novembre 2015

Eaux troubles

Après la catastrophe de Mount Polley, les sociétés minières et les ingénieurs s’efforcent d’évaluer le risque lié au maintien du statu quo

Par Eavan Moore

macro of bacterial contamination, flipped

Six mois avant la défaillance du bassin de retenue des résidus de la mine Mount Polley en août 2014, les cendres de charbon toxiques d’une installation de stockage se sont déversées dans la rivière Eden en Caroline du Nord. Un mois après Mount Polley, trois travailleurs ont péri dans un incident similaire survenu à la mine Herculano au Brésil. S’agissait-il d’une année exceptionnellement mauvaise? Pas nécessairement. Selon un rapport publié en juillet 2015 par David M. Chambers, président du Center for Science in Public Participation, et par Lindsay Bowker, militante du Maine ayant de l’expérience dans des projets de construction civile, de 1990 à 2010, 33 cas de défaillance d’un bassin de retenue ont entraîné la fuite de plus de 100 000 mètres cubes de résidus semi-solides ou causé des décès. Selon les tendances historiques, les auteurs prédisent que onze autres événements du genre surviendront d’ici 2020.

En janvier 2015, un groupe de trois experts nommé pour enquêter sur les causes du déversement de résidus miniers à la mine Mount Polley ont tiré des conclusions semblables, quoique moins dramatiques. « Si le nombre de bassins de retenue des résidus en exploitation en [Colombie-Britannique] demeure inchangé et si la performance future reflète celle du passé, alors il y aura en moyenne deux défaillances tous les dix ans et six tous les 30 ans », ont écrit les membres du groupe d’experts. « Devant de telles perspectives, le groupe d’experts rejette fermement toute prétention selon laquelle le statu quo peut être maintenu. »

Le moment est venu pour les sociétés minières, les ingénieurs-conseils, les investisseurs, les organismes de réglementation et la population en général de déterminer comment ce « statu quo » doit être changé et par qui.

La fuite de résidus à Mount Polley a ouvert une discussion entre de très nombreux intervenants au Canada, selon un membre du groupe d’experts, Dirk van Zyl, qui est également professeur de génie minier à l’Université de la Colombie-Britannique. « Plusieurs ingénieurs responsables de la gestion des résidus miniers de diverses entreprises sont vraiment réunis pour décider de ce qu’il faut faire afin que ce qui est arrivé à Mount Polley ne se reproduise plus. »

Gestion des eaux

Un champ d’enquête qui s’impose consiste à examiner la nature même du désastre survenu à Mount Polley : après la rupture de la digue, près de 25 millions de mètres cubes d’eau, de résidus et d’eau interstitielle se sont déversés dans le réseau hydrographique des rivières Quesnel et Cariboo. Ce type de rupture est un risque inhérent aux bassins de retenue classiques remplis d’eau.

« La défaillance de ces installations de stockage est presque inévitable à long terme », a expliqué M. van Zyl. Le groupe d’experts a lancé un appel à l’industrie minière pour l’élimination progressive, mais complète, des couvertures aqueuses.

KGHM, promoteur du projet de la mine Ajax près de Kamloops, en Colombie-Britannique, a accueilli avec attention l’appel lancé par le groupe d’experts pour qu’il revoie son plan de gestion des résidus miniers. L’entreprise avait prévu de présenter en 2015 une demande d’évaluation environnementale en lien notamment avec une installation de stockage à couverture aqueuse conventionnelle, avec rejet de stériles sous forme de boue d’une teneur en humidité de 68 %. Toutefois, pour donner suite au rapport du groupe d’experts, la mine Ajax a commandé une nouvelle étude de compromis afin de réévaluer ses options.

La demande soumise par le promoteur au milieu de 2015 était bien différente. En effet, les résidus rejetés seraient épaissis jusqu’à ce qu’ils aient une teneur en humidité d’environ 40 %. Le promoteur de la mine Ajax a également renforcé sa digue par l’ajout d’un contrefort plus haut et plus large que la paroi qu’il soutient et en réalisant des travaux géotechniques supplémentaires dans le but de repérer les points faibles.

La mine Ajax a cependant évité les solutions plus radicales. Dans le cadre de l’étude, on avait également envisagé l’utilisation d’une pâte (d’une teneur en humidité d’environ 30 %) et de résidus filtrés, d’une teneur en humidité d’au plus 20 %, que l’on pourrait laisser en lisse sèche sans soutien.

