mai 2015

Une décennie d’extraction aurifère plus sécuritaire

L’industrie célèbre le 10e anniversaire du code relatif au cyanure

Par Katelyn Spidle

Bien des choses ont changé depuis l’instauration, il y a dix ans, du Code international de gestion du cyanure pour aider à réglementer une pratique ayant suscité beaucoup de controverse. À ce jour, 231 usines réparties dans 41 pays sont certifiées, soit 60 % de la production aurifère mondiale, selon l’Institut international de gestion du cyanure (IIGC).

L’industrie de l’exploitation aurifère a été très critiquée en raison de la contamination, le 30 janvier 2000, de cours d’eau en Europe de l’Est, suivant le déversement de cyanure et de métaux lourds d’une digue à stériles en Roumanie. Des activistes ont subséquemment exigé que soit déclarée illégale l’utilisation de ce produit chimique pour le traitement de minerais – scénario que l’industrie ne pouvait se permettre d’envisager. En dépit de décennies de recherches scientifiques sur des solutions de rechange comme la thio-urée et le thiosulfate, le cyanure demeure le produit chimique le plus efficace pour le lessivage de l’or.

En mai – quatre mois après l’incident en Roumanie – le Programme des Nations Unies pour l’environnement et l’ancien Conseil international des métaux et de l’environnement, de même que d’autres parties prenantes, se sont réunis à Paris pour fonder l’IIGC, qui a été mandaté pour rédiger et gérer le Code. Publié en 2005, le Code a initialement été ratifié par 14 sociétés minières et fabricants. Avant 2009, les transporteurs n’étaient pas tenus de devenir signataires.

Le Code est facultatif et donne aux entreprises l’occasion de déclarer publiquement leur engagement à l’égard de la gestion responsable du cyanure. Pour obtenir une certification, les entreprises doivent soumettre une demande à l’IIGC et demander à un auditeur indépendant qualifié de remplir un rapport. Celui-ci est ensuite traité par l’IIGC et publié sur le site Web, peu importe les résultats. Pour 2014, les producteurs d’or certifiés ont payé des droits de quatre cents l’once, les transporteurs, de 1 000 $ US et les fabricants, de 6 000 $ US pour être reconnus comme signataires.

Paul Bateman, l’actuel président de l’IIGC, a expliqué que le Code n’élimine pas le risque d’un accident – en 2010, par exemple, Newmont Mining a convenu de payer 5 millions de dollars américains au gouvernement du Ghana à la suite d’un déversement de cyanure à sa mine Ahafo, certifiée conforme au Code – mais que ses procédures de formation et de planification des interventions d’urgence offraient une protection en cas de déversements majeurs.

Le World Gold Council, le Council for Responsible Jewellery Practice, la Société financière internationale et le Groupe des Huit reconnaissent tous le Code en tant que pratique exemplaire. M. Bateman a déclaré que même les entreprises non certifiées ajustent leurs activités en fonction des exigences du Code.

Dean Williams, vice-président des Affaires environnementales, Kinross, a convenu que le Code est devenu la nouvelle norme de l’industrie. « Toute société aurifère responsable, peu importe la taille, qui choisit de ne pas obtenir de certification, va en fait à l’encontre de la plupart des acteurs de l’industrie », a souligné M. Williams. Tous les projets d’exploitation de Kinross, à l’exception de son projet aurifère de Tasiast, en Mauritanie, ont obtenu leur certification.

L’IIGC a traité 117 demandes en 2013, ce qui constitue une augmentation de 50 % par rapport à l’année précédente. M. Bateman a fait remarquer que ces chiffres reflètent l’expansion du programme. Pour éviter les retards de traitement, l’Institut a embauché un employé à temps plein à la fin de 2013. Le délai de traitement actuel pour un rapport est de 60 jours en moyenne.

Les mines, les transporteurs et les fabricants sont certifiés par un auditeur indépendant qui connaît bien les exigences de la certification de sites et de secteurs spécifiques. Les auditeurs du Code sont certifiés par des organismes d’autoréglementation professionnels comme le Bureau canadien de reconnaissance professionnelle des spécialistes de l’environnement.

