novembre 2015

Du nickel en concentré

Mark Fedikow nous parle de l'implantation croissante de North American Nickel sur le marché groenlandais

Par Ryan Bergen

Rapport Spécial : Groenland

 
Mark Fedikow
D'après Mark Fedikow, les terrains géographique et légal du Groenland en font un lieu favorable à l'exploration | Avec l'aimable autorisation de North American Nickel

North American Nickel (NAN), une société d'exploration et de développement, a été formée en 2010 par l'essaimage des propriétés de nickel en Ontario et au Manitoba détenues par la petite société minière VMS Ventures. Peu de temps après que la NAN ait été cotée à la bourse de croissance TSX, deux prospecteurs connaissant le Groenland ont orienté la société vers un projet de nickel et cuivre sur la côte sud-ouest de l'île. Aujourd'hui, la société termine sa quatrième année de forage dans le cadre du projet Maniitsoq de nickel, cuivre, cobalt et éléments du groupe du platine (ÉGP) dans le sud-ouest du Groenland. Cette année, les travaux ont mené à la découverte d'une nouvelle zone minéralisée qui, selon la société, constitue à ce jour l'un des meilleurs résultats en termes de forage pour la propriété. Cette dernière se prépare également à acquérir un port en eau profonde dans la pointe sud de sa propriété de près de 3 000 kilomètres carrés (km2). Nous nous sommes entretenus avec Mark Fedikow, président de North American Nickel, afin de comprendre ce qui avait poussé la société à s'intéresser à ces projets nouveaux au Groenland et ce qu'elle avait découvert durant la période qu'elle a passée dans l'Atlantique Nord.

L'ICM : Combien de temps après la création de North American Nickel avez-vous commencé à vous intéresser au Groenland ?

M. Fedikow : Notre société a été cotée en bourse en avril 2010 et trois mois plus tard, nous avons été contactés par deux prospecteurs/géologues possédant des années d'expérience dans l'exploration au Groenland. Ils nous ont présenté un cas de figure pour la propriété qui a fini par devenir le projet Maniitsoq. Ils décrivaient de nombreuses occurrences historiques de nickel, de nickel à haute teneur, de cuivre, de cobalt et d'ÉGP sur la côte sud-ouest du Groenland qui n'avaient reçu que peu d'attention en termes d'exploration et ce, malgré la teneur en nickel et autres métaux connexes. La propriété se trouve à proximité d'une zone sujette aux marées et non touchée par la banquise tout au long de l'année. Dans cette optique, notre géologue en chef John Pattison s'est rendu au Groenland afin d'examiner la propriété et d'évaluer l'environnement réglementaire ainsi que le soutien logistique disponible. M. Pattison a confirmé que la géologie et la minéralisation étaient favorables, de même que le soin avec lequel les résultats antérieurs de l'exploration historique avaient été organisés. Des rapports historiques sur les carottes de sondage et les évaluations existaient déjà.

L'ICM : En quoi ces informations vous ont-elles été utiles ?

M. Fedikow : Nous avons acheté une propriété de près de 3 000 km2 qui, à l'époque, représentait la plus grande concession à laquelle un permis avait été délivré au Groenland. Nous avons ensuite porté toute notre attention sur la technologie géophysique moderne pour la propriété sous la forme de levés électromagnétiques et magnétiques héliportés. Les levés étant héliportés, nous avons pu nous approcher très près du terrain accidenté à l'aide de nos capteurs géophysiques et maintenir une altitude fixe d'arpentage au-dessus du sol. Ceci nous a donné un avantage exceptionnel par rapport aux anciens explorateurs qui utilisaient des levés réalisés au moyen d'un appareil à voilure fixe.

L'ICM : Dans quelle mesure la propriété avait-elle été explorée avant l'arrivée de NAN ?

M. Fedikow : Des travaux antérieurs avaient été menés par la société danoise Kryolitselskabet Øresund A/S (KØ). L'approche employée par KØ consistait à survoler le terrain dans un aéronef à voilure fixe et à noter sur ses fonds de plan chaque site oxydé ou rouillé que les équipes décelaient au sol. Ces dernières arpentaient ensuite ces zones à pied. Ce suivi comprenait l'échantillonnage et la cartographie, et dans certains cas les équipes foraient la cible. Le forage était limité à des profondeurs d'environ 50 mètres et était gêné par l'absence de techniques géophysiques modernes permettant d'évaluer l'orientation et la profondeur des cibles minéralisées, ce qui se traduisait en réalité par un forage aveugle. Le système aéroporté que nous employons actuellement nous permet de mener des observations à plus de 200 mètres sous terre, et ainsi d'identifier des zones qui n'étaient pas exposées à la surface.  

L'ICM : L'absence de couvert végétal a sans doute aidé.

M. Fedikow : L'arpentage s'est en effet révélé très efficace car le paysage est constitué à 85 ou 90 % de roches. Ce n'est pas comme au Canada où l'assise rocheuse est recouverte de séquences épaisses de sédiments glaciaires et de dérivés tels que du sable, du limon ou de l'argile recouverts d'un sol organique humide ou d'un marécage. L'absence de forêts constitue un avantage exceptionnel pour la prospection, la cartographie et l'exploration de manière générale. C'est l'une des raisons du succès de KØ.

