mars/avril 2015

Les limites de l’électricité

Les sociétés minières estiment que les coûts de l’électricité limitent les investissements dans la province

Par Ian Ewing

Rapport spécial : L'Ontario

Malgré le fait que les sociétés minières de l’Ontario se trouvent dans un territoire réputé et stable sur le plan politique, elles continuent de se battre pour obtenir de meilleurs tarifs. Les coûts d’énergie, et en particulier les coûts d’électricité, représentent la deuxième dépense en importance pour la plupart des sociétés minières, après la main-d’œuvre. Malgré le rôle clé de l’industrie des mines dans la production industrielle de la province, le tarif d’électricité annoncé par l’Ontario, soit le prix fixé avant les programmes de réduction des tarifs d’électricité et d’aide, est l’un des plus élevés en Amérique du Nord. Ceci a des répercussions à la fois sur la rentabilité et sur les nouveaux investissements.

L’Association of Major Power Consumers in Ontario (AMPCO) estime qu’un utilisateur industriel moyen de catégorie A relié à une ligne de transmission a des coûts plus élevés que tout autre client comparable en Amérique du Nord. En 2012, la méthodologie de l’AMPCO a révélé les coûts suivants : 7,6 cents par kWh en Ontario comparativement à 7,3 cents en Alberta, 4,9 cents en Colombie-Britannique et 4,5 cents au Québec. Jennifer Beaudry, une porte-parole du ministre de l’Énergie de la province, conteste ces chiffres, ses comparaisons classant l’Ontario avant certaines provinces canadiennes et États américains. [Pour en savoir plus sur le marché mondial de l’énergie, veuillez consulter notre article de fond : Sous haute tension]

Toutefois, la compétitivité de la fixation des tarifs d’électricité de l’Ontario dépend d’un certain nombre de programmes de réduction des tarifs d’électricité et d’aide pour le secteur industriel, notamment : le Programme des tarifs préférentiels d'électricité pour le secteur industriel (TPEI), l'Initiative d'économies d'énergie en milieu industriel et le Programme de réduction des tarifs d'électricité pour le secteur industriel du Nord, regroupant sept sociétés minières. Selon des dirigeants du secteur industriel, ces programmes permettent de réduire les tarifs payés par la plupart des sociétés minières, mais ne constituent pas une solution à long terme.

« Le problème, c’est que toute personne voulant investir de nouveaux capitaux dans une mine dont la durée de vie est de 20 ans ne peut baser ses données financières sur un programme provisoire qui dure trois ans ou qui est renouvelable d’une année sur l’autre dans certains cas», explique Chris Hodgson, président de l’Ontario Mining Association.

John Mullally, directeur des affaires générales, à Goldcorp, va dans le même sens en précisant que la fixation des tarifs à long terme n’est pas vraiment transparente et que cela est un problème. « Nous devons être sûrs de l’approvisionnement et avoir une certaine idée de l’évolution des tarifs de l’électricité d’ici 5, 10 ou 15 ans. »

Principes d’exclusion

Pour certaines entreprises, les programmes de réduction des tarifs d’électricité du gouvernement créent un désavantage concurrentiel. Par exemple, Wesdome Gold n’est pas admissible au Programme de réduction des tarifs d'électricité pour le secteur industriel du Nord parce qu’elle utilise trop peu d’électricité. En 2014, Wesdome Gold a produit un total de 58 230 onces d’or dans ses installations minières et de broyage pour lesquelles elle a payé un taux effectif net d’impôts de 7,84 cents/kWh l’an dernier ainsi que plus de 10 cents/kWh pour son laboratoire d’analyse de la mine, à Wawa.

Selon le chef de l’exploitation de Wesdome Gold, Philip Ng, la société utilise moins d’électricité pour produire une once d’or que la plupart de ses concurrents dans la province, mais n’est pas récompensée pour son efficacité. « En fait, nous sommes pénalisés. Même si nous consommions 7 % d’électricité de plus, nous pourrions diminuer nos coûts unitaires parce que nous pourrions obtenir une réduction de 16 à 17 % par l’intermédiaire du Programme de réduction des tarifs d'électricité pour le secteur industriel du Nord. « Le programme devrait établir des règles équitables, que vous produisiez 50 000 ou 500 000 onces d’or. »

Plus encore, M. Ng explique que les démarches administratives démontrant qu’une société est admissible à un programme d’aide sont fastidieuses. M. Mullally est du même avis : « La compréhension et les démarches administratives nécessaires au dépôt d’une demande à la Société indépendante d'exploitation du réseau d'électricité requièrent que les grandes sociétés déploient des efforts considérables pour bénéficier de ces programmes et les mettre en œuvre. En plus, elles doivent aussi assurer la gestion et le suivi requis et cela nécessite d’avoir des équipes. J’imagine que pour une société plus petite disposant d’une main-d’œuvre restreinte, ce serait très exigeant. Je pense aussi que lorsque des investissements à long terme sont faits dans la province, on ne tient pas vraiment compte de ces petites sociétés. »