On a estimé que la pâte n’était pas une solution éprouvée pour une installation de la taille de celle d’Ajax. La conclusion a été la même pour les résidus en lisse sèche qui, de l’avis d’un grand nombre de spécialistes, n’ont fait leurs preuves que pour les mines d’un débit de 20 000 tonnes ou moins par jour. La mine présentait un défi particulier en raison de son débit de 65 000 tonnes par jour.

De plus, le site était « tout près de l’une des principales voies de communication du Canada et assez près de [Kamloops] », a indiqué Clyde Gillespie, responsable de la mise en valeur des projets d’Ajax. On craignait également que le vent soulève la poussière des résidus secs et que le matériel de compactage soit une source de pollution sonore et lumineuse.

En outre, comme l’a admis M. Gillespie, l’installation d’une usine de filtration supplémentaire est coûteuse, tout simplement. L’achat et l’exploitation d’un épaississeur nécessitent des dépenses en capital et des frais de fonctionnement plus élevés que le matériel de traitement de la boue, mais cette solution est considérablement plus abordable que celle de la lisse sèche.

« Je crois que [Mount Polley] a servi à nous montrer que nous devons faire preuve d’un peu plus de rigueur et de minutie pendant le processus de conception », a souligné M. Gillespie. « Beaucoup de ces outils sont encore probablement adéquats, mais ce qui compte, c’est la rigueur dont nous faisons preuve dès les premières étapes de la conception d’une installation, puis pendant son exploitation tout au long de la durée de vie de la mine. »

Examen externe

Le souci du détail est un concept clé pour le groupe d’experts de Mount Polley, qui a recommandé, en ce qui a trait aux résidus, de confier à des comités d’examen indépendants le soin de vérifier que rien n’a été oublié sur le plan de la conception avant que le projet ne soit présenté dans sa forme définitive et soumis aux organismes responsables de l’émission des permis. Mount Polley a démontré de façon éloquente que même les plus grandes sociétés d’ingénierie peuvent faire des erreurs.

« Je crois que le changement de paradigme est d’avoir un examen externe », a expliqué Irwin Wislesky, directeur technique des résidus et des déchets miniers à SLR Consulting. « Je crois que cela est très important. Certaines sociétés minières le font déjà, mais la plupart, non. »

Comme l’a suggéré M. Wislesky, un des principaux problèmes qu’un tel comité d’examen pourrait contribuer à atténuer est celui des soumissions au rabais pour le travail de conception proprement dit. Les sociétés minières n’ont pas toujours la volonté ou la capacité de payer pour des analyses exhaustives qui tiennent pleinement compte des conditions du site. « Le problème n’est pas seulement lié aux sociétés minières qui hésitent à octroyer un financement approprié, a-t-il ajouté, mais aussi aux sociétés d’ingénierie qui réduisent leurs tarifs pour décrocher un contrat. »

M. Wislesky espère que des critères rigoureux d’application de la réglementation seront élaborés dans la foulée de Mount Polley afin de définir ce qui constitue un examen indépendant adéquat, faute de quoi, cet exercice risque de n’avoir aucune valeur. Comme l’a expliqué M. Wislesky, lorsque la Colombie-Britannique a demandé que toutes les installations de stockage des résidus soient soumises à un examen indépendant, « en substance, selon un des commentaires formulés dans un des rapports d’examen est que tout était correct parce qu’une société d’ingénierie professionnelle s’était chargée de la conception. »

Le coût initial de la lisse sèche est compensé par ses avantages à long terme

Tahoe Resources a bien soumis le plan de gestion des résidus de sa mine Escobal, au Guatemala, à l’évaluation de ses pairs en 2012. La lisse sèche s’est rapidement imposée comme une stratégie réaliste pour la mise en valeur du minerai argentifère. Le filtrage des résidus, suivi de leur empilage à sec, comporte de nombreux avantages : il permet de conserver l’eau dans les climats arides, il élimine le risque de débordement lors de fortes pluies, l’encombrement est relativement faible, le déversement est limité en cas de défaillance de l’installation et la surveillance requise à long terme est minimale après la fermeture.

L’équilibre hydrique, les contraintes d’espace, l’aspect esthétique, l’activité sismique et un certain nombre d’autres considérations ont incité Tahoe à commencer à empiler des résidus très compactés, d’une teneur en humidité de 15 %, dans une vallée, après avoir construit un mur au pied de la colline.

