novembre 2015

Lettre du rédacteur en chef

Réflexions sur le bassin de rétention

Par Ryan Bergen

Ryan BergenIl y a quatre ans, le Canada était l’hôte de la Conférence internationale annuelle sur la fermeture de mines. C’était la première fois que cet événement se déroulait au Canada et un sentiment d’urgence prévalait alors. À cette époque, la Directive 074, initiative lancée par l’Energy Resources Conservation Board de l’Alberta pour endiguer le flux des résidus fins dans les bassins des mines de sables bitumineux, en était encore à ses balbutiements. En revanche, son objectif ambitieux, soit la restauration des terres recouvertes par les résidus, était fixé. Qui plus est, le souvenir des centaines de canards englués dans un bassin de résidus boueux est encore bien présent dans l’esprit de la population.

Lors de cette conférence, l’ingénieur-conseil Andy Robertson a parlé du problème grandissant que représente le nombre croissant de bassins d’accumulation de résidus pour leur milieu et, ultérieurement, pour l’industrie minière. Son message était le suivant : si nous continuons à bâtir des mines plus grandes pour extraire des minerais à plus faible teneur et à retenir les stériles qui découlent des activités minières derrière des barrages de taille aussi imposante, le risque d’une rupture catastrophique montera en flèche. La présentation de M. Robertson a été marquante, car elle illustrait des faits fort à-propos.

La défaillance du bassin de retenue des résidus de la mine Mount Polley en 2014 a ravivé ce sentiment d’urgence et, comme l’explique en détail le collaborateur à la rédaction, Eavan Moore, dans son article intitulé « Eaux troubles », les ingénieurs, les sociétés minières et les organismes de réglementation subissent des pressions pour apporter des changements, mais ils ne sont pas certains des changements qui devraient être faits exactement. Par ailleurs, d’autres parties prenantes réclament un rééquilibre des barèmes qui évaluent le risque de défaillance par rapport aux coûts en matière de prévention. Il en résulterait une reddition de comptes plus rigoureuse quant à l’incidence financière et sociale d’une défaillance d’un bassin de rétention, et, probablement, une plus grande motivation à procéder à certains investissements dans des technologies qui contribueraient à réduire le risque d’une telle catastrophe.

Ceci étant dit, je dois faire remarquer que les organismes de réglementation albertains ont jeté au rebut la Directive 074 un peu plus tôt cette année. Les exploitants de sables bitumineux ont systématiquement fait fi des objectifs fixés par la directive créée en 2009 en partie pour réagir à la mort de centaines d’oiseaux survenue dans un bassin de rétention, l’année précédente. Les défis techniques s’avèrent plus complexes que ne le sont la politique et ses délais prévus. L’ébauche de nouvelles lignes directrices provinciales est imminente.

Aujourd’hui, compte tenu des nombreux et nouveaux développements en suspens, voilà une occasion unique de consacrer du temps et de l’énergie au défi que requièrent la gestion des résidus et leur réglementation, sans subir de fortes pressions de délais. En ce qui a trait à l’élaboration de politiques, tout comme c’est le cas en ingénierie, une mauvaise conception entraînera une défaillance.

Ryan Bergen
Rédacteur en chef
editor@cim.org
@Ryan_CIM_Mag

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Traduit par CNW


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