novembre 2015

Toc, toc, qui est là ?

Par Kelsey Rolfe

Sketch of Cornish miners

Les mineurs des Cornouailles qui ont immigré aux Amériques au milieu du XIXe siècle étaient connus pour leurs compétences en matière d'exploitation minière et de creusement de tunnels | Avec l'aimable autorisation de Wikimedia Commons


La découverte d'or et d'argent dans l'Ouest américain au milieu du XIXe siècle est un heureux hasard. Alors que la production de ces métaux précieux commence à devenir sérieuse, l'exploitation de l'étain et du cuivre dans les Cornouailles, en Angleterre, décline à vue d'œil. La fin d'une ruée minière prolongée marque le commencement d'une nouvelle, et les mineurs renommés des Cornouailles traversent l'Atlantique pour contribuer à son épanouissement. Ces mineurs amèneront cependant avec eux bien plus que leurs techniques reconnues en matière d'exploitation des roches dures. Ils apportent également sur le nouveau continent leurs superstitions et traditions, et notamment leur croyance dans les Tommyknockers, des lutins peuplant les mines supposés prévenir les mineurs d'un danger imminent.

Les mineurs des Cornouailles commencent à immigrer en Amérique dans les années 1860 et inspirent rapidement le respect dans les mines américaines. Leurs années d'expérience en matière de creusement de tunnels et d'exploitation minière, dont les Américains ne disposent pas à l'époque, et leur capacité tout aussi troublante à repérer des filons de minerai en font des atouts considérables pour les propriétaires de mines aux États-Unis.

Ils vulgarisent également de nombreux mots et expressions qui deviendront partie intégrante de la terminologie minière, notamment puits de mine, niveaux, descenderies, galeries montantes et galeries d'accès. Ils sont par ailleurs à l'origine de la création d'un code de signaux pour les mineurs qui permet aux conducteurs de treuil de communiquer avec les mineurs dans la mine à l'aide de cloches. 

Leur succès pousse souvent les propriétaires des mines à leur demander s'ils connaissent d'autres mineurs dans leur pays natal qui seraient prêts à immigrer et à venir travailler pour eux. La réponse classique des mineurs est que leur « cousin Jack » des Cornouailles serait prêt à faire le voyage à condition que l'employeur paie le trajet en bateau. Ce refrain répété par plusieurs d'entre eux leur vaudra le surnom de « cousins Jacks ».

L'origine des Tommyknockers (également appelés Knockers, ou frappeurs) varie en fonction de la personne qui la raconte, mais la plupart des mineurs s'accordent à dire qu'il s'agit de petites créatures ressemblant à des nains de 30 à 60 centimètres. Certains pensent qu'ils sont verts et vêtus comme des mineurs miniatures.

Dans le folklore des Cornouailles, les Tommyknockers représentent les esprits des mineurs qui ont trouvé la mort dans des effondrements ; d'autres les décrivent comme les fantômes des Juifs qui ont crucifié Jésus-Christ et ont été envoyés par les Romains dans les mines comme esclaves.

Quelle que soit la raison pour laquelle ils se sont retrouvés dans les mines, les Tommyknockers sont généralement considérés par les cousins Jacks comme des farceurs bienveillants, mais espiègles, qui dérobent les pioches, les bougies ou les vêtements des mineurs en guise de plaisanterie. Ils revêtent cependant une grande importance pour ces derniers ; certains prétendent qu'ils tapent sur les parois des mines pour prévenir les mineurs de la présence d'un filon minéralisé particulièrement riche, et ce bruit s'amplifie à mesure que les hommes se rapprochent du filon.

Les mineurs des Cornouailles pensent aussi que ces petits nains cherchent à protéger les mineurs. Avant un effondrement, les Tommyknockers frappent lourdement sur les parois des mines pour avertir les mineurs d'un danger imminent et leur donner suffisamment de temps pour s'enfuir. Pour les cousins Jacks, ces frappeurs sont leurs protecteurs et sont indispensables à leur sécurité dans la mine.

Cependant, s'ils les ignorent ou les offensent, ces Tommyknockers peuvent devenir malicieux. Les sifflements sont censés déranger ces petites créatures et constituent par là même un signe de malchance. Les mineurs parlant mal des frappeurs doivent aussi s'attendre à en subir les conséquences. Pour que ces farfadets ne leur jettent pas de mauvais sort ou pour les remercier de veiller à leur sécurité, les mineurs s'assurent de leur laisser un morceau de leur déjeuner. 

Les propriétaires des mines finissent par comprendre que pour travailler avec des mineurs cornouaillais, ils doivent entretenir leur croyance dans ces petits lutins. Cette croyance est si forte qu'en 1956, lorsqu'une grande mine de Californie s'apprête à mettre fin à ses activités, les mineurs font pression sur les propriétaires de la mine pour qu'ils laissent le temps aux Tommyknockers d'en sortir et d'aller investir d'autres mines. La société suit ces conseils.

On peut facilement expliquer nombre des phénomènes attribués aux Tommyknockers.  Avant un effondrement, il est courant d'entendre des craquements et des grincements dans les galeries minières prêtes à s'écrouler sous le poids qu'elles ne parviennent plus à supporter. Dans un lieu si mal éclairé et si vaste, on égare facilement un outil ou un morceau de nourriture, pour les retrouver plus tard... ou pas. Les mines à l'époque étaient sombres et dangereuses, et dans un métier si précaire et risqué, on peut facilement comprendre pourquoi les mineurs avaient développé ces coutumes et entretenaient ces mythes. Leur imagination collective aura à jamais scellé dans l'esprit minier américain cette légende des Tommyknockers.

Traduit par Karen Rolland


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