L'ICM : L'environnement semble certes être totalement adapté à l'exploration, mais que pensez-vous du terrain légal ?

M. Fedikow : Toutes les questions réglementaires liées à l'exploration et l'exploitation minière sont gérées à Nuuk, la capitale du Groenland. Nous souhaiterions voir certains aspects évoluer plus vite que d'autres, mais le processus réglementaire du Groenland est transparent et les diverses agences gouvernementales auxquelles nous avons eu affaire nous ont beaucoup aidé. Aucune question n'est restée en suspens. 

L'ICM : Vous travaillez dans la région depuis plusieurs années. Comment avez-vous établi un lien avec la communauté dans son ensemble ? 

M. Fedikow : En 2013, nous avons demandé à Tony Naldrett, un expert de renommée internationale en matière de corps minéralisés de sulfures de nickel, de venir au Groenland et de se joindre à John Pattison, notre géologue en chef. MM. Naldrett et Pattison se sont rendus à la Greenland School of Minerals and Petroleum (l'école des minéraux et du pétrole du Groenland) à Sisimiut pour effectuer des présentations auprès des étudiant(e)s dans le cadre d'une série de séminaires. Ils souhaitaient présenter North American Nickel et offrir un contexte aux étudiant(e)s ainsi que des informations approfondies sur les corps minéralisés de sulfures de nickel. Plus récemment, nous avons ressenti le besoin de consolider notre présence au Groenland à mesure que notre programme d'exploration évoluait, et de nous rapprocher des communautés locales. C'était le principal objectif de notre voyage au Groenland en juin dernier. 

L'ICM : Quelle approche avez-vous adopté ?

M. Fedikow : L'importance de ce voyage résidait dans la mobilisation communautaire. Nous souhaitions présenter la NAN aux communautés en leur expliquant qui nous étions et d'où nous venions, ce que nous souhaitions accomplir et notre façon de procéder dans nos activités quotidiennes d'exploration. Ce voyage visait également à donner aux membres de la communauté locale une plateforme leur permettant de s'exprimer quant à nos activités et de faire connaître ouvertement leurs préoccupations possibles face à l'impact que pourraient avoir nos activités sur leur communauté. Nos premières rencontres ont eu lieu à Nuuk et nous nous sommes ensuite rendus sur la côte sud-ouest à Napasoq, Maniitsoq et Sisimiut. Ces trois communautés vivent aux environs de notre projet Maniitsoq.

L'ICM : Quelles étaient leurs principales préoccupations ?

M. Fedikow : Les membres de la communauté locale sont très attachés à la qualité de l'eau, car beaucoup sont des pêcheurs et leur principale source de revenus émane de l'industrie de la pêche. Les chasseurs également voulaient s'assurer que nos hélicoptères et autres activités n'aient pas d'impact important sur les troupeaux de caribous, qu'ils ne souhaitaient pas voir s'éparpiller aux quatre vents. Nous nous sommes donc assurés que nos levés aéroportés soient menés de façon à ne pas perturber les caribous.

L'ICM : Qu'avez-vous retiré de ces sessions ?

M. Fedikow : Nous avons été surpris de constater que les communautés locales n'avaient pas de préoccupations majeures quant à la manière dont nous menions nos activités d'exploration. Elles ont simplement exprimé le souhait d'être tenues informées du moment auquel nous mènerions nos activités à l'avenir ainsi que du lieu, de façon à pouvoir avertir les autres membres de la communauté de la présence d'hélicoptères et des activités de forage. Elles nous ont également demandé comment elles pouvaient contribuer à notre campement d'exploration, et nous sommes en train d'étudier ces possibilités. 

L'ICM : Au début de l'année, la NAN a entamé des négociations pour acheter des installations portuaires au sud du projet. Comment cela s'inscrit-il dans vos projets dans la région ? 

M. Fedikow : Le port en eau profonde de Seqi se trouve à l'extrémité d'un fjord ; il offre un accès à des routes maritimes et avoisine la mine Olivine de Seqi. La jetée peut accueillir des bateaux transportant 50 000 tonnes de poids à sec, et nous finissons à peine notre vérification environnementale et technique du port, qui comprend une évaluation sous-marine de la jetée pour nous assurer de son intégrité structurelle. Le port nous donne la possibilité d'expédier nos concentrés de nickel et de cuivre et tout autre marchandise que nous pourrions traiter dans le cadre de nos activités au Groenland. Il représente également une bonne occasion pour la société de se développer et d'élargir ses activités. Nous souhaitons par ailleurs utiliser la zone adjacente au port comme centre logistique qui nous permettra, de manière rentable et simple, de mobiliser les équipes, les campements et les équipements dont nous aurons besoin pour l'exploration de la propriété de Maniitsoq.

Traduit par Karen Rolland

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