octobre 2015

L'histoire recréée à partir de scories

Par Katelyn Spidle

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En l'an 1000 après Jésus-Christ, des explorateurs scandinaves construisent huit bâtiments à l'Anse aux Meadows, dans la province de Terre-Neuve, dont deux sont utilisés pour produire du fer trouvé dans les zones humides à proximité | Flickr/André Carrotflower

Un beau jour en l'an 1000 après Jésus-Christ, la traversée de l'Atlantique Nord prend enfin la tournure espérée par l'explorateur scandinave Leif Erikson (en norrois, Leifr Eiríksson) qui, émergeant de ses quartiers, aperçoit enfin ce qu'il a tant attendu, un littoral rocheux se détachant à l'horizon. Son équipage de 30 hommes ferle les voiles, jette l'ancre et rejoint à la rame les côtes de la province actuelle de Terre-Neuve-et-Labrador.

Les écrits et histoires narrés tout au long de l'âge des Vikings indiquent que les populations et les pressions croissantes entre les clans ont poussé les peuples scandinaves à s'étendre vers l'Ouest sur une période de plus de 250 ans. Ils ont été contraints de traverser les îles écossaises et les îles Féroé avant de coloniser l'Islande.

Erik le rouge, pionnier et père de Leif Erikson, finit par mener une série de traversées qui l'amèneront à coloniser le Groenland. La colonie prospère mais malheureusement, les terres sont pauvres en ressources naturelles comme le bois d'œuvre et le fer.

Leif Erikson entame donc son voyage vers l'Ouest dans le but de localiser du bois d'œuvre et des peaux de bêtes. À l'époque, l'Atlantique Nord connaît une période de réchauffement climatique, et la forêt de Terre-Neuve est dense, peuplée de grands arbres et de gibier sauvage. Leif Erikson compte retourner au Groenland cet automne-là pour y troquer et vendre les matériaux qu'il a trouvés. Alors qu'il explore les étendues luxuriantes le long de la côte, M. Erikson découvre un fruit curieux qui pousse à l'état sauvage dans la région, le raisin. Cette découverte l'incitera à baptiser la région Vinland (« terre de la vigne »).

M. Erikson et ses hommes y installent leur camp de base d'été. Au loin, des sources de montagne se jettent dans un lac d'eau douce avant de s'écouler dans un ruisseau sinueux qui serpente jusqu'à une riche tourbière. Les Scandinaves reconnaissent alors les caractéristiques du paysage et détectent la présence de fer dans les zones humides.

L'équipage construit huit bâtiments à l'ouest de cette tourbière riche en fer. Le plus grand bâtiment (qui mesure 28,8 mètres sur 15,6) sert de lieu de vie au capitaine et à son équipage. Trois autres bâtiments servent de petits ateliers de menuiserie et également de dortoirs pour les esclaves. Un cinquième bâtiment abrite un grand atelier de menuiserie et de textile ; le sixième est un atelier de réparation des navires dans lequel les archéologues trouveront plus tard des rivets et des clous.

C'est dans les deux derniers bâtiments, qui abritent une forge et un haut-fourneau, qu'aura lieu la première production de fer du Nouveau Monde. Les Scandinaves ont la réputation d'être de fins métallurgistes, et la plupart des explorateurs et colons ont au minimum des notions élémentaires de la façon de détecter et de produire du fer des marais. Ils extraient le minerai de fer par fusion dans un petit four cylindrique revêtu d'argile que l'on appelle forge catalane. Une fois le processus de fusion terminé, le fer est battu dans une forge.

Ces vestiges archéologiques sont découverts près d'un millénaire plus tard et sont la preuve de la présence des Européens en Amérique du Nord à l'époque précolombienne. Ce site, l'Anse aux Meadows, est aujourd'hui classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Dans sept fouilles différentes menées entre 1961 et 1968, les archéologues Helge Ingstad et Anne Stine Ingstad ont découvert 15 kilogrammes (kg) de scories, qui auraient permis de produire environ 3 kg de fer utilisable. Cependant, une analyse des scories montre qu'il aurait été possible d'extraire beaucoup plus de fer de ce minerai. Ceci laisse entendre que les hommes de M. Erikson n'étaient pas particulièrement qualifiés par rapport aux fins métallurgistes qui font la réputation de ce peuple à l'âge des Vikings.

M. Erikson et son équipage possèdent néanmoins des connaissances plus approfondies de ces techniques de traitement que les populations autochtones d'Amérique du Nord. Le minerai des tourbières, que l'on trouve dans les régions glaciaires du monde entier, est une ressource naturelle de grande valeur pour les Scandinaves qui l'utilisent à l'époque pour fabriquer des outils, des armures et des armes. C'est la raison pour laquelle Thorfinn Karlsefni, un explorateur islandais qui dirigera plus tard une expédition vers Terre-Neuve, refuse de vendre ce métal précieux à la Première Nation des Béothuks qu'il rencontre dans la province. À l'époque, les peuples Béothuks, aujourd'hui disparus, sculptent les os et le bois pour en faire des outils et des armes. 

L'Anse aux Meadows n'est jamais devenue une colonie permanente des Scandinaves. Il est impossible de déterminer la durée exacte de l'utilisation du camp, et plusieurs théories indiquent que les Vikings auraient continué à explorer les provinces maritimes du Canada et la côte nord-est des États-Unis. À ce jour, seule l'Anse aux Meadows recèle la preuve physique (des fragments de 98 clous, d'innombrables rivets et d'autres artéfacts assortis répartis sur le site) de la présence des Vikings en Amérique du Nord.

Traduit par Karen Rolland


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