février 2015

Brise-glace

Le nord de l’île de Baffin, au Nunavut, est le site de la mine en production la plus au nord du Canada – Mary River – actuellement en exploitation grâce à une équipe ayant de l’expérience en matière d’exploitation dans l’Arctique

Par Eavan Moore

Au mois de septembre dernier, la société Baffinland Iron Mines Corporation a officiellement commencé ses activités à la mine en exploitation Mary River, située sur la côte nord de l’île de Baffin, dans la région Qikiqtani du Nunavut, à l’extrême nord du Canada. Pour ce faire, une équipe d’exploitants chevronnés de la région de l’Arctique a dû déployer des solutions viables permettant de résister à l’hiver extrêmement froid dans la région.

Avec des ressources mesurées et indiquées de plus de 350 millions de tonnes de minerai de fer à haute teneur, le projet Mary River valait la peine de surmonter toutes les difficultés associées à sa mise en oeuvre. En 2010, le géant du marché de l’acier ArcelorMittal a affronté des sociétés d’investissement en capital pour obtenir une participation majoritaire dans la société Baffinland Iron Mines Corporation (Baffinland). Suite à la baisse des prix des marchandises, ArcelorMittal a réduit sa part à 50 %, mais est resté l’actionnaire principal. Le ralentissement économique a également engendré des changements au niveau du plan de la mine ; Baffinland a en effet retardé, pour une durée indéterminée, sa vision initiale d’une valeur de 4 milliards $ qui consistait à transporter par voie ferroviaire 18 millions de tonnes de minerai par an.

Au lieu de cela, la phase initiale de revenus de 750 millions $ du projet Mary River implique de stocker et d’expédier 3,5 millions de tonnes de minerai par an durant la saison des eaux libres, entre juillet et octobre, par le bras de mer Milne sur les côtes nord de l’île. Le minerai, qui affiche une teneur en fer de 67 %, requiert peu de traitement avant son expédition. Son forage et sautage ont lieu au gisement 1, le premier des neuf gisements connus, à l’aide d’explosifs fabriqués dans une usine sur le site. Le minerai est transporté vers une usine de broyage mobile, et les produits en résultant (du minerai en morceaux et des fines) sont stockés dans des réserves distinctes.

D’ici le mois de juillet, ces deux types de minerai seront transportés par camion vers le port de Milne, où une infrastructure dédiée aux réserves et un quai de chargement de navire sont actuellement en construction. Un chargeur radial de navires à deux tours et un convoyeur de réception chargeront les navires affrétés, lesquels passeront par la baie Baffin avant de partir vers l’Atlantique.

Des équipes chevronnées

Si l’on considère la mine Polaris sur la petite île Cornwallis, le projet Mary River n’est ni la première mine construite dans la région Arctique au Canada ni celle se trouvant le plus au nord du pays. Le projet a donc bénéficié de l’expertise existante.

« Dans l’équipe que nous avons formée, la plupart d’entre nous avions déjà travaillé sur d’autres projets menés dans le nord du Canada », explique Ronald Hampton, vice-président et directeur de projet chez Baffinland. « Certains des entrepreneurs en construction qui avaient contribué au projet Meadowbank de Mines Agnico Eagle se sont joints à nous, notamment des personnes des mines d’Ekati et de Diavik, de la baie de Voisey dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador, de Raglan et d’autres sites miniers. Quant à moi, je me trouvais sur les lieux de construction de Diavik et de la baie de Voisey, aussi ce genre de conditions et de projets dans l’Arctique, très complexes du point de vue logistique, n’avait rien de nouveau pour moi ni pour beaucoup d’autres dans la chaîne. »

Dans le cadre de leur contribution à d’autres projets, ces membres chevronnés de l’équipe de Baffinland s’étaient habitués à ce que la préfabrication ait lieu en dehors du site. Ceci leur permettait de minimiser les travaux qui auraient dû être exécutés dans des conditions plus austères sur le site. Les bâtiments étaient tous préfabriqués ou construits par panneaux puis expédiés sur le site pour l’assemblage final, notamment les fondations des bâtiments qui étaient précoulées sous forme de blocs de béton et expédiées sur le site afin d’éviter d’avoir à couler du béton par des températures hivernales moyennes de -30° C à Mary River.

