mars/avril 2015

Défauts de conception

Des experts en géotechnique localisent la cause sous-jacente de la rupture de la digue du bassin de décantation des résidus de la mine du mont Polley

Par Eavan Moore

Un comité d’enquête composé de trois personnes nommées par le gouvernement de la Colombie-Britannique a déclaré en janvier qu’un défaut de conception avait causé la brèche dans la digue du bassin de décantation de la mine du mont Polley en août 2014. Les experts en géotechnique – Norbert Morgenstern, professeur émérite en génie civil à l’Université de l’Alberta; Steven Vick, ingénieur en géotechnique et expert-conseil; et Dirk Van Zyl, professeur en génie des mines à l’Université de la Colombie-Britannique – ont également émis des recommandations visant à améliorer la conception des bassins de décantation des résidus miniers. La province s’est engagée à adopter toutes leurs recommandations.

Le comité avait pour mandat de découvrir les mécanismes techniques à l’origine de la rupture de la digue du bassin de décantation de mont Polley. Le comité a souligné qu’il avait en outre été autorisé à « faire des recommandations au gouvernement sur les mesures pouvant être prises pour s’assurer qu’une rupture semblable ne se produise pas sur d’autres sites miniers en Colombie-Britannique » et pour « donner son avis sur les mesures qui auraient pu être prises afin d’empêcher cette rupture, et pour indiquer des pratiques ayant fait leurs preuves dans d’autres territoires et dont la mise en œuvre pourrait être envisagée en Colombie-Britannique. »

Comment est-ce arrivé

L’enquête menée par le comité a déterminé qu’une couche de dépôts glaciaires de limons et d’argiles fins appelés sol glacio-lacustre, située à huit mètres sous la base de l’endiguement, était en cause. Elle n’a pas été détectée à un point critique dans l’endiguement, et les données de résistance du sol glacio-lacustre à d’autres endroits ont été mal interprétées, selon le rapport. Au fil des années, la hauteur de la digue ayant augmenté, la couche a fait défaut provoquant l’affaissement d’une section de l’endiguement, puis le déversement d’eau et de résidus. Le comité a conclu que le limon et l’argile de la couche de sol glacio-lacustre s’étaient contractés sous la pression. Si le chargement se fait lentement, la capacité portante du sol devient plus forte, l’eau s’écoule et le sol de fondation se condense. Par contre, si le chargement est trop rapide, l’eau n’est pas chassée et crée plutôt des pressions interstitielles qui affaiblissent le sol. Le concept original de la digue a supposé à tort que le sol glacio-lacustre était trop consolidé pour se contracter davantage.

Bien que cette erreur ait été la plus préoccupante pour les experts, ils ont aussi mentionné de mauvaises pratiques liées au bilan hydrique, au traitement par l’eau, à l’inclinaison trop abrupte de la digue, au report des travaux de renforcement, à la largeur de la partie centrale et à la sélection d’un facteur de sécurité minimum de 1,3 (à l’endroit de la brèche, mais pas partout, le facteur de sécurité était supérieur à la norme de 1,5 en vigueur pour les barrages.) ­« Plusieurs modes de rupture étaient en cours, principalement distincts les uns des autres par les étapes différentes de leur progression  », ont écrit les experts.

Steve Robertson, vice-président, Affaires générales, à Imperial Metals, société propriétaire de la mine, a déclaré que celle-ci n’était pas responsable de la défaillance du sol glacio-lacustre. « La résistance des matériaux qui se trouvent dans le sol de fondation est un élément qui relève de la responsabilité de l’ingénieur en géotechnique et non de celle d’Imperial », a-t-il déclaré. « Nous nous sommes fiés au concept qui nous a été proposé. » La société d’experts-conseils Knight Piésold a été celle qui a apposé le sceau d’ingénieur sur les documents liés à conception et à la construction de la digue de 1995 à 1997. Elle a publié une déclaration en août dernier, disant qu’elle ne ferait aucun commentaire sur « les détails de l’incident, ni sur la conception, la construction, les opérations, les pratiques de gestion de l’eau ni sur aucun autre aspect relatif au bassin de décantation des résidus de la mine de mont Polley », parce qu’en raison des modifications effectuées après que la responsabilité du projet ait été transférée à AMEC en 2011, l’installation ne pouvait « plus être considérée comme un concept de Knight Piésold Ltd. ». Comme on lui demandait si Imperial envisageait d’intenter des poursuites contre la société chargée de la conception, M. Robertson a répondu ceci : « Nous ne sommes parvenus à aucune conclusion quant à la suite des choses. »

Pourquoi est-ce arrivé

L’évaluation, par le comité, de la surveillance réglementaire a montré que le personnel qualifié du ministère de l’Énergie et des Mines de la Colombie-Britannique avait joué son rôle comme prévu. Une inspection géotechnique effectuée en 2013 a constaté que la mine du mont Polley se conformait aux exigences du permis et aux pratiques d’ingénierie reconnues.