« Nous avons construit la mine en pensant à sa fermeture », a mentionné Charlie Muerhoff, vice-président des services techniques à Tahoe. « La lisse sèche fait l’objet d’un processus de récupération pendant les travaux de construction ; donc, essentiellement, à la fin de l’exploitation de la mine, les délais et les coûts de fermeture seront très limités. »

Entre la phase de démarrage en octobre 2013 et le milieu de 2015, on a placé et compacté à la mine Escobal près de 0,61 million de mètres cubes, alors que la capacité nominale totale est de neuf millions. Le contrefort avant de chaque gradin successif a reçu une couche de terre végétale de qualité avant d’être ensemencé. « Lorsque les gens regardent la mine à travers la vallée, ils ne voient pas une grosse pile de roches et de résidus, mais une pente verdoyante », a souligné M. Muerhoff.

Le filtrage et l’empilage des résidus sont une technique en plein essor depuis cinq ans environ, mais elle est encore rarement utilisée. L’utilisation de filtres est tout simplement impossible dans certaines mines, comme celles dont le minerai est riche en argile. Malgré tout, M. Muerhoff est un peu étonné que les responsables de la mine Escobal n’aient pas reçu plus de demandes de renseignements de leurs homologues d’autres mines qu’une telle stratégie intéresserait. « Nous croyons que notre installation est un exemple édifiant, a-t-il affirmé, « tant d’un point de vue technique qu’opérationnel et environnemental. Nous en sommes tous très fiers. »

Il se peut que certaines mines plus grandes attendent tout simplement de voir comment cette technologie peut être appliquée à plus large échelle. Selon Robert Cooke, directeur non associé au cabinet d’experts-conseils Paterson & Cooke, la plus grande avancée technologique liée à la filtration a été l’augmentation de la taille des filtres à pression, ainsi que la pression utilisée pour ce processus. Ces nouveaux filtres permettent d’atteindre un débit de plus de 20 000 tonnes par jour, mais leur efficacité reste à démontrer dans les installations de grande envergure.

C’est la raison pour laquelle les spécialistes des résidus s’intéressent beaucoup au projet de mine de cuivre de Hudbay Minerals à Rosemont, en Arizona. Avec son débit pouvant s’élever jusqu’à 80 000 tonnes par jour, Rosemont repoussera les limites connues concernant la capacité des usines de filtration.

Patrick Merrin, vice-président de l’unité fonctionnelle de l’Arizona de Hudbay Minerals, a minimisé le caractère novateur de la technologie mise en œuvre à la mine Rosemont puisqu’on y emploiera en gros les mêmes filtres que ceux utilisés à la petite mine de fer de Karara, en Australie, la seule différence étant qu’on aura recours à un plus grand nombre de filtres. « Que l’on ait dix filtres ou 18 filtres, la taille des filtres ne change pas et le processus est le même », a-t-il indiqué. « Pour nous, il s’agit d’une technologie raisonnablement éprouvée, malgré le fait que nous l’utiliserons à une échelle beaucoup plus vaste. »

« Les résidus filtrés ne fonctionnent pas »

Pull quote FRSelon Dirk van Zyl, les gens qui l’approchent ne sont pas tous enthousiastes face aux nouvelles technologies. On peut résumer les conversations qu’il a avec eux en ces termes : « Vous êtes fous, les gars. Les résidus filtrés ne fonctionnent pas. »

Qu’est-ce que cela peut entraîner comme conséquences lorsque la solution qui fonctionne bien connaît quelques ratés par année? La pierre d’achoppement pour ces personnes pourrait être l’absence d’exemples à suivre en fonction du tonnage désiré, ou il peut s’agir de considérations techniques ou d’enjeux liés à la gestion des eaux pour un site donné. Par exemple, les résidus de la nouvelle mine Constancia de Hudbay ne sont pas filtrés. « Au Pérou, où il pleut abondamment pendant six mois et où les conditions sont très arides le reste de l’année, il faut des structures pour capter l’eau ; il est donc plus approprié d’avoir une installation de stockage des résidus qui peut remplir ces deux fonctions », a déclaré M. Merrin.