Les entrepreneurs ont effectué une grande partie des travaux de construction, mais comme l’explique M. Hampton, la majorité des travaux de terrassement ont été exécutés par des exploitants embauchés par Baffinland. « Nous sommes une société minière, aussi notre travail consiste à déplacer la terre, si l’on peut dire, sous forme de minerai », fait-il remarquer. « Notre flotte minière étant sur place, nous disposions de notre propre équipement. »

Ceci a permis à la société de faire venir sur place plus tôt que prévu son propre effectif permanent, donnant ainsi la possibilité à ces travailleurs de bien se former et de se sentir totalement à l’aise sur le site lorsque les activités minières ont commencé. La plupart des personnes exploitant la mine en septembre avaient déjà passé les six à neuf derniers mois à réhabiliter la route et à préparer les surfaces extérieures pour faciliter la construction et le stockage. Elles travaillaient principalement sur un mode de rotation de deux semaines, arrivant à la mine par avion des cinq communautés les plus proches, notamment d’Iqaluit, la capitale du Nunavut, et de Kitchener-Waterloo, en Ontario.

Fort de 700 employés, l’effectif permanent du projet vient du Canada, dont 200 à 250 personnes sont originaires des communautés locales et ont généreusement partagé leurs connaissances, indique Erik Madsen, vice-président du développement durable, de la santé, de la sécurité et de l’environnement de Baffinland. Les connaissances traditionnelles, par exemple, ont aidé la société à réduire l’impact des activités maritimes sur les routes de glace de mer empruntées par les Inuits et à choisir une future voie de transport par la partie nord du bassin de Foxe, contournant ainsi des régions importantes en termes de faune marine.

En outre, explique M. Madsen, « les connaissances traditionnelles et locales concernant les tendances d’abondance des caribous et leur répartition étaient essentielles à l’évaluation des effets et la planification des mesures d’atténuation du projet. Nos études ne nous ont pas énormément renseignés sur l’écologie des caribous dans la région. Malgré les signes détectant leur présence, on en voyait très peu. Les connaissances qu’ont partagé avec nous les aînés et les chasseurs nous ont aidé à caractériser les tendances démographiques de 60 à 70 ans ainsi que les schémas probables de reconstitution des populations, et elles nous ont fourni des informations intéressantes quant aux comportements d’adaptation des caribous. »

Garder l’équipement au chaud

Sur le site du projet Mary River, l’arrêt et le refroidissement de l’équipement pendant les temps d’immobilisation n’est pas envisageable. « Sur tous nos équipements, le moteur et les fluides auront du mal à s’adapter aux basses températures », explique M. Hampton. « Les équipements lourds sont très difficiles à redémarrer à de telles températures. Ainsi, si l’on ne dispose pas de zones chauffées où l’on peut mettre ces véhicules à l’abri et les faire redémarrer, il faudra généralement les faire marcher au ralenti pour une bonne partie de la saison froide. »

Garder l’équipement au chaud n’a pas été une mince affaire pendant l’automne et l’hiver 2013. Tous les matériaux et les équipements, dont la majorité des bâtiments préfabriqués, étaient arrivés sur le site en été par les ponts maritimes. La maintenance devait avoir lieu en même temps que l’installation des bâtiments et la mise en service de l’équipement, souvent en extérieur ou dans des structures de gros oeuvre rudimentaires. M. Hampton reconnaît que cette saison a été « éprouvante. » Malgré son expérience, il explique que l’équipe avait sous-estimé la difficulté de trouver des fluides et conduites hydrauliques adaptés à ces conditions. Mais cette année, poursuit-il, « la situation est différente en ce que nos infrastructures pour la maintenance ainsi que nos bâtiments sont totalement opérationnels. Par rapport à l’année dernière, nous sommes donc bien mieux préparés pour affronter le froid. »

