mars/avril 2015

De l’autre côté de la barrière

Les fournisseurs du secteur minier du nord de l’Ontario repoussent les frontières

Par Eavan Moore

Rapport spécial : L'Ontario

Pour chaque personne employée dans une mine en Ontario, deux sont employées dans les secteurs qui les approvisionnent. L’expertise accumulée dans la province a depuis longtemps dépassé ses frontières, mais le développement local et les forces mondiales ont posé des défis aux fournisseurs des mines qui se seraient autrement contentés du commerce local.

« Nous avons environ 15 000 personnes qui travaillent uniquement dans la ville de Sudbury dans le domaine des fonctions de service et des produits et services », explique Dick DeStefano, directeur général de la Sudbury Area Mining Supply and Service Association (SAMSSA). « Les sociétés Vale et Glencore emploient peut-être 5 000 à 6 000 personnes au total. Les fournisseurs des mines en sont au point où ils ont besoin de conserver leur main-d’œuvre de façon à pouvoir développer d’autres marchés.

M. DeStefano est d’avis que les fournisseurs du nord de l’Ontario se sont tournés vers l’extérieur. Ceci est en partie dû à la crise mondiale puisqu’en Ontario, comme partout ailleurs, le secteur minier connaît un ralentissement depuis quelques années. Toutefois,

Vale et Glencore (puis Xstrata) ont également modifié le paysage local lorsqu’elles ont acheté des clients importants, comme Inco et Falconbridge, en 2008 et en 2009.

« Lorsque des sociétés minières mondiales ont acquis des actifs canadiens, parmi tous les autres effets, il y a eu deux conséquences », explique Spencer Ramshaw, directeur, information et communications à l’Association canadienne des exportateurs d’équipements et services miniers (CAMESE). « Premièrement, nos fournisseurs étrangers ont été plus sensibles au fait que les actifs canadiens représentent des occasions commerciales par l’intermédiaire de relations existantes avec Vale et Xstrata. Deuxièmement, les stratégies et les politiques d’approvisionnement de ces entreprises mondiales ont été intégrées dans les activités canadiennes. Ces deux activités combinées ont obligé les entreprises canadiennes à évaluer leur potentiel d’exportation en raison des répercussions de la concurrence étrangère sur leurs marchés locaux. »

Entre-temps, les risques inhérents à la dépendance sur quelques entreprises se sont concrétisés au Canada en 2010, lorsqu’une grève prolongée au site de Vale a nui aux fournisseurs de sociétés minières qui comptaient sur elle pour faire des affaires. « Cela a causé un stress financier considérable sur les fournisseurs qui dépendaient largement des revenus de Vale », explique Andrea Gaunt, conseillère principale du secteur Mines et Produits d’extraction, Exportation et développement Canada (EDC). « Ils ont été obligés de reconsidérer les perspectives internationales et la mondialisation un peu plus sérieusement que si cela ne s’était pas produit. »

L’exportation est une nécessité

Dave Rector connaît bien les risques associés au fait de dépendre de quelques clients. Son entreprise de machinerie, située à Sault St. Marie, dépendait des secteurs de l’acier et de la foresterie, et ne s’est diversifiée dans le secteur minier qu’en 2006 lorsque les activités locales de Weyerhaeuser ont été abandonnées. « Dans les années 1990, nous avions trois entreprises qui représentaient 65 %de notre revenu », explique M. Rector. Pour moi, c’est inquiétant quand vous avez trois grands joueurs et pas de filet de sécurité pour les conserver. Si vous n’allez pas de l’avant et que vous ne développez pas vos activités, vous allez rester au point mort et perdre des affaires.

