mai 2015

Planifier à l’avance

Le Québec souhaite raviver l’enthousiasme pour les projets miniers dans le Nord

Par Antoine Dion-Ortega

Dans son classement annuel sur l’industrie minière publié en février, l’Institut Fraser a ramené le Québec au 6e rang des 10 juridictions les plus attrayantes au monde. La province occupait la première position de 2007 à 2010, avant de dégringoler au 18e rang en 2013.

Quelques jours plus tard pourtant, les statistiques provisoires publiées par l’Institut de la statistique du Québec affichaient un tableau bien différent. Les investissements miniers au Québec ont décliné de près d’un tiers en 2014 pour atteindre 3,2 milliards $, le résultat le plus mauvais en cinq ans.

L’an dernier, le gouvernement libéral a ressuscité le Plan Nord, une stratégie de développement économique ambitieuse, bien que nébuleuse, misant presque exclusivement sur les ressources naturelles du vaste territoire québécois situé au nord du 49e parallèle. Il s’est depuis activé sur plusieurs fronts afin de convaincre les investisseurs que le Québec jouira d’une position enviable lorsque les prix remonteront. La première version du Plan Nord, présentée par le gouvernement libéral en 2011, avait été balayée par une défaite électorale et un effondrement du cours des matières premières.

L’étude de faisabilité relative à la construction d’une troisième ligne ferroviaire entre la fosse du Labrador et le port de Sept-Îles a été confiée en octobre à la société montréalaise Canarail, en grande partie grâce à l’activisme de Champion Iron et d’Adriana Resources, sans oublier l’enveloppe budgétaire de 20 millions $ accordée par le Québec.

Puis, en décembre, le projet de loi 70 a donné naissance à la Société du Plan Nord. Neuf des 15 membres du conseil d’administration ont été nommés en mars, dont Hélène Lauzon, présidente du Conseil patronal de l’environnement du Québec (CPEQ), une organisation à but non lucratif qui rassemble plusieurs industries se préoccupant de leur impact sur l’environnement. « Notre mandat consistera à mettre en oeuvre la stratégie gouvernementale sur le Plan Nord », indiquaitelle. « Il est de notre responsabilité d’optimiser les retombées économiques et de conseiller le gouvernement quant au développement du Nord. Nous allons organiser de nombreuses réunions dans les mois à venir pour mettre en place l’intégralité de la structure, ses règlements et son budget. »

La société est officiellement sur pied depuis le 1er avril. Le 6 mars, le ministre délégué aux mines Luc Blanchette est revenu d’une visite d’une semaine en Abitibi, dans la Côte-Nord et le Nord-du- Québec, où il a mené des consultations auprès des parties concernées, à savoir les sociétés minières et les fournisseurs ; les municipalités et les communautés affectées ; les centres de recherche et développement (R&D) et les groupes environnementaux. M. Blanchette a multiplié ces rencontres depuis septembre afin de définir une vision stratégique du développement minier, l’élément central de la stratégie du Plan Nord.

Le gouvernement a annoncé le 8 avril son Plan Nord à l’horizon 2035, plan d’action 2015-2020, qui inclut des investissements de près de 2,7 milliards $ dans des projets d’infrastructures d’ici 2035. Hydro-Québec investira 10 millions $ annuellement.

Parmi les objectifs prévus par le plan, le gouvernement s’efforcera de développer de façon responsable les ressources naturelles du Nord, de diversifier le secteur des ressources minérales et d’accroître les capacités de traitement des minerais de la province.

Mine Arnaud et le dilemme de la Côte-Nord

Parmi les initiatives du gouvernement visant à diversifier la production minérale du Québec, le projet de mine d’apatite riche en phosphate de Mine Arnaud est considéré, du moins par le secteur des affaires et les syndicats, comme l’un des plus importants pour l’industrie minière de la Côte-Nord (une région dominée depuis longtemps par la production de minerai de fer). Détenu à 62 % par Investissement Québec, une société de financement du Québec, et à 38 % par Yara International, l’un des plus gros producteurs d’engrais au monde, ce projet peine depuis des années à obtenir son permis social d’exploitation à Sept-Îles, en raison des inquiétudes que suscitent ses impacts environnementaux sur la population.

En février, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a publié son rapport sur le projet, concluant qu’il n’était « pas acceptable dans sa forme actuelle. » Mine Arnaud a pris 17 nouveaux engagements afin de répondre aux inquiétudes d’ordre environnemental décrites dans le rapport. En plus de révéler de nombreuses lacunes écologiques, le BAPE a également mis en doute la rentabilité même du projet, qui mise sur un prix de 125 $ la tonne de phosphate pour être viable. Or, le prix du phosphate stagne à 115 $ la tonne depuis septembre.

Par ailleurs, la Côte-Nord a cruellement besoin de signes positifs après les fermetures successives de l’usine de bouletage de Pointe-Noire et de la mine de Lac Bloom. Beaucoup considèrent Mine Arnaud comme un tampon dans l’économie locale, dont Russell Tremblay, directeur adjoint à Développement économique Sept-Îles. « Nous devons rallier les personnes qui ont perdu leur emploi, sans quoi nous risquons de les perdre à jamais », déclarait-il. « Mine Arnaud évoluera sur un cycle différent que celui du minerai de fer. »

Il semble que le gouvernement provincial, souvent critiqué pour avoir fait faux bond à la région pendant les phases de ralentissement du marché des marchandises, ait été sensible aux arguments de M. Tremblay.

Le 16 mars, le ministre de l’environnement a donné son feu vert au projet de 850 millions $. Mine Arnaud est présentement à la recherche d’un troisième partenaire pour exploiter la mine. « Dès que nous trouverons un exploitant, les participations dans le projet évolueront, et celle d’Investissement Québec devrait diminuer », concluait M. Blanchette.

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