mai 2016

Le charbon au Canada

Un aperçu du secteur du Pacifique à l'Atlantique

Par Ryan Bergen et David Chen

Captage et stockage du CO2

Depuis une dizaine d'années, la production de charbon au Canada est relativement stable, générant entre 67 et 69 millions de tonnes (mt) par an ; elle est répartie de manière égale entre le charbon thermique, principalement utilisé à des fins de production d'électricité domestique, et le charbon métallurgique ou charbon cokéfiable, exporté à l'étranger pour l'élaboration de l'acier. Cependant, en raison des préoccupations d'ordre environnemental et du ralentissement économique qui affectent l'industrie ces dernières années, les matières premières sont soumises à une forte pression.

La combustion du charbon au Canada

En 2012, le gouvernement fédéral a dressé les grandes lignes de sa vision sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) concernant le charbon. Les réglementations publiées imposent aux provinces souhaitant exploiter des centrales au charbon au-delà de 2030 d'adopter la technologie de captage et stockage du CO2 (CSC). Le gouvernement exige également que les centrales construites avant 1975 ferment lorsqu'elles atteignent 50 années d'exploitation, ou d'ici 2020. 

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L'Alberta et la Saskatchewan, dont les centrales de charbon sont situées à proximité des mines, sont les provinces les plus affectées. Elles comptent en effet le plus grand nombre de centrales thermiques alimentées au charbon, et elles extraient également les plus grosses quantités de charbon thermique dans le pays. La réaction première de la Saskatchewan a été d'investir en masse dans la technologie de CSC. En 2014, la province générait 44 % de son électricité à partir du charbon, et ne prévoit pas de réduire sa consommation dans un proche avenir. Le gouvernement de l'Alberta a choisi une voie différente, et s'est engagé en novembre dernier à éliminer la combustion de charbon d'ici 2030. L'année dernière, l'Alberta a réduit sa dépendance envers le charbon à 38,5 % de son bouquet énergétique, ce qui constitue une baisse de 16,5 % par rapport à 2014. Le gaz naturel représente maintenant la principale source d'énergie qu'utilise l'Alberta. 

C'est en 2014 que l'on a assisté à la réduction de consommation de charbon la plus impressionnante au Canada, lorsque l'Ontario est devenue la première province d'Amérique du Nord à totalement éliminer le charbon de ses sources d'électricité. Une décennie plus tôt, cette province générait encore un quart de son électricité à partir du charbon.

Les autres provinces du Canada qui continuent d'utiliser le charbon pour leur production d'électricité sont la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. Ces deux provinces maritimes importent actuellement l'intégralité de leur charbon des États-Unis et d'Amérique du Sud. Globalement, le Canada produit environ 18 % de son électricité totale à partir du charbon.

Maîtriser les coûts pour le charbon cokéfiable

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Le charbon métallurgique, l'autre partie de l'industrie, représente la moitié de la production de charbon du pays et près de l'intégralité de ses exportations annuelles. Ce secteur a été très affecté au cours des dernières années car les producteurs sont confrontés à une chute libre des prix et à une offre excédentaire sur le marché. Pour compliquer le tout, l'Australie et la Chine, les deux plus gros consommateurs de charbon au monde, ont signé un accord de libre-échange l'année dernière, éliminant ainsi un tarif de 3 % sur le charbon cokéfiable et plaçant les sociétés canadiennes en porte-à-faux. 

De nombreuses sociétés au Canada ont tenté de se maintenir à flot dans un marché instable, et ont dû réduire ou complètement arrêter la production. Entre 2013 et 2014, Anglo American et Walter Energy ont suspendu pour une durée indéterminée les activités de quatre mines du nord-est de la Colombie-Britannique (C.-B.). En Alberta, la mine Grande Cache a fermé ses portes fin 2015 après une série de licenciements. Teck Resources, qui est désormais l'unique producteur de charbon cokéfiable au Canada, a décrété l'été dernier des arrêts de trois semaines en alternance dans ses six mines de charbon. 