À présent, grâce à un bon bassin de clients du secteur minier situés au nord de Sault St. Marie, M. Rector envisage de développer ses activités ailleurs. Il pense qu’il pourrait vendre des pièces automobiles dans certaines régions de l’Amérique du Sud, mais préfère attendre un an ou deux avant d’investir trop d’argent dans une campagne d’exportation. « Actuellement, nous devons prendre soin de nos clients actuels », souligne-t-il. « Nous ne voulons pas avoir une croissance trop rapide, et nous voulons voir où vont se développer les marchés. »

Michael Gribbons, vice-président de Maestro Mine Ventilation, située à Sudbury, a commencé à fabriquer de l’équipement de contrôle et de surveillance basé sur Ethernet avec son partenaire David Ballantyne il y a quatre ans. Pour lui, en évitant de dépendre des marchés locaux, on peut préserver les emplois. Il a déjà vu des fournisseurs de l’Ontario embaucher à tour de bras lors d’une reprise économique, puis licencier des employés lors d’une crise. Toutefois, M.Gribbons pense que les employés expérimentés doivent sentir que leur emploi survivra aux temps difficiles.

« Dans cet esprit, nous avons sciemment évité de nous lancer dans le secteur lucratif des entreprises de services locales», explique-t-il. Plutôt que de limiter les services de main-d’œuvre à l’entretien de l’équipement de ventilation aux mines locales, la société Maestro a formé d’autres sociétés de services sur son produit et investi dans l’élargissement de ses activités sur le marché international. Déjà, 60 %de ses revenus proviennent de l’extérieur de l’Ontario, et la société prévoit de faire passer ce chiffre à 85 %dans cinq ans.

Le soutien du gouvernement

Pressée de vendre sur un marché international, la direction de Maestro a fait une demande immédiatement au Programme d’aide à la commercialisation des exportations (PACE), programme lancé par la province en 2011 dans le cadre du Programme d’aide à l’exportation pour le secteur de l’approvisionnement et des services miniers (PAESASM). Ce programme est désormais financé par FedNor et par la Société de gestion du fonds du patrimoine du nord de l’Ontario, et mis en œuvre par l’Ontario’s North Economic Development Corporation. Le programme a été lancé à la suite d’une étude menée en 2010 qui laissait entendre que le secteur des fournisseurs des mines dans le nord de l’Ontario s’était beaucoup développé. Avant cela, les professionnels de l’industrie avaient une idée de son importance, mais des chiffres solides ont fourni la justification nécessaire pour donner du soutien aux plus petits joueurs.

« L’étude révélait qu’il y avait eu 5,6 milliards de dollars de ventes », fait remarquer M. DeStefano. « Elle montrait aussi que 23 000 personnes étaient employées dans le secteur de l’approvisionnement minier dans le nord de l’Ontario, et que seulement 19 %de la production était exportée, 19 % concernant le reste du Canada et 62 %restant dans la région. »

L’étude a révélé de nouveau que le secteur de l’approvisionnement minier en Ontario gagnerait à être soutenu. De plus, certaines entreprises ont besoin d’aide, comme le dit Scott Rennie, gestionnaire de programme au PACE : « une grande partie des entreprises repérées ont beaucoup trop de revenus immobilisés par très peu de clients du nord de l’Ontario. »

Le PACE fait une sélection des petites entreprises bien gérées faisant une demande afin de les faire bénéficier d’une stratégie de développement individuelle et de mentorat pendant six mois. Jon Baird, ancien directeur général de CAMESE, qui a travaillé avec 50 entreprises de ce type au cours des dernières années, explique que chaque entreprise est différente. Certaines devraient cibler leurs exportations juste au sud de l’Ontario, tandis que d’autres devraient les cibler dans d’autres provinces ou pays précis.

Mel Sauvé, président de Global Growth Results, a aussi offert du mentorat à des entreprises bénéficiant du PACE. Il s’est souvent aperçu que la volonté d’exporter était le principal atout de ces entreprises. Selon lui, certains donneurs de conseils suggèrent que l’exportation est très difficile et compliquée : « ils font peur à ces entreprises, alors qu’en fait, l’exportation est vraiment simple. »

Du moins c’est le cas si vous avez un produit prêt à exporter. M. Sauvé est capable d’aider les entreprises ayant des difficultés avec des réseaux de distribution et des services de marketing, mais fondamentalement, ses entreprises bénéficiant de mentorat doivent avoir un produit qui les distingue au niveau mondial.