M. van Zyl croit cependant que la meilleure analyse de rentabilité que l’on peut fournir pour les concepts novateurs en matière de gestion des résidus – cela devrait être fait, mais ne l’est pas toujours, – consiste à évaluer tout le cycle de vie, ce qui inclut le coût d’une défaillance. Dans chaque évaluation, on reconnaît, d’une façon ou d’une autre, que les défaillances ont un coût, mais pour juger de tout l’impact d’une solution, il faut considérer les défaillances comme une possibilité importante envisagée dans le processus de planification.

Coûts sociaux

Les coûts pour la société ne sont pas systématiquement pris en compte dans de telles analyses du cycle de vie. Franco Oboni, fondateur du cabinet-conseil Riskope, aimerait remédier à cette situation. Dans le cadre de son travail, il s’efforce de considérer des dommages qui semblent incommensurables. Pour certains contrats, il a tenu compte de l’éventualité de la perte de modes de vie traditionnels, ce qui pourrait arriver si une catastrophe environnementale obligeait toute une population autochtone à quitter son territoire.

« C’est à ce moment que beaucoup de gens protestent en me demandant comment on peut comptabiliser des pertes non matérielles ? », a mentionné M. Oboni. La meilleure réponse à cette question, Riskope l’a trouvée dans l’œuvre des psychiatres Thomas Holmes et Richard Rahe, qui ont élaboré une échelle d’évaluation du stress connue sous l’appellation d’« unités de changement de vie » dans les années 1960. Selon leur modèle, des valeurs ponctuelles sont attribuées à des facteurs de stress, comme un déménagement, la perte d’un emploi ou un changement dans les habitudes de sommeil. L’échelle a été validée en comparant les résultats obtenus par des patients à un test de stress et leur état de santé. La méthodologie ne fait pas l’unanimité, mais comme le soutient M. Oboni : « Il vaut mieux faire quelque chose qui n’est pas exact à 100 % que de se couvrir la face en disant : ‘Oh, je ne peux pas le faire, alors je vais conduire la nuit sans allumer les phares.’ »

Une autre paire d’yeux

Ce n’est pas le seul problème que M. Oboni entrevoit. Il estime qu’une évaluation des risques effectuée par un tiers parti complètement indépendant ajouterait un niveau de contrôle indispensable au système actuel, et ferait contrepoids à l’intérêt que l’entreprise et ses ingénieurs-conseils ont à ce que leur projet se situe dans la zone d’acceptabilité des risques.

M. Oboni juge qu’il est essentiel d’éliminer les conflits d’intérêts en faisant appel à des spécialistes de l’évaluation des risques qui utilisent des outils relativement évolués. Il fait valoir que l’outil habituel des ingénieurs, la très répandue analyse des modes de défaillance et de leurs effets (AMDE), traite les défaillances individuellement et ne tient pas compte du fait que chaque petit coup porté à l’intégrité d’une structure fait augmenter de façon exponentielle la possibilité qu’un incident technique survienne.

Il s’agit là d’un point important, parce que c’est souvent la faible probabilité d’un sinistre majeur qui incite les entreprises à aller de l’avant en prenant un risque. Voici ce que M. van Zyl a observé au sujet d’une des méthodes de calcul les plus courantes : « Si on suppose que la probabilité d’une défaillance est d’une sur un million et qu’il en coûtera 500 millions de dollars pour la réparer, alors le coût lié à ce risque est de 500 $. Les gens diront probablement qu’ils seraient à l’aise de vivre avec un tel coût pour ce risque. Je crois que la question qu’il faut se poser est de savoir comment on peut planifier la résilience d’une entreprise pour qu’elle survive à un coût de 500 millions de dollars ? Pourriez-vous assumer physiquement un tel coût et poursuivre vos activités ? »

Il y a une autre raison pour laquelle les coûts de décontamination futurs semblent perdre de l’importance. Les entreprises sous-estiment généralement leurs propres passifs à long terme. À l’aide de données hypothétiques, si une entreprise évalue qu’une fermeture lui coûtera dix millions de dollars dans 20 ans, elle investira 50 000 $ dans une obligation, en espérant qu’avec l’inflation et les intérêts, ce montant aura été multiplié quand elle en aura besoin.

« Considérer les coûts de fermeture en fonction d’un taux d’actualisation est un peu problématique à mon avis », a précisé M. Wislesky. « Cela brouille les cartes. » Le problème, a-t-il expliqué, c’est que les entreprises sous-estiment l’importance de ces coûts ainsi que leur valeur en dollars. Pour la société minière moyenne, une obligation de 50 000 $ peut sembler être une meilleure affaire aujourd’hui qu’un épaississeur de 10 millions de dollars. Pour M. Wislesky cependant, une meilleure stratégie consisterait à opter pour une conception qui réduit au minimum les risques liés aux résidus, parce que les risques finissent toujours par entraîner des coûts à long terme.