L’investissement dans les infrastructures

L’installation d’électricité dans ces sites miniers est un défi permanent. D’autres provinces ont récemment investi dans la modernisation et la prolongation de leurs infrastructures électriques. L’été dernier, la Colombie-Britannique a terminé le projet de la Ligne de transmission en vrac du Nord-Ouest, évalué à 746 millions de dollars, qui permettra d’alimenter en électricité la nouvelle mine d’or et de cuivre Red Chris d’Imperial Metals. La nouvelle ligne permettra de prolonger le réseau existant vers le nord de la province et de l’approvisionner en hydroélectricité à faible coût sur une distance de 344 km. Cette ligne permettra d’ouvrir la voie au développement économique d’une région riche en ressources minérales et de relier les communautés avoisinantes au réseau d’électricité.

Selon Mme Beaudry, l’Ontario a des projets similaires en préparation. « Un approvisionnement en électricité stable, rentable et fiable est notre priorité », explique-t-elle. « Le nord-ouest de l’Ontario va disposer de l’électricité dont il a besoin, y compris de l’énergie nécessaire à son développement économique. » Mme Beaudry cite plusieurs projets à venir dans le nord-ouest de l’Ontario, notamment la conversion de la Thunder Bay Generating Station, le Projet de raccordement électrique Est-Ouest ainsi que le projet de Ligne de transmission en vrac du Nord-Ouest.

Toutefois, un examen approfondi suggère qu’aucune de ces options ne permettra d’améliorer la situation pour les sociétés minières de sitôt. Le Plan énergétique à long terme de l'Ontario indique que la conversion de la Thunder Bay Generating Station vise à remplacer seulement une partie de la capacité hydroélectrique perdue lorsque l’Ontario a fermé l’ancienne mine tout en arrêtant progressivement l’exploitation du charbon. Entre-temps, le Projet de raccordement électrique Est-Ouest permettra d’ajouter de la redondance et de la fiabilité, sans augmenter de façon significative la capacité ou la couverture du réseau ni baisser les coûts pour les mines actuelles ou nouvelles. La Ligne de transmission en vrac du Nord-Ouest pourrait éventuellement ajouter une capacité de transmission importante et ouvrir des perspectives pour relier les communautés du nord-ouest qui sont actuellement isolées. Toutefois, la ligne de transmission se trouve actuellement aux premières étapes de la planification.

Historiquement, l’Ontario accordait des crédits d’impôt aux entreprises qui prenaient le risque de faire des investissements en capitaux. M. Hodgson considère que cette approche est préférable à celle du Québec et de la Colombie-Britannique, qui font des dépenses en immobilisations. « Si une société peut emprunter, elle peut construire la route ou la ligne d’hydroélectricité », explique-t-il. « Au cours de la durée de vie de la mine, le gouvernement lui accorde des crédits d’impôt, de sorte qu’il n’y a pas de risque pour le contribuable. En fait, nous finançons cette infrastructure sans prendre de risque. »

Toutefois, les investisseurs n’ayant pas de garantie d’obtenir de l’électricité abordable même s’ils construisent l’infrastructure, ceux-ci évitent d’entreprendre ce type de projet en Ontario. Comme le souligne M. Hodgson, il est impossible de quantifier le nombre d’investissements que la province a manqués en raison des coûts élevés de l’électricité.

Certaines sociétés citent l’électricité parmi les raisons justifiant le déplacement ou l’annulation de projets. En 2010, les hausses des coûts ont été prises en compte dans la décision de Xstrata de déménager ses activités de fusion et ses 670 emplois de Timmins au Québec. L’incertitude entourant le futur du grand projet de développement du Cercle de feu dépend des problèmes d’infrastructure, notamment de l’électricité.

On en revient toujours au coût de production des métaux. « L’or est produit dans le monde entier et vendu au même prix, un prix fixe », fait remarquer M. Mullally.

« Nous n’avons aucun contrôle sur nos clients non plus. Par conséquent, dans le secteur minier, les coûts de production constituent la plus grande préoccupation. L’Ontario doit faire face à la concurrence et être intéressant sur le plan économique comparativement aux autres territoires s’il veut continuer à attirer les investissements provenant de sources de capitaux définies. »

En fait, les sociétés minières et les investisseurs potentiels en Ontario souhaitent essentiellement que leurs coûts soient reflétés dans le prix affiché de l’électricité. « Nous sommes relativement concurrentiels si nous pouvons profiter de ces programmes, mais ce ne sont que des programmes à court terme », fait remarquer M. Hodgson. « Vous ne pouvez pas gaspiller des milliards de dollars dans un amortissement sur 15 à 20 ans, basé sur un programme triennal. »

M. Ng ajoute : « Pour créer des emplois et pour que l’Ontario soit concurrentiel et devienne le moteur économique du Canada, il doit disposer d’une infrastructure énergétique concurrentielle. »

Traduit par CNW

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