mars/avril 2015

« Un effet magique »

Le chef de la direction de Tahltan est fier de bâtir une nouvelle industrie minière

Par Chris Balcom

Garry Merkel n’est président et chef de la direction de Tahltan Nation Development Corporation (TNDC) que depuis un an et demi, mais il conduit déjà la société vers de nouveaux sommets. Il travaille pour TNDC depuis plus de 15 ans et possède aussi sa propre société d’experts-conseils, Forest Innovations, qu’il a fondée en 1985. En tant qu’organe de développement des affaires de la Nation Tahltan, une Première Nation de l’ouest de la Colombie-Britannique, TNDC joue un rôle crucial dans le développement des industries d’extraction des ressources dans la province. G. Merkel a une profonde connaissance de la relation entre les sociétés d’extraction des ressources et les Premières Nations et dit croire que les deux groupes ont beaucoup à apprendre l’un de l’autre.

ICM : Pouvez-vous nous raconter en quelques mots l’histoire de TNDC?

G. Merkel : Nous aurons 30 ans cette année. Au début nous étions une société de construction résidentielle, puis nous nous sommes développées en quatre divisions principales et 30 sociétés différentes. Nous exerçons actuellement nos activités principalement dans les secteurs de la construction lourde et dans les services aux régions éloignées. Nous développons et démantelons des projets d’envergure y compris des camps de toutes tailles. Le reste de nos sociétés fournissent une large gamme de services incluant le creusage de tunnels, les communications et le transport. Nous avons créé une société environnementale il y a quelques années. Nous venons de lancer une compagnie de transport aérien. Nous essayons de couvrir l’éventail de biens et de services que le développement d’une région exige.

ICM : À quels projets avez-vous participé dans le secteur de la construction minière?

G. Merkel : Je ne pense pas qu’il existe des phases de l’exploitation minière auxquelles nous n’ayons pas participé. Nous avons tout fait, de l’exploration préliminaire à la restauration finale. Nous avons construit, exploité et démantelé des camps d’exploration importants pouvant héberger jusqu’à 500 personnes, développé presque tous les aspects d’une mine, fourni du soutien opérationnel dans de nombreux domaines et remis en état nombre de sites. Nous avons fait du dynamitage, de la construction de tunnels et de nombreux travaux de conception préliminaires et environnementaux en lien avec les mines. Pour le projet Red Chris, nous fournissons le transport, l’expédition des biens et des services, le transport de minerai, l’entretien de la route et du site, les communications, les services à distance, des pneus, du carburant, etc. Nous travaillons sur les détails, mais j’espère que tous ceux concernant le maintien des réservoirs de retenue des résidus pendant la durée de vie de la mine seront finalisés d’ici un mois environ.

Red Chris serait notre projet le plus important actuellement. Nous travaillons par ailleurs avec Pretium Resources à son projet Brucejack, avec Seabridge Gold à son projet KSM, avec Atrum Coal à son projet Groundhog, et avec Teck Resources à ses projets Galore et Schaft. Nous collaborons aussi à de nombreux projets sur le plan de l’exploration, mais ceux-ci sont arrivés à différents stades.

ICM : Voudriez-vous proposer plus de services? Quel est votre scénario idéal?

G. Merkel : J’aimerais amener TNDC à exécuter des contrats miniers, mais je n’ai pas encore trouvé de client qui soit intéressé par cette approche. Il y a quelques sociétés, mais celles avec lesquelles nous travaillons actuellement ne passent pas de contrats miniers. Nous discutons avec une société de cette possibilité et si nous obtenons le contrat, ce sera énorme.

ICM : Quelle est l’importance du secteur minier dans l’ensemble de vos activités?

G. Merkel : Pendant ces quelque 15 dernières années, 75 % de nos activités ont porté sur le secteur minier. Je ne veux pas que le volume des activités minières de TNDC diminue, mais je veux qu’elles représentent une proportion plus faible par rapport aux autres. Nous nous efforçons d’œuvrer dans d’autres secteurs, en particulier dans des projets d’infrastructure à long terme. Nous pensons que si nous pouvons en voir un plus grand nombre se concrétiser, cela nous donnera des possibilités plus stables et à long terme.

ICM : Quelles ont été vos principales difficultés en tant que société?

G. Merkel : Je pense que la plus grosse difficulté que nous ayons eu à surmonter a été le fait que nous sommes une société de Premières Nations. Comme l’a si bien dit l’un des membres de notre conseil d’administration : « En tant que société autochtone, vous devez pratiquement en faire deux ou trois fois plus que les autres sociétés pour faire la preuve de vos compétences. » D’énormes préjugés sont associés aux populations et aux sociétés autochtones. Pourtant, d’après mon expérience, une fois que les gens dépassent ce stade et comprennent qu’ils travaillent avec une société qui leur fournit un produit de qualité et concurrentiel, ils y trouvent beaucoup d’avantages en tant que promoteurs, à la fois sur le plan de l’approbation sociale et de l’efficacité en général.