L’équipe de maintenance du projet Mary River a eu le temps d’évaluer les besoins de son équipement, et le recours aux nombreuses modifications nécessaires par temps froid a permis aux machines de rester opérationnelles. Le matériel d’exploitation minière est équipé de chauffages Espar intégrés dans les systèmes de refroidissement et de fluide hydraulique du moteur, ce qui permet au fluide de conserver sa forme liquide, de distribuer la chaleur dans tout l’échangeur de chaleur du véhicule et de réchauffer le moteur à l’aide de la chaleur résiduelle dans l’eau de refroidissement. Les lubrifiants Petro-Canada utilisables par tous temps permettent aux engrenages de fonctionner sans encombre. Pour l’équipement connexe plus petit, l’équipe utilise des chauffages à eau et hydrauliques Webasto ainsi que des fluides hydrauliques Rayco Chemical pour l’aviation. Un abri à vent a également été construit pour protéger les machines du froid glacial, et des éléments de chauffage à l’état de traces ont été installés le long des conduits d’air et d’eau pour protéger les forages destinés au développement.

Logistique

Transporter l’équivalent d’une année de travail sur un pont maritime d’été requiert une planification bien pensée. Si le site vient à manquer d’équipements indispensables, le réapprovisionnement par un avion mixte 737 de Kitchener-Waterloo coûtera environ 100 000 $. « C’est environ 10 fois plus cher que le transport par voie maritime », indique M. Hampton.

En outre, certaines pièces, comme les pneus d’un tombereau de modèle 777 de Caterpillar, ne peuvent être transportées par avion. « Des pneus de cette taille ne rentrent pas dans un avion », ajoute-t-il. « Aussi, nous devons nous assurer que nous disposons d’un contingent suffisant de pneus, plus important que ce dont nous aurions besoin dans un contexte de cycles d’usure normaux. En effet, pour ce site minier spécifique par exemple, nous disposons de quatre tombereaux de modèle 777, et nos travaux miniers en dépendent. Si nous venons à manquer de pneus avant le prochain transport prévu par pont maritime, nous pourrions être obligés d’arrêter les activités. Le type d’équipement que nous stockons sur le site minier avoisine les 10 millions $, ce qui ne serait pas nécessaire si le site minier se trouvait dans une région plus au sud où l’accès est possible tout au long de l’année. »

Avec l’aide des fournisseurs, Baffinland estime les besoins de l’exploitation sur une année, et ajoute une marge de 15 à 20 % supplémentaire dans le stock en cas d’urgence. Les composantes à bas prix mais volumineuses ou lourdes sont surstockées, contrairement aux plus petites pièces car elles peuvent être facilement transportées par avion si besoin est. « Malgré nos efforts de planification, nous nous sommes parfois retrouvés en situation où nous avons dû faire venir des pièces par avion », reconnaît M. Hampton.

Des acquis solides

Le froid n’est pas toujours un inconvénient pour les activités du projet Mary River ; il s’est même parfois révélé utile. L’hiver dernier en effet, il a fallu réhabiliter une bande d’atterrissage pour permettre aux avions à réaction de se poser sur le site. Pendant plusieurs mois durant lesquels la bande d’atterrissage était hors service, la société en a construit une sur l’un des lacs gelés. « Des avions à réaction 737 se posaient sur le lac », explique M. Hampton. L’épaisseur de glace nécessaire pour qu’un avion puisse y atterrir sans danger est de 54 pouces. À la fin de la saison, explique-t-il, l’épaisseur de la glace avoisinait les 80 pouces.

Les enjeux, les accomplissements, la construction et les activités ont tous été atteints en respectant des normes de sécurité extrêmement élevées. M. Hampton fait remarquer que Baffinland a réalisé deux étapes primordiales en septembre dernier. Tout d’abord, elle est passée du statut de société d’exploration à celui de développement pour ensuite atteindre celui d’exploitant minier. Ensuite, durant ses trois années d’activité, elle n’a enregistré aucun accident ayant entraîné des arrêts de travail. « Nous sommes très fiers de la culture de sécurité que nous avons instaurée sur notre site. »

Traduit par Karen Rolland


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