« Des inspections supplémentaires du bassin de décantation des résidus n’auraient pas empêché la rupture de la digue », ont écrit les membres du comité.

Le comité a recommandé que la Colombie-Britannique et son industrie minière adoptent toutes deux les meilleures pratiques et les meilleures technologies disponibles. Relevant la capacité limitée des organismes de réglementation pour influencer la conception, les membres du comité ont recommandé que la province adopte des objectifs de rendement quantitatifs qui fourniraient aux organismes de réglementation de meilleurs outils pour découvrir d’éventuels problèmes.

Parmi les autres pratiques suggérées, le comité a mentionné des commissions indépendantes d’examen des résidus miniers, l’adhésion obligatoire à l’initiative Vers le développement minier durable de l’Association minière du Canada ou à un programme équivalent, ainsi que des demandes de permis plus détaillées. « Le comité exigerait qu’une étude de faisabilité persuasive et la demande de permis connexe aient pris en considération tous les aspects techniques, environnementaux, sociaux et économiques du projet », ont écrit MM. Morgenstern, Vick et Van Zyl.

Les études ne devraient pas prendre le coût comme facteur déterminant et devraient chercher activement des solutions de rechange aux couvertures aqueuses, selon les membres du comité qui ont souligné que la stabilité chimique offerte par l’eau ne peut pas être garantie sans une stabilité physique. « On réduit les ruptures de digue en réduisant le nombre de digues qui peuvent se rompre », ont-ils écrit. D’après les résultats passés, le comité a prédit qu’il y aurait deux ruptures de digue de bassin de décantation conventionnels par décennie si des réformes ne sont pas adoptées. Ils ont suggéré l’utilisation de la méthode des résidus filtrés et compactés comme ceux entreposés à la mine d’argent Greens Creek d’Hecla Mining Company, en Alaska, comme moyen possible d’éviter les ruptures de digues.

Réponse de la province

Le ministre de l’Énergie et des Mines de la Colombie-Britannique, Bill Bennett, a déclaré que la province donnerait suite à chacune des recommandations du comité. Il a déclaré avoir clarifié les choses directement avec le comité disant qu’il ne recommandait pas d’éviter complètement l’entreposage dans l’eau, même pour les nouvelles mines : « Alors, quand nous disons que nous acceptons la recommandation sur l’adoption de la meilleure technologie disponible, ce n’est pas un choix que nous faisons et nous ne disons pas que la technologie citée en exemple est la seule que nous allons autoriser en Colombie-Britannique. Il est très, très important pour moi de le souligner, car je ne veux évidemment pas que l’industrie pense que nous allons être rigides à ce point. »

M. Bennett a trouvé qu’il était « choquant » que la conception et la construction de la digue du bassin de rétention aient pu se faire en l’absence de renseignements essentiels. « Je n’aurais pas cru avant cela qu’un accident comme celui de la mine du mont Polley pouvait se produire au Canada », a-t-il dit. « J’ai amplement confiance dans le secteur de l’ingénierie et dans l’industrie minière, mais manifestement cet accident, puis ce rapport, nous indiquent que nous devons en faire plus pour nous assurer de tenir compte d’erreurs comme celle qui a été commise à mont Polley. »

Immédiatement après la publication du rapport du comité, le gouvernement provincial a annoncé que l’inspecteur-chef des mines exigera que toutes les mines en exploitation ayant une digue de bassin de rétention fassent un rapport d’ici le 30 juin indiquant si leur digue repose sur un sol glacio-lacustre et si la résistance et l’emplacement sont connus. Le porte-parole du ministre, David Haslam, a déclaré que les commissions indépendantes d’examen des résidus deviendraient obligatoires pour les mines en exploitation et que le gouvernement « entreprendrait un examen du code pour déterminer la meilleure façon de mettre en œuvre les recommandations du comité au sujet des meilleures technologies et meilleures pratiques disponibles, des exigences additionnelles pour les demandes de permis et des normes de sécurité allant au-delà des lignes directrices de l’Association canadienne des barrages qui soient adaptées à la Colombie-Britannique ». Aucune échéance n’a été précisée.

Le rapport n’a pas traité de la responsabilité de la rupture. Deux enquêtes actuellement menées par le Service des agents de conservation et par l’inspecteur-chef des mines pourraient fournir des réponses si elles trouvent des preuves de non-conformité au code. L’inspecteur-chef des mines espère publier ses conclusions cet été.

Traduit par CNW

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