L'appétit d'apprendre

Au sud de la frontière, l'activisme actionnarial est devenu un secteur en pleine expansion. Le Canada pourrait bien emboîter le pas aux États-Unis ; en effet, la discorde règne entre les sociétés et leurs actionnaires, qui se montrent très critiques envers leur performance et souhaitent ébranler leur conseil d'administration ainsi que leur stratégie, déclarait Fred Pletcher dans son discours liminaire lors du déjeuner de clôture du congrès de l'ICM 2016.

« Les occasions ont déjà toutes été saisies aux États-Unis, aussi ils vont rapidement se tourner vers l'Europe et leur charmant voisin au nord », expliquait M. Pletcher, conseiller juridique de Taseko Mines dans la course aux procurations qui l'oppose actuellement à Raging River Capital, un groupe d'actionnaires activistes américain.

D'après M. Pletcher, le meilleur moyen de défense dans ce genre d'affaires est de pratiquer une gouvernance transparente de l'entreprise. Cependant, il suggérait également que l'augmentation du nombre de courses aux procurations ciblant les membres des conseils d'administration risquait de dissuader les personnes qualifiées de poser leurs candidatures au conseil dans le souci de s'éviter ce genre de contrariétés.

Dans le conflit dont Taseko est la proie, Raging River cherche à remplacer les directeurs de la société dans l'espoir de faire remonter le cours, en baisse, de l'action. D'après M. Pletcher cependant, les objectifs proclamés des actionnaires activistes ne reflètent pas toujours leur véritable stratégie ; c'est selon lui le cas avec Raging River, dont les intérêts financiers auprès de Taseko dépendent plus de la hausse des obligations que de celle des actions de la société. Les actionnaires ont jusqu'au 6 mai pour voter et désigner la partie qu'ils souhaitent soutenir.

Quel que soit l'aboutissement de cette discorde qui a commencé en janvier, la société paye déjà un lourd tribut en termes de temps autant que de finances.

Ainsi, comment les sociétés peuvent-elles se mettre à l'abri de ce genre d'attaques ?

M. Pletcher préconise la communication. « Passez autant de temps à parler de la stratégie que des risques », déclarait-il. La direction doit évoquer clairement la vision à long terme de la société ; les sociétés, quant à elles, doivent faire preuve d'une grande franchise et bien expliquer où est investi l'argent, d'où viennent les rémunérations des directeurs ainsi que le lien de ces rémunérations avec la stratégie plus générale de la société. Il incitait à tenir régulièrement des journées portes ouvertes pour les investisseurs et à y inviter des membres indépendants du conseil. Les investisseurs institutionnels apprécieront leur présence.

La prévention implique également une certaine réglementation, ajoutait M. Pletcher. « Vérifiez qui participe à vos conférences téléphoniques trimestrielles. » Les investisseurs activistes, déclarait-il, se réunissent par ailleurs dans des salles de conférence telles que celle où nous nous trouvons aujourd'hui pour partager leurs remarques et discuter des stratégies et cibles potentielles.

Les opinions divergent quant au bien-fondé de l'activisme actionnarial et à la valeur qu'il apporte à une société ; M. Pletcher faisait cependant remarquer que les sociétés cotées à l'indice boursier S&P 500 qui ont survécu à l'activisme actionnarial affichent, dix ans plus tard, de bien meilleurs profits que celles qui n'ont pas subi les foudres des actionnaires activistes. « C'est logique », ajoutait M. Pletcher, « car les sociétés qui ont surmonté une expérience de mort imminente ne souhaitent pas la revivre ».