Sécurité

C’est rarement avec plaisir que la population accepte les risques quels qu’ils soient, mais la vérité est qu’elle le fait. M. Wislesky a fait remarquer que les gouvernements finissent éventuellement par assumer la responsabilité à long terme de la fermeture d’une mine, notamment le traitement des résidus, l’entretien et les réfections périodiques ; l’idée est que le montant des dépôts de sécurité que les sociétés minières sont tenues de payer augmentera à un rythme qui permettra de suivre l’évolution des besoins.

Cependant, le dépôt de sécurité couvre les frais de remise en état des sites miniers, mais pas ceux des répercussions en aval. Brian Olding, expert-conseil en environnement qui représente les Premières Nations T’exelc (bande de Williams Lake) et Xat’sull (bande de Soda Creek) pour les questions liées à Mount Polley, pense que le processus d’évaluation environnementale des projets devrait accorder beaucoup plus d’importance aux écosystèmes en aval. Le fait de bien comprendre toutes les répercussions permettrait de se faire une meilleure idée des risques liés à une stratégie de gestion des résidus par rapport à une autre.

Il est également favorable à l’idée d’un fonds d’obligations en gestion commune dont les sociétés pourraient acheter des parts quand elles lancent leurs projets, dans l’espoir que cela leur permette de payer pour les mesures d’atténuation des accidents, leur évitant ainsi de jouer à la roulette avec les ressources publiques. « Si vous n’avez pas l’argent pour participer à un tel fonds, vous ne devriez pas être dans l’exploitation minière. Vous n’êtes tout simplement pas prêt », a-t-il affirmé.

Les sommes en jeu pourraient être énormes. Dans leur rapport publié en juillet, les auteurs David Chambers et Lindsay Bowker tentent d’estimer « le coût public qui n’est pas et qui ne peut être financé » associé aux défaillances projetées et arrivent à un total de six milliards de dollars sur dix ans. M. van Zyl pense que le rapport est « plus alarmiste qu’il ne devrait », mais qu’il représente bien une rare tentative d’aborder la question du point de vue des défaillances plutôt que des frais initiaux.

M. Chambers et Mme Bowker sont d’avis que les paramètres économiques actuels de l’industrie minière augmentent les risques de défaillances. Les auteurs établissent une corrélation historique entre, d’une part, le nombre de tonnes de minerai et les coûts de production, et la fréquence des défaillances majeures, d’autre part. Selon leurs conclusions, l’exploitation de minerais à teneurs moins élevées est devenue plus rentable grâce aux progrès de la technologie, mais le stockage de tous les déchets par ce minerai moins riche est devenu moins économique, ce qui en retour peut clairement inciter certains à lésiner sur l’entreposage des résidus.

Même avec l’amélioration des technologies de remplacement pour la gestion des résidus, de nouveaux enjeux apparaissent par suite du déclin de ces teneurs. « La gestion des résidus va devenir plus compliquée pour tout le monde », a prédit M. Cooke. « Afin de récupérer plus de métal, on a tendance à broyer la roche plus finement, ce qui fait que les résidus eux-mêmes sont plus fins au final. Et comme ces résidus plus fins sont plus difficiles à assécher, la complexité du processus d’épaississement et de filtration s’accroît. C’est une tendance que nous observons, et je crois qu’il sera difficile d’y mettre un frein. »

Cependant, l’état actuel de l’industrie fournit une bonne occasion de faire le bilan puisqu’il n’y a pas beaucoup de nouvelles mines en construction en ce moment. Cela pourrait donner un certain répit aux sociétés minières, aux organisations professionnelles et aux organismes de réglementation pour leur permettre d’élaborer de nouvelles normes.

« Il y a vraiment beaucoup d’activité actuellement », a souligné M. van Zyl. « Cette situation s’explique en partie par le ralentissement dans la mise en valeur de nouveaux projets et aussi en partie parce que les gens disent : ‘Nous devons trouver une façon de donner suite aux recommandations [du groupe d’experts].’ »

Traduit par CNW


Retour à la table des matières | Rapport spécial : le GroenlandLe ressentiment envers l’uraniumQ&R avec Zeljka Pokrajcic

Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF