février

Les lettres de Cobalt de M. Hawthorne

Des courtiers malhonnêtes, dont le fils d'un écrivain célèbre, ont dupé de nombreux spéculateurs durant la ruée vers l'argent de Cobalt, en Ontario

Par Kate Sheridan

Cobalt, Ontario land claims
La ville de Cobalt, en Ontario, a connu un tel essor que plusieurs prospecteurs revendiquaient les mêmes terres, lesquelles revenaient automatiquement aux premières personnes en mesure de prouver la valeur des ressources minérales sur ladite terre | Avec l'aimable autorisation du musée minier de Cobalt

Deux ans après la découverte en 1903 de riches gisements argentifères dans le nord de l'Ontario, une maison de courtage de Toronto déclare que, « compte tenu de la valeur produite par les mines de Cobalt, largement supérieure à celle produite en un an, voire jamais produite par le Klondike, on peut imaginer les résultats exceptionnels qui émaneront de ce siège minier une fois qu'il sera entièrement développé ». Les sociétés minières autorisées à travailler en Ontario passent de 43 en 1903 à 683 quatre années plus tard. Pendant trois jours consécutifs, la police montée de New York débarrasse Broad Street d'investisseurs potentiels bloquant le passage dans une tentative d'acheter auprès des courtiers libres les actions de Cobalt.

Les récits de millions de dollars changeant de main en une nuit sont légions. Le Canadian Annual Review relate l'histoire d'un résidant de la baie North qui a gagné 15 000 $ en ramassant des pépites d'argent gisant au sol. Certaines de ces histoires sont véridiques ; nombreuses, par contre, sont le fruit de l'imagination de courtiers complotant pour tromper des spéculateurs peu vigilants. Le public, à l'affût de récits exagérés d'un possible enrichissement soudain, s'empresse d'acheter des actions dans chaque « mine » de Cobalt. Des annonces mensongères décrivent des fosses remplies d'eau comme « la plus grande, plus riche et plus extraordinaire proposition qui soit ». Si des milliers d'actionnaires réalisent d'importants bénéfices et une douzaine de propriétaires deviennent millionnaires, ce sont en réalité des exceptions. 

Dans ce qui deviendra la plus célèbre fraude en valeurs mobilières, Julian Hawthorne est accusé par la cour fédérale des États-Unis de fraude postale pour avoir vendu des actions sans aucune valeur dans des mines imaginaires près de Cobalt. M. Hawthorne, fils du célèbre écrivain Nathaniel Hawthorne, auteur de The Scarlet Letter (La lettre écarlate en français), est un écrivain et journaliste américain qui travaille pour le Cosmopolitan et le New York Journal. En 1908, le Dr William J. Morton, fils du premier anesthésiste William Morton, invite M. Hawthorne à se joindre à lui pour promouvoir plusieurs sociétés minières de Cobalt. Josiah Quincy, secrétaire d'État adjoint sous le président Grover Cleveland, et le célèbre promoteur de valeurs mobilières Albert Freeman sont également impliqués dans la fraude. Malgré les avertissements publiés dans le Canadian Mining Journal, les fraudeurs vendent entre 3 et 4 millions $ d'actions dans une mine d'argent inexistante.

Le procureur général des États-Unis met en examen pour fraude postale les quatre hommes, qu'il qualifie du « gang le plus célèbre d'escrocs ayant infesté New York ». Le procès commence à New York en novembre 1912 et durera 70 jours. Une longue liste de témoins déclarent sous serment que ce sont les « lettres personnelles » envoyées par M. Hawthorne qui les ont incité à investir. Ces lettres, comme le montre la cour, sont en réalité polycopiées par milliers et signées par des femmes formées à contrefaire sa signature. Plusieurs témoins informent les jurés que lors de leur visite dans les mines, ils n'ont « rien trouvé de plus qu'un trou dans le sol ». Dans ses conclusions finales, le procureur demande la peine maximale pour mettre fin « au crime consistant à embobiner un public crédule en apposant des noms connus et respectés sur des documents de promotions de sociétés ».

MM. Hawthorne et Morton sont déclarés coupables et condamnés à une année d'emprisonnement au centre pénitentiaire des États-Unis, une prison fédérale à Atlanta, en Géorgie. Les jurés déclarent M. Quincy non coupable. M. Freeman est condamné à cinq années d'emprisonnement, mais est acquitté en seconde instance. Avant le procès, le grand jury prévient le public de la mise en circulation de faux prospectus et dénonce le fait que ce genre de fraudes émanent d'annonces paraissant dans les journaux, lesquelles ne préviennent pas le public des traquenards possibles.

En ce qui concerne les actions minières, l'Ontario est également connue pour le laxisme dont elle fait preuve en termes de législation. Le gouvernement convoite tant les investissements de capitaux américains et britanniques qu'il permet aux exploitations minières d'offrir des actions à un prix réduit sans engager la responsabilité personnelle des directeurs, contrairement aux autres industries dans lesquelles les directeurs sont tenus directement responsables de la véridicité des annonces concernant leurs sociétés. Cependant, lorsqu'il devient évident que les sociétés cotées au marché boursier du secteur minier ne respectent absolument pas les clauses de la loi sur les sociétés par actions de l'Ontario qui exigent l'exactitude des informations contenues dans les prospectus, le gouvernement provincial change la loi pour insister davantage sur la responsabilité des directeurs de sociétés ; en 1907, il exige que toutes les annonces fassent état des qualifications et de la rémunération des directeurs, ainsi que de l'intérêt de chaque directeur dans la promotion.

Malheureusement, cela n'aura pas empêché le public d'acheter à l'aveuglette des actions à Cobalt. Leur cupidité et les machinations de courtiers malhonnêtes n'ont été étouffées que lorsque le minerai d'argent à haute teneur s'est épuisé, pendant la Première Guerre mondiale.

Traduit par Karen Rolland


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