février 2016

La bataille de Blair Mountain

Par Correy Baldwin

WH Blizzard and friend
W.H. Blizzard, à gauche, avec son aide de camp. M. Blizzard était commandant de l'armée de mineurs dans la bataille de Blair Mountain en août 1921 | Avec l'aimable autorisation des archives d'État de l'ouest de la Virginie

Au début du XXe siècle, l'exploitation minière est encore, de toute évidence, une profession déplorable, et les tentatives de négociation pour obtenir de meilleures conditions de travail et un salaire plus digne restent souvent infructueuses. Les mineurs se tournent de plus en plus vers l'United Mine Workers of America (UMWA, le syndicat des travailleurs miniers d'Amérique) pour obtenir de l'aide, mais la relation entre les propriétaires des mines et le syndicat est très conflictuelle et souvent empreinte de violence. Entre 1920 et 1921 dans l'ouest de l'État de la Virginie, cette violence atteint son apogée pour former ce que l'on appelle de nos jours les guerres du charbon de l'ouest de la Virginie, qui aboutissent à la bataille de Blair Mountain.

L'UMWA commence à gagner du terrain dans les houillères de l'ouest de la Virginie au printemps 1920, et un grand nombre de mineurs prennent part à la lutte malgré le risque de perdre leur travail. Les sociétés minières résistent et font souvent appel aux services de l'agence Baldwin-Felts, tristement renommée pour se charger du sale travail. Baldwin-Felts est une agence de détectives privés qui a étendu ses activités d'enquête à la sécurité privée. Ses agents sont embauchés pour espionner les syndiqués et faire échouer les grèves, mais pour les mineurs, ces derniers ne sont rien de plus que de simples briseurs de grève engagés par leurs employeurs.

Les événements qui mènent à la bataille de Blair Mountain commencent à Matewan, dans le comté de Mingo, au sud-ouest de la Virginie. Le 19 mai 1920, la Stone Mountain Coal Company embauche 12 agents de Baldwin-Felts, dont Albert et Lee Felts, les frères du propriétaire de l'agence, Thomas Felts, pour expulser certains mineurs et leurs familles des logements fournis par la société. Ils forcent les mineurs à quitter les lieux en les menaçant de leurs armes, en commençant par une femme, seule chez elle, et ses enfants.

Il va sans dire que les mineurs n'apprécient guère cette attitude, ni d'ailleurs Sid Hatfield, le chef de la police de Matewan au tempérament impétueux, et Cabell Testerman, le maire de la ville, qui sont tous deux d'anciens mineurs et sont très compatissants envers la cause de ces travailleurs. M. Hatfield affronte les agents alors qu'ils se préparent à quitter la ville et tente de les arrêter. La confrontation s'échauffe ; les mineurs armés entourent les agents, des coups de feu sont tirés. Lorsque les tirs s'arrêtent, sept agents sont morts, dont Albert et Lee Felts, deux mineurs et le maire M. Testerman.

L'affrontement de M. Hatfield avec les agents de Baldwin-Felts en fait immédiatement un héros, et les événements donnent aux mineurs la force de se battre pour les droits des travailleurs et pour que les propriétaires des mines reconnaissent la légitimité du syndicat. Après une année de tensions croissantes et d'affrontements violents entre les propriétaires des mines et leurs employés, l'État impose la loi martiale sur le comté pour calmer la situation. Ceci se traduit par des arrestations en masse de mineurs, ce qui ne contribue qu'à raffermir leurs résolutions.

Entre-temps, l'agence Baldwin-Felts cherche à venger les frères Felts tués par M. Hatfield, surtout après que ce dernier ait été acquitté pour leur assassinat. Elle trouve enfin sa chance de se venger. M. Hatfield doit comparaître devant la cour le 1er août 1921 aux côtés de son ami Ed Chambers, accusé d'avoir dynamité un basculeur de wagons de charbon. Les agents de Baldwin-Felts attendent les deux hommes à leur arrivée au tribunal. Ils ouvrent le feu alors que ces derniers montent les marches du tribunal et les assassinent, action pour laquelle ils seront plus tard acquittés.

Pour les mineurs, cet assassinat est le coup de grâce et ils commencent alors à s'armer pour la suite des événements. Une semaine plus tard, des centaines de mineurs se réunissent dans la capitale, Charleston. Lorsque le gouverneur rejette leurs revendications, les mineurs décident de manifester jusqu'au sud du comté de Mingo pour libérer leurs camarades emprisonnés, mettre fin à la loi martiale et imposer la légitimité du syndicat.

Le 24 août, quelque 10 000 hommes armés commencent leur manifestation, passant aux abords du comté de Logan. Mais leur passage est bloqué. Don Chafin, un shérif du comté de Logan, les attend avec 2 000 de ses hommes armés, qu'il a mis en poste sur Blair Mountain, directement sur la route des mineurs.

C'est ici, le long de la vallée et des flancs de la Blair Mountain, que le plus grand soulèvement de travailleurs de l'histoire des États-Unis aura lieu. Cinq jours durant, les mineurs se battent contre les forces armées de M. Chafin, lequel va même jusqu'à envoyer des avions pour les bombarder. Le gouvernement fédéral finit par envoyer son armée pour mettre un terme à cette insurrection, et la plupart des mineurs vont cacher dans les bois leurs armes (que l'on retrouve encore aujourd'hui) avant de se rendre. On estime qu'entre 16 et 100 personnes ont perdu la vie durant ce soulèvement, des mineurs pour la plupart.

Près de 1 000 mineurs sont accusés de meurtre ou de trahison. Cette bataille est une terrible défaite pour l'UMWA, qui perdra des dizaines de milliers de syndiqués au cours des années suivantes, et cette région ne se syndicalisera pas jusqu'en 1935. Après la bataille de Blair Mountain cependant, la division devient très claire et chacun sait que l'autre partie est prête à se battre jusqu'au bout.

Traduit par Karen Rolland


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