mai 2016

Estimer la durée de vie d'une mine

Un hommage à Hugh Taylor et à ses travaux

Lawrence Devon Smith

Hugh Taylor

La décision la plus difficile à prendre lors du développement d'un projet minier est sans doute celle consistant à déterminer l'ampleur de l'exploitation. Quelle sera la taille de la mine et du concentrateur ? Quelle sera sa capacité quotidienne et annuelle ? Les principaux éléments d'un projet, à savoir le coût en capital, les coûts d'investissements et opérationnels ainsi que la durée de vie de la mine, dépendent tous de cette décision. Ce n'est pas une mince affaire.

Au début de ma carrière d'ingénieur des mines, alors que je faisais partie de l'équipe de développement d'un projet, on m'a présenté la formule proposée par Hugh Taylor, baptisée Taylor's Law (la loi de Taylor). Cette équation consiste à orienter les équipes de projet vers une estimation raisonnable de la capacité de production d'une mine. Cela a été pour moi une véritable révélation ; je ne pensais pas qu'une telle équation existait, et encore moins qu'elle puisse être aussi simple. M. Taylor utilisait son équation pour déterminer la durée de vie d'une mine sous plusieurs formes : 

  

Durée de vie = 0,2 (réserves) 0,25

Taux de production = 0,0143 (réserves) 0,75

 La durée de vie est exprimée en années

Les réserves sont exprimées en tonnes métriques

Le taux de production est exprimé en tonnes métriques par jour sur la base d'une exploitation 350 jours par an.

Hugh Taylor était ingénieur des mines ; il travaillait pour Placer Development Limited à Vancouver en 1976 lorsqu'il a présenté sa loi dans un article à l'occasion d'un séminaire sur le secteur minier à Spokane, dans l'État de Washington.

M. Taylor avait constaté qu'en utilisant la théorie économique et la méthode de la valeur actualisée nette, on obtenait des taux d'exploitation minière « optimaux » qui étaient extrêmement élevés et donc difficilement applicables, et qui se révélaient irréalisables en pratique. Les sociétés sans expérience en étaient les premières victimes. M. Taylor a donc développé son équation en observant quelque 30 projets miniers qui englobaient un vaste éventail de types de mines. Cette approche était d'ordre empirique ou approximative plutôt que dérivée d'un modèle théorique.

Il faut bien préciser que M. Taylor a lui-même constaté un certain nombre de situations dans lesquelles son équation ne fonctionnait pas bien, notamment dans les mines anciennes se trouvant dans les dernières étapes d'exploitation ; pour les corps minéralisés très profonds et plats où la production est soumise aux limites de hauteur de levage du puits ; et pour les systèmes minéralisés de façon irrégulière. Durant toutes ces années, de nombreuses personnes ont étudié et testé les travaux de M. Taylor et ont même développé plusieurs autres équations qui, bien qu'elles semblent être plus adaptées dans certaines circonstances, requièrent davantage de variables, dont le capital et la teneur, pour obtenir des résultats.

En 1995, j'ai commencé à correspondre avec M. Taylor après qu'il ait rédigé une critique d'un article que j'avais publié dans le CIM Bulletin (le prédécesseur du CIM Journal). J'étais très surpris de pouvoir m'entretenir quant à mes travaux avec l'homme qui avait créé la loi de Taylor. Nous nous sommes rencontrés peu de temps après à l'occasion d'un congrès de l'ICM, rencontre qui a marqué le début d'une longue amitié de plus de 20 ans.

Le 15 mai 2015, Hugh Taylor est décédé à Vancouver à l'âge de 98 ans.

Il faisait partie de la confrérie de l'ICM, était membre à vie de l'ICM et avait reçu en 1982 le prix d'économie des minéraux Robert Elver. Il était très impliqué dans l'ICM, était membre des comités de la section de Vancouver et du district six dans les années 1970, et était également membre outre-mer du conseil de l'Institute of Mining and Metallurgy (IMM, l'institut des mines et de la métallurgie) pour le Canada dans les années 1980. Il a rédigé et présenté un certain nombre d'articles qui couvraient la plupart des aspects de l'économie minière pratique, généralement appréhendée avec la logique de fonctionnement de l'homme de production qu'il était, au fond, toujours resté.

M. Taylor est né à Londres en 1916 ; après avoir obtenu son diplôme de la Royal School of Mines de l'Imperial College London en 1937, il a immigré en Afrique du Sud où il a passé les trente années suivantes de sa vie à travailler dans la chaîne de montagne de Witwatersrand et dans d'autres régions du Transvaal ainsi que dans des mines de cuivre en République de Zambie (à l'époque, la Rhodésie du Nord). En 1967, il a amené sa famille à Vancouver où il a passé le restant de ses jours. Pendant les 14 années qui ont suivies, il a travaillé pour Placer Development Limited en tant que directeur général de l'estimation de la durée de vie des mines. Il a officiellement pris sa retraite en 1981, mais a continué de travailler en tant que conseiller jusqu'en 1989 et en tant qu'auteur technique jusqu'en 1995.

La loi de Taylor a survécu à l'épreuve du temps et demeure la façon la plus rapide et la plus simple de déterminer un point de départ dans l'estimation de la durée de vie d'une mine et du taux de production pour la conception préliminaire d'une mine. Ceci s'explique par la simplicité du calcul, mais aussi par le fait que cette formule a été développée sur la base de données réelles. Hugh était un homme gentil et prévenant, un vrai gentleman anglais, et il s'étonnait toujours de la renommée qu'avait gagnée sa loi.

A description of Taylor’s law can be found at: https://queensminedesign.miningexcellence.ca/index.php/Estimation_of_the_potential_production_rate

Traduit par Karen Rolland


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