février 2016

Parce que nous sommes en 2016

Par Mafalda Arias

Mafalda Arias

Lorsqu'on lui a demandé la raison pour laquelle il avait souhaité instaurer la parité hommes-femmes au sein de son cabinet, Justin Trudeau, premier ministre récemment assermenté du Canada, a répondu « parce que nous sommes en 2015 ». Sa réponse laconique a incontestablement attiré l'attention du monde entier. D'après l'organisation des Nations Unies (ONU), le conseil des ministres de M. Trudeau, qui affiche un nombre égal de femmes et d'hommes, place le Canada en quatrième position dans le monde en termes du pourcentage de femmes occupant des postes ministériels, au même niveau que la France et le Liechtenstein. Dans ce contexte, je ne peux m'empêcher de m'interroger quant à l'avenir des femmes dans l'industrie minière. Que se passerait-il si notre industrie parvenait à instaurer la parité hommes-femmes ? Son image en serait-elle changée ? Les résultats en seraient-ils affectés ? Si l'on considère la parité hommes-femmes comme une innovation sociale, l'industrie minière est-elle prête à changer le cours de l'histoire ?

Lors d'une conférence de l'industrie récemment, des bénévoles de l'organisation Women in Mining BC (WIMBC, les femmes dans l'exploitation minière en Colombie-Britannique) ont été témoins d'une scène regrettable, qui vient nous rappeler qu'en termes d'égalité entre hommes et femmes, l'industrie minière est encore loin d'être en 2016. Un homme s'est approché de notre table alors qu'il se dirigeait vers l'étage du salon commercial, et a posé quelques questions techniques aux femmes qui s'y trouvaient. En raison du bruit dans le couloir et du brouhaha qui régnait au sein de la conférence, les professionnelles chevronnées assises à la table de la WIMBC n'ont pas entendu ses questions et lui ont demandé de répéter. Pour seule réponse, il a marmonné la raison pour laquelle les femmes ne devaient pas travailler dans cette industrie. Il va sans dire que cette réponse en a choqué plus d'une. Il s'agit bien sûr d'un incident isolé, mais cela vient nous rappeler la résistance perpétuelle dont font preuve certaines personnes envers l'intégration des femmes dans l'industrie des mines et de l'exploration minière.

Des attitudes insultantes, telles que celle de cet homme, font partie de la culture de notre industrie, celle que l'on nous enseigne dès notre plus jeune âge à l'école et à l'université. Bien entendu, certains hommes comprennent bien l'importance de la diversité dans ce domaine et offrent tout leur soutien aux femmes, mais des commentaires tels que celui-ci sont accablants et nous nous devons de dénoncer ces incidents et d'appeler les choses par leur nom. Certains hommes pourraient ne pas admettre ce problème, mais c'est uniquement parce qu'ils jouissent des privilèges réservés aux hommes et ne sont pas conscients des façons dont ils se manifestent. C'est seulement en reconnaissant, comprenant et respectant toutes les expériences que nous pourrons enfin nous rendre compte de l'ampleur de l'oppression que le système impose aux femmes. Ce problème est profondément ancré et revêt plusieurs facettes ; on ne peut espérer le résoudre par une simple adaptation des personnes qui subissent les répercussions négatives du système. Ainsi, nous sommes contraints d'avoir des conversations désagréables car, si l'on ne se décide pas à appeler un chat un chat, le problème ne sera jamais résolu. Normaliser ce genre de commentaires apparemment involontaires ne fait que perpétuer l'existence d'obstacles à l'intégration des femmes dans notre industrie.

Malheureusement, tout le monde n'a pas eu la chance de suivre une formation ou une éducation orientée sur la diversité nous permettant d'aborder le sujet dans le cadre de conversations sensées qui sont des alliées indispensables de la diversité et l'inclusion. Voici donc quatre suggestions pour soutenir la place des femmes dans l'industrie minière :

  1. Écoutez-les. Pour la plupart, il n'est pas agréable d'évoquer le genre d'incidents dont il est question plus haut. Lorsque des hommes ou des femmes entendent ce genre de discours, leur réaction immédiate consiste à interrompre la conversation, à tirer des conclusions hâtives, à remettre en question la situation ou à changer de sujet. Cependant, ne pas en parler ne fera que creuser davantage cette inégalité entre hommes et femmes ainsi que renforcer les privilèges accordés aux hommes et l'absence de conséquences. Si vous écoutez attentivement et vous abstenez de porter un jugement, vous pourrez sans doute comprendre la source de la souffrance et de la frustration que ressentent les femmes.
  2. Parlez-en. Laissez libre cours à vos sentiments et parlez de ce qui s'est produit durant l'incident. Si certains hommes se disent las de s'entendre répéter les problèmes rencontrés par les femmes dans l'industrie minière ou l'importance de la diversité, imaginez seulement ce qu'endurent les femmes à devoir répéter à longueur de temps qu'elles ont leur place au sein de cette industrie. Un bon point de départ pour vous joindre à la conversation est de reconnaître qu'en tant qu'homme, vous ne serez jamais vraiment confronté à ce qu'endurent les femmes.
  3. Posez des questions, soyez curieux et efforcez-vous de comprendre. Lorsque vous engagez la conversation, ne vous attendez pas à ce que tout ce que vous entendez soit logique. Il est tout à fait légitime d'admettre que vous ne pouvez comprendre ce que ressent une personne ou la raison pour laquelle elle éprouve ce sentiment, mais si vous êtes curieux et posez des questions dans un effort de comprendre la situation, la compassion n'en sera que plus forte.
  4. Renseignez-vous sur ce qu'implique la diversité. Il est important d'écouter et de vous en remettre aux connaissances des femmes lors de conversations portant sur la diversité hommes-femmes. Gardez bien à l'esprit que mêmes elles pourraient ne pas être au courant de toutes les facettes de la diversité. Vous pourrez facilement trouver des informations sur ce thème, et il est important de prendre le taureau par les cornes et de vous informer en lisant des ouvrages ou des articles qui y sont dédiés.

Unissons nos efforts pour trouver ensemble une solution, car nous sommes en 2016.

Mafalda Arias est présidente de l'organisation Women in Mining BC et présidente de Mafalda Arias and Associates.
Vous souhaitez nous donner votre avis sur cet article ? Envoyez vos commentaires à editor@cim.org.

Traduit par Karen Rolland

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