L’un de ces produits était le nouveau système d’alignement de convoyeur offert par Conveyor Plus, conçu au départ par Dave Sharp, un ancien employé de Xstrata, chez lui à Timmins. Ce qui était une activité secondaire en 2004 s’est transformé en véritable travail en raison de la demande incroyable, obligeant Dave Sharp à quitter son emploi à la mine du ruisseau Kidd et à commercialiser son produit à plein temps. « Je n’avais pas vraiment l’intention de beaucoup développer mon activité », fait remarquer M. Sharp, « je voulais simplement travailler à Timmins, mon produit a bénéficié d’un effet boule de neige et c’est comme ça que ça a démarré. »

M. Sharp a terminé le PACE puis a fait une demande d’aide à la commercialisation des exportations (ACE) : il a obtenu 10 000 $ par année pour les frais de participation à des salons commerciaux et d’autres dépenses de ce type. Cela l’a aidé à développer ses activités dans les mines de potasse de la Saskatchewan, dans les sables bitumineux, à Labrador City, aux États-Unis et dans les grandes mines du Chili et du Pérou.

Joe Gladu, vice-président de Symboticware, entreprise de haute technologie établie à Sudbury, explique que Sudbury est une véritable bulle pour les technologies minières. En effet, de nombreuses mines se trouvent à une heure de route, permettant ainsi d’accéder à de nombreux fournisseurs différents. Mais l’entreprise qui existe depuis six ans a toujours voulu voir les choses en grand. « Même au-delà de l’Ontario, si l’on regarde les Amériques, nous pouvons constater qu’il y a plus d’élan en Amérique du Sud », dit-il. « Les investissements canadiens dans ces marchés ont certainement aidé à stimuler la demande pour nos solutions. »

Symboticware bénéficie également d’une aide du gouvernement, dont celle d’EDC. Au cours de la dernière décennie, EDC a fourni des assurances comptes clients aux exportateurs canadiens, a séduit des acheteurs étrangers et leur a fourni des fonds, à condition qu’ils envisagent d’acheter de l’équipement et des services canadiens et qu’ils organisent des rencontres entre les fournisseurs et les acheteurs étrangers potentiels. En 2013, EDC a fourni un soutien financier et un soutien pour la gestion des risques de près de 13 milliards de dollars aux mines et à leurs fournisseurs, ce qui représente près de plus du double du soutien accordé en 2005.

Andrea Gaunt a indiqué que EDC avait prolongé la durée de nombreux prêts étrangers accordés à des entreprises minières internationales, comme Codelco au Chili, à condition qu’elles se fassent mieux connaître et s’engagent auprès des fournisseurs canadiens. Par exemple, pour Codelco, le financement a permis de promouvoir plus de 888 millions de dollars d’achats au Canada ces cinq dernières années, comprenant plus de 150 fournisseurs de tous les secteurs : des services de génie aux technologies environnementales.

Pour la plupart de ces emprunteurs étrangers, EDC a remarqué une augmentation considérable des approvisionnements au Canada. Les petites entreprises ont encore tendance à baisser les bras à l’idée d’exporter, selon M. DeStefano. Mais pour celles qui sont intriguées par l’idée, il y a encore plus de sources d’aide, notamment le

Programme d’aide à la recherche industrielle et le Centre régional des affaires de Sudbury.

Au PACE, M. Rennie a dû arrêter la période de dépôt des demandes pour cette année. « Nous espérons travailler avec près de 12 entreprises de plus en 2015. »

Traduit par CNW

Suivant : Les responsabilités des autorités réglementaires en matière d’environnement dans le secteur minier


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