La Nation Tahltan est active en tant que culture depuis les milliers d’années de sa présence dans la vallée Stikine. Nous avons contrôlé le corridor commercial vers le nord-ouest de la Colombie-Britannique et le Yukon, et nous nous sommes durement battus pour y parvenir. C’est l’essence même de ce que nous sommes; cet esprit d’entreprise et ce sens des affaires sont vivaces dans notre communauté. Nous sommes un peuple très travailleur, mais nous n’avions pas beaucoup d’expérience dans la gestion d’une entreprise moderne. Nous avons traversé des transformations majeures qui ont modifié notre façon de travailler et donc changé la façon dont les gens nous voient.

ICM : Travaillez-vous surtout à l’intérieur du territoire Tahltan ou dans l’ensemble de la Colombie-Britannique?

G. Merkel : Je ne serais pas étonné que nous ayons au moins un projet à l’extérieur de notre territoire cette année, mais nous en avons trois en vue. Cela dépend vraiment de l’endroit où ils iront. À ce stade, nous resterions dans le nord de la Colombie-Britannique. Nous devons effectuer des essais de tous les systèmes que nous avons bâtis et nous assurer que nous pouvons réussir à gérer un champ d’activités élargi. Si vous n’avez pas l’infrastructure et les capacités pour gérer un projet, vous devriez vous en abstenir, simplement le refuser et prendre le temps de vous préparer.

Notre rêve est qu’un jour nous pourrons travailler avec d’autres communautés pour les aider à se développer aussi, afin qu’elles puissent contribuer dans leurs propres régions à des projets importants, là où elles vivent et travaillent. C’est un peu loin encore, mais il faut savoir marcher avant de pouvoir courir.

ICM : Parlez-nous un peu de vos partenariats.

G. Merkel : Nous nous fions énormément à l’expertise de nos partenaires et ils se fient énormément à la nôtre. C’est une sorte de relation synergique et c’est tout un art de la bâtir. Je dirais qu’il n’y a aucune chance pour qu’une Première Nation ou une communauté puisse construire toute seule une économie diversifiée avec toutes ses composantes. Vous devez pouvoir compter sur des experts et des partenaires y compris d’autres entreprises, des gouvernements et des communautés.

Ce n’est pas une tâche facile que de bâtir ce genre de partenariat et d’obtenir que tous vos partenaires s’engagent totalement dans votre cause. Nous travaillons vraiment avec ardeur pour trouver des sociétés qui sont comme nous dans un certain sens, qui partagent nos valeurs et notre approche des affaires et dont la conscience sociale est solide.

ICM : Dans les prochaines années, où pensez-vous vous situer dans le secteur minier de la Colombie-Britannique?

G. Merkel : Quand nous avons commencé, il y avait une société qui exploitait une mine sur notre territoire. Elle allait construire une route d’accès à la mine comprenant trois ouvrages importants de franchissement de cours d’eau et 26 autres ouvrages importants de franchissement de rivières à saumons. Nous avons alors déclaré à cette société que ce n’était pas correct, pas acceptable.

Notre peuple s’est alors engagé dans une lutte sérieuse contre le projet avec des barrages routiers et tout, jusqu’à ce que la société finisse par demander : « Alors, que voulez-vous? » et nous avons répondu : « Nous voulons que cette route soit plus respectueuse envers notre territoire, nos gens et nos poissons. Voici le plan, et nous voulons la construire. » La société a pensé que nous étions présomptueux, mais a fini par céder. Nous avons réduit le nombre des ouvrages importants de franchissement de cours d’eau à un seul et celui des autres ouvrages importants de franchissement de rivière à saumons à trois. Il s’est avéré que nous avons eu par la suite des relations plutôt raisonnables avec cette société.

La norme est aujourd’hui certainement bien meilleure qu’elle ne l’était, mais il est toujours possible d’apporter de nouvelles améliorations. Si vous établissez un partenariat avec une entité comme la nôtre, je pense sincèrement qu’il y aura un effet magique. Nous pouvons commencer à bâtir des modèles qui peuvent devenir la norme dans l’industrie. Je pense que c’est la direction que l’industrie va prendre. Je ne pense pas qu’il y ait d’autres solutions. Une fois que l’on commencera à nouer ces relations, je crois que les gens changeront d’idées à propos du développement et de l’extraction des ressources.

Traduit par CNW


Profil de projet : Kirkland Lake | Article de fond : Sous haute tension | Voyage : Sudbury, Ontario
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