« L’objectif du Code est d’amener les mines qui adhèrent volontairement au Code à un certain niveau de performance », a affirmé Kent Christie, directeur des Affaires environnementales à Kinross. « Au moment de l’audit, l’idée n’est pas de punir la mine si certains aspects laissent à désirer, mais de travailler avec elle de façon à relever sa performance au niveau souhaité. »

Bien que le Code demeure facultatif, des facteurs externes commencent à restreindre le choix de nombreuses entreprises. Les mines signataires doivent faire affaire avec des sociétés de fabrication et de transport certifiées, ce qui a rendu le processus d’appel d’offres plus compétitif. M. Bateman a déclaré que tant la Société financière internationale que la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement ont intégré la conformité au Code dans leurs conventions de prêts avec des sociétés minières. De plus, M. Bateman a dit que le fait d’être certifié conformément au Code constituait une autre forme de contrôle préalable dans le cadre des fusions et acquisitions.

Les sociétés qui obtiennent leur certification ont accès au soutien et à la formation courants d’IIGC en vue d’assurer le respect du Code. L’Institut organise également des conférences trimestrielles à l’intention des groupes consultatifs industriels dans le cadre desquelles les sociétés participantes peuvent suggérer des améliorations au Code. « L’intention n’a jamais été de faire du Code un document final », a assuré M. Bateman. « Il est dans notre meilleur intérêt d’avoir un système nous permettant d’évoluer avec la pratique exemplaire, plutôt que de la rendre immuable. »

DE LA CRISE AU CONTRÔLE

JANVIER 2000 Un barrage cède à la mine Aural d’Esmeralda Gold près de Baia Mare, en Roumanie, déversant 100 000 pieds cubes de résidus contaminés au cyanure dans la rivière Someş. Le tollé général provoqué par cette catastrophe a braqué les projecteurs de la communauté internationale sur l’utilisation du cyanure par l’industrie de l’exploitation aurifère.

MAI 2000 Plusieurs parties prenantes se réunissent à Paris pour un atelier organisé conjointement par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et par le Conseil international des métaux et de l’environnement en vue de créer un comité directeur qui sera chargé de superviser l’élaboration d’un code des pratiques exemplaires de gestion du cyanure.

DÉCEMBRE 2000 La première d’une série de cinq réunions d’organisation a lieu à Washington, D.C., en vue de la rédaction du Code international de gestion du cyanure pour la production, le transport et l’utilisation du cyanure dans l’extraction aurifère.

MARS 2002 La finalisation du Code international de gestion du cyanure est officiellement annoncée dans le cadre du Forum mondial des ministères des Mines à Toronto.

OCTOBRE 2002 L’Institut international de gestion du cyanure est constitué en vue de superviser l’adoption et l’enrichissement du code.

NOVEMBRE 2005 L’Institut annonce que les 14 premières entreprises signataires ont adopté le code relatif au cyanure.

CODE RELATIF AU CYANURE : LES NEUF PRINCIPES ET NORMES DE PRATIQUE DE L’IIGC

  1. PRODUCTION Acheter du cyanure auprès de fabricants démontrant un engagement à l’égard de la protection des travailleurs et de l’environnement en participant à des initiatives comme le programme Responsible Care du Conseil international des associations chimiques.
  2. TRANSPORT Définir clairement les rôles et les responsabilités des producteurs, transporteurs et distributeurs de cyanure à chaque étape du processus de transport et veiller à ce que les transporteurs mettent en place un plan d’intervention d’urgence adéquat.
  3. MANUTENTION Concevoir et construire des installations de déchargement, de stockage et de mélange dans le respect des pratiques d’ingénierie et des mesures d’assurance qualité acceptées.
  4. EXPLOITATIONS Mettre en œuvre des systèmes de surveillance de la gestion des solutions de traitement contenant du cyanure et de leurs effets sur l’environnement local.
  5. MISE HORS SERVICE Établir un plan efficace pour la mise hors service des unités de cyanuration qui tienne compte de la vie humaine et de l’environnement.
  6. SÉCURITÉ DES EMPLOYÉS Évaluer les façons de protéger la sécurité des employés et assurer que les procédures d’intervention d’urgence répondront adéquatement aux incidents d’exposition accidentelle.
  7. INTERVENTION D’URGENCE Collaborer avec les parties prenantes afin de préparer un plan d’intervention d’urgence assurant que du personnel et de l’équipement adéquats, de même que des systèmes de notification, de signalement, de surveillance et de révision sont en place.
  8. FORMATION Offrir une formation spécialisée aux travailleurs et au personnel d’intervention d’urgence pour veiller à ce que toutes les parties comprennent leurs rôles et leurs responsabilités en cas d’accident.
  9. DIALOGUE Susciter l’engagement des parties prenantes et accroître la transparence au moyen de consultations publiques.

Traduit par CNW


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