de problèmes qui affectent l’ensemble de la planète. Il est temps que les scientifiques prennent l’initiative.

Je souhaite que des instituts tels que l’ICM forment des groupes de travail interdisciplinaires, composés de divers membres de leurs sociétés, dont la Société de la géologie et la Société de la métallurgie et des matériaux, dans le but d’établir une série de principes. Les membres de l’ICM et du conseil d’administration pourraient alors voter sur ces principes. Il en résulterait une liste officielle de recommandations que l’Institut présenterait au gouvernement du Canada et d’autres pays, pour leur suggérer des mesures à adopter.

Je ne m’attends pas à ce que l’ICM fasse tous les efforts. Il existe de nombreux instituts et sociétés scientifiques dans le monde, et s’ils soutiennent unanimement le changement, le gouvernement devra en tenir compte. Nous avons la responsabilité en tant que société de nous exprimer, car il s’agit du seul moyen de vivre dans un monde durable.

ICM : Vous affirmez que les scientifiques doivent initier le changement et jouer un rôle au niveau de l’établissement de meilleures pratiques pour le développement durable. Qui selon vous est responsable d’assurer le respect de ces meilleures pratiques? S’agit-il exclusivement du secteur public?

Conard : Le gouvernement doit faire appliquer des lois qui assurent le développement économique durable, mais c’est au public de faire pression sur ce sujet.

L’industrie, pour sa part, doit chercher à anticiper les changements à venir, en s’assurant de mener ses activités de manière durable. Si les entreprises continuent à provoquer la dégradation de l’environnement, la population et le gouvernement leur imposeront des sanctions financières ou les contraindront à fermer. Les entreprises doivent donc assumer leurs responsabilités afin de maintenir leur licence sociale d’exploitation.

Biographie

En 1973, ayant obtenu un doctorat en chimie physique, Bruce Conard intègre le laboratoire d’Inco à Mississauga pour mener des recherches dans les domaines de la pyrominéralurgie, l’électrochimie et l’hydrométallurgie. Monsieur Conard devient directeur des procédés des recherches chez Inco. En 1995, il change de concentration et devient vice-président chez Inco, assumant la responsabilité organisationnelle pour toute question scientifique ou toute question concernant les politiques et les programmes ayant un rapport avec les effets des métaux sur la santé des êtres humains et l’environnement. En 1988, il se voit discerner le prix Sheridan Park pour réalisation technique exceptionnelle (Sheridan Park Technical Achievement Award) ; en 1991, il reçoit le prix Sherritt de l’hydrométallurgie de la Société de la métallurgie et des matériaux ; en 1996, c’est la Médaille d’argent, et en 1996, il est intronisé dans la confrérie de l’ICM. Il prend sa retraite de l’Inco en 2004, mais il reste toujours actif et cherche à amener des principes scientifiques éprouvés aux enjeux qui touchent à la production sécuritaire et saine des métaux.

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