Cette société basée à Vancouver a mis en œuvre un certain nombre de mesures visant à réduire les coûts de ses exploitations minières. D'après Chris Stannell, porte-parole de la société, l'une des plus grosses économies qu'une société peut réaliser consiste à réduire la consommation de carburant utilisé par les camions de transport. Comme il l'expliquait, Teck a installé des caisses de camions plus légères, a mené des campagnes contre la marche au ralenti des véhicules et a réduit la durée de chargement et de déchargement de ses camions de transport. Le déclin des prix du pétrole, ajoutait-il, a également beaucoup contribué aux économies réalisées par la société. Parmi les autres mesures que Teck envisage pour réaliser des économies de diesel, citons le recours au gaz naturel liquéfié (GNL) comme source de carburant pour ses camions, une mesure qu'elle teste actuellement à sa mine de charbon Fording River en C.-B. 

Faits et chiffres sur la centrale Boundary Dam équipée de la CSC

Captage et stockage du CO2

Si l'Alberta s'est engagée à se passer du charbon d'ici 2030, la Saskatchewan adopte quant à elle une tactique différente. La province a investi près de 1,5 milliard $ pour équiper sa centrale électrique Boundary Dam, près d'Estevan, de capacités de captage du dioxyde de carbone (CO2) ; cette centrale a ouvert ses portes en octobre 2014 et est la première centrale à l'échelle commerciale dotée de la technologie de captage et stockage de dioxyde de carbone (CSC). Cependant, la technologie de CSC installée à la centrale a rencontré un grand nombre de problèmes techniques depuis son ouverture, lesquels ont coûté très cher à la Saskatchewan.

 

Opération « renaissance »

On observe des signes de renouveau dans le berceau de l'industrie de l'exploitation du charbon au Canada. À la pointe nord du Cap Breton, une région d'Amérique du Nord où l'exploitation du charbon a commencé il y a plusieurs siècles, le projet Donkin recrute des mineurs de charbon expérimentés pour mener cette exploitation par chambres et piliers jusqu'à la phase de production. 

La dernière mine de charbon en exploitation au Cap Breton a fermé ses portes en 2001. En 2005, Xstrata a redonné espoir à l'industrie lorsqu'elle a acheté des intérêts majoritaires dans le projet Donkin. La société et son associée Morien Resources ont investi ensemble 43 millions $ avant de mettre un terme aux activités de cette mine en 2013.

Le projet Donkin
Ressources : ~500 millions de tonnes de charbon métallurgique et charbon thermique
Démarrage initial : deuxième semestre 2016
Production prévue initialement : 1 million de tonnes par an (Mt/a) 
Pleine capacité de production : 2,5 million de tonnes par an (Mt/a) 
Nombre d'employés à pleine capacité de production : entre 120 et 150

Jim Bunn, premier vice-président chargé des activités et du développement chez Kameron Collieries, n'a pas souhaité révéler la somme dépensée par la société depuis qu'elle a acheté en 2015 les intérêts de 75 % que détenait Glencore, l'acquéreur de Xstrata, dans le projet, mais a confirmé que le site était en plein essor. Outre le dénoyage de deux tunnels de 3,5 kilomètres (km) qui menaient au filon de charbon se trouvant sous le plancher océanique, les travaux souterrains comprennent des améliorations aux routes, le soutènement des tunnels, des travaux géotechniques, l'installation d'un nouveau réseau de distribution d'énergie ainsi que les premiers éléments d'un système de transport. D'après M. Bunn, le gisement bénéficie d'une « très bonne élévation pour l'exploitation minière (3,5 mètres au front de taille) et d'une excellente qualité de charbon, mais il se trouve sur une pente de 10 % ».

Les ressources estimées du projet Donkin sont d'environ un demi milliard de tonnes d'un charbon bien adapté à la production d'électricité et l'élaboration de l'acier. « Nous partageons des informations de qualité avec Nova Scotia Power et nous préparons à recueillir un échantillon pour mener un essai de combustion durant l'été 2016 », indiquait M. Bunn. La mine se trouve aussi à proximité d'installations portuaires, ce qui contribue énormément à la situation économique favorable du projet.

Traduit par Karen Rolland


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