octobre 2015

Ressources et réserves minérales

Lorsqu'une ressource minérale n'en est pas une

Par Rod Webster

Rod Webster

De nombreuses sociétés minières réduisent leur budget dédié à l'exploration pour survivre au ralentissement économique qui touche le secteur ainsi qu'aux prix très faibles des marchandises. Dans ce contexte, certaines sociétés sont confrontées à une pénurie de géologues ou de personnel de soutien, et leurs employé(e)s manquent d'expérience et ne comprennent pas bien la géologie, les méthodes utilisées et les aspects relatifs au traitement de leur exploitation ou projet. Tous ces facteurs peuvent avoir des répercussions négatives sur les estimations et les déclarations de ressources et réserves minérales, ainsi que sur la préparation des plans de mine sur le long terme.

Lorsqu'une société ne dispose pas du personnel adéquat, la quantité de ressources et réserves minérales restantes après l'extraction initiale en souffre. Certaines mines, par exemple, vivent au jour le jour avec des réserves minérales définies qui ne dureront qu'une année, voire seulement quelques mois, en raison de l'absence de forage, d'évaluation géologique et de planification minière. D'autres mines sont obligées, en raison de cette pénurie de ressources mesurées et indiquées définies, d'inclure les ressources minérales présumées (telles que définies par la norme canadienne NI 43-101) en tant que réserves. Ces deux exemples se traduisent par une vision limitée de la dilution et des pertes de minerai possibles qui résultent d'une mauvaise compréhension de la minéralisation, de la géologie et d'autres questions géotechniques.

La plupart des normes internationales de divulgation définissent les ressources minérales comme une ressource présentant « une perspective raisonnable d'extraction viable sur le plan économique ». Le PDG d'une société et les investisseurs doivent déterminer si cette exigence est négligée ou laissée de côté en vue de maintenir à un niveau raisonnable le reste des ressources minérales divulguées afin que le cours d'une action reste stable. Les modestes activités d'exploration menées actuellement se concentrent-elles sur des zones où le minerai affiche une plus haute teneur afin de maintenir les indicateurs de rendement clé liés aux marchés d'une société ?

Les sociétés devraient se concentrer sur des zones qui conditionneront leur avenir aux moyen et long termes. C'est une impasse frustrante dans laquelle la pénurie de ressources et de réserves minérales résultant du peu d'activités d'exploration et de modélisation géologique, ou encore des doutes concernant la qualité de ces ressources et réserves, anéantit la valeur perçue d'une société. Cette situation se traduit par une baisse du cours de l'action et de la capacité à recueillir des fonds, ainsi que par le besoin d'économiser les fonds existants. Elle affecte également la capacité d'une société à entreprendre des activités d'exploration, de modélisation des ressources minérales et de planification minière, entraînant par là même une réduction plus marquée des ressources et réserves minérales.

Parmi les autres problèmes qui ont été cités récemment en termes d'estimation et de divulgation des ressources et réserves minérales figurent :

  • l'inclusion des ressources minérales à faible teneur profondément enfouies sous la surface, alors qu'il est fort peu probable que ce matériau puisse être récupéré par des moyens d'extraction souterraine à des teneurs aussi faibles ou par des méthodes à ciel ouvert à cette profondeur.

  • des estimations de tonnages considérables de ressources et réserves minérales basées sur un seul recoupement de zone minéralisée, l'influence de ce recoupement étant extrapolée de manière déraisonnable.
  • de grandes zones composées de matériaux probablement dénués d'intérêt qui sont classés par des modélisateurs des ressources sans expérience comme ressources et réserves minérales en raison de l'extension de recoupements à haute teneur dans des zones pour lesquelles les données sont limitées.
  • un pourcentage des ressources et réserves minérales restantes fondé sur des filons très étroits attenant à des vides souterrains exploités auparavant et qui ne seraient probablement jamais exploités sur la base de la largeur du filon, de sa teneur, des problèmes géotechniques et, le cas échéant, du coût du remblayage.
  • des piliers de couronne et de sole inclus dans les ressources et réserves minérales lorsque les perspectives d'exploitation minière sont fictives en raison de problèmes environnementaux liés au soutènement ou à la surface.
  • la classification des ressources minérales, et par là même des réserves, sur la seule base de paramètres statistiques (en général, à l'aide de la méthode de l'inverse de la distance) et non de données géologiques ou de tendances en matière de minéralisation.
  • une connaissance et une utilisation trop limitées des interprétations géologiques pendant la modélisation des ressources minérales et l'estimation des teneurs en raison des progrès réalisés en matière de logiciel et de l'utilisation généralisée des statistiques. Ceci entraîne l'élaboration de modèles ne représentant pas de manière adéquate la minéralisation (particulièrement autour des marges) de nombreuses mines avancées.
  • des zones d'exploitation minière souterraine antérieures qui n'ont pas été retirées des déclarations concernant les ressources et réserves minérales.
  • une prise en compte trop restreinte de la largeur minimale d'extraction au sein de filons étroits, ce qui entraîne une dilution excessive et une baisse de la teneur du minerai traité en deçà de la valeur requise pour être économiquement viable.
  • une mauvaise vérification des ressources et des réserves pour les mines en exploitation.
  • trop peu de vérifications au préalable des ressources et réserves minérales existantes par des acheteurs potentiels de mines existantes ou de découvertes récentes.

L'estimation et la divulgation non conformes aux normes des ressources et réserves minérales peuvent aboutir à de sérieux problèmes. Les actionnaires et directeurs de sociétés doivent connaître la véritable valeur d'une société, et l'une des mesures les plus importantes concerne la quantité et la qualité des ressources et réserves minérales. Il est donc nécessaire, et non un luxe, de s'assurer que le personnel, en interne ou sur place, est suffisamment qualifié et expérimenté pour mener des activités d'exploration orientées sur le projet, une estimation des ressources et réserves minérales de haute qualité et une planification minière pratique bénéficiant de contributions géotechniques fondées.

Rod Webster travaille chez AMC Consultants dans ses bureaux de Toronto et a à son actif plus de 35 ans d'expérience en tant que géologue ; son domaine d'activité principal concerne l'estimation, l'examen et la comparaison des ressources et réserves minérales. Son expérience couvre toutes les facettes de la géologie générale, mais il se spécialise dans l'évaluation des gisements, du forage initial à la définition du gisement et l'estimation des ressources.

Traduit par Karen Rolland

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