déc '15/jan '16

L'année à venir : Faire face au ralentissement économique

La façon dont les sociéties minières font face à l'effondrement du prix des marchandises

Par Ryan Bergen, Christopher Pollon, Katelyn Spidle | Illustrations par Cai Sepulis

Tous ensemble contre les éléments

Dans ce contexte de ralentissement économique persistant, plusieurs petites et moyennes sociétés ont opté pour des fusions amicales afin de lutter contre la tempête. Début novembre, Oban Mining a annoncé son acquisition de Northern Gold, une petite société minière dirigeant des projets avancés et potentiels dans le nord de l'Ontario. Cette entente intervient trois mois après l'acquisition par Oban d'Eagle Hill, de Ryan Gold et de Corona Gold, et suite à la conclusion d'un accord de placement privé avec Redevances Aurifères Osisko Ltée.

D'après le rapport récemment publié par PwC intitulé Junior Mine 2015: Time for change (petites sociétés minières en 2015 : place aux changements), le regroupement offre de nombreux avantages aux petites sociétés minières pendant un cycle baissier. Les coûts administratifs sont réduits étant donné que les sociétés regroupées n'ont besoin que d'un seul siège social et d'une équipe de direction. En outre, elles partagent les risques et adaptent les bilans, ce qui renforce la position de la société. Plus important encore, le regroupement permet de protéger les actifs de la société et de préserver le potentiel des actionnaires.

Pour John Burzynski, président et chef de la direction d'Oban, en choisissant bien les petites sociétés minières à consolider dès maintenant, Oban augmentera ses chances de réussir à l'avenir.

« Nous nous concentrons sur des projets en phase de développement, et notre intention est de faire aboutir ces projets de développement là où nous le souhaitons », expliquait M. Burzynski, qui a lancé sa société il y a cinq ans en marge de l'ancienne société Osisko Exploration, qu'il avait cofondée en 2003. Après le rachat d'Osisko par Agnico Eagle en 2014, M. Burzynski a cocréé Redevances Aurifères Osisko Ltée.

Les grandes sociétés minières essaient de rétablir leurs bilans dégradés en vendant des redevances et une partie de leur future production, ce qui, d'après M. Burzynski, crée le climat idéal pour démarrer une société minière. En achetant des actifs alors que les autres vendent, des sociétés telles qu'Oban peuvent assurer leur prospérité pour les années à venir.

« Nous sommes bien financés et lorsque le marché se redressera, nous aurons entre les mains la prochaine génération de mines », déclarait-il.

Eric Moeller, président et chef de la direction de Northern Gold, a décidé de fusionner car Oban donnait la possibilité aux actionnaires de Northern Gold de devenir détenteurs d'actions d'Oban à un prix raisonnable et, ainsi, d'accroître leurs investissements.

D'après lui, il est toujours bon pour une petite société minière d'envisager une stratégie de regroupement ; qui plus est, pour celles souhaitant développer un projet en période de ralentissement économique (comme c'est le cas actuellement), le regroupement pourrait bien représenter leur seule chance de survie. M. Moeller expliquait qu'il sera difficile pour les petites sociétés minières de se maintenir à flot même après la reprise du marché, car il faudra alors reconstruire l'intégralité de l'infrastructure de financement des projets miniers.

« Les sociétés qui parviennent à consolider leur position dès maintenant seront plus fortes et mieux placées pour faire face au redressement futur », expliquait-il.

Les petites sociétés minières ne sont d'ailleurs pas les seules à se tourner vers le regroupement pour survivre. Dans le courant de l'été, Alamos Gold et AuRico Metals ont fusionné pour former la nouvelle société intermédiaire Alamos, et First Majestic a annoncé son acquisition amicale de SilverCrest Mines.

« L'inclusion de la mine Santa Elena de SilverCrest dans le portefeuille de First Majestic offre à cette société fusionnée une plus grande flexibilité sur le marché des métaux actuellement en proie à de grandes difficultés, et crée une plateforme solide qui permettra à First Majestic de poursuivre sa croissance en faveur des actionnaires des deux parties », déclarait  Scott Drever, président et chef de la direction de SilverCrest, dans un communiqué de presse.

– Katelyn Spidle

Éliminons les actifs superflus

Si les petites et moyennes sociétés minières se regroupent pour surmonter la tempête, les grandes sociétés minières, quant à elles, se débarrassent de leur trop-plein. Barrick Gold a annoncé en novembre la vente de plusieurs actifs non essentiels dans le Nevada pour un total de 720 millions $ US en espèces. Ces transactions récentes ont porté la valeur nette des ventes d'actifs, des partenariats et des entreprises communes de Barrick à 3,2 milliards $ US pour l'année 2015, dépassant ainsi l'objectif de réduction de la dette que s'était fixé la société à 3 milliards $ US.  

Ventes d'actifs de Barrick 
en 2015*
Mines Bald Mountain + Round Mountain (50 %) à Kinross : 610 millions $**
Mine Ruby Hill + projet Spring Valley (70 %) à des filiales de Waterton Precious Metals  Fund II Cayman, LP : 110 millions $***
Mine de cuivre Zaldivar à Antofagasta : 1,005 milliard 
Mine Cowal à Evolution Mining : 550 millions $
*Toutes les valeurs sont en $ US
**Conclusion de la transaction prévue d'ici mi-janvier 2016
***La mine Ruby Hill et le projet Spring Valley représentent à eux deux 110 millions $ en espèces ; conclusion de la transaction prévue pour fin 2015.

« La vente de ces actifs s'inscrit dans notre stratégie visant à créer une valeur sur le long terme pour nos actionnaires en renforçant notre bilan et en concentrant davantage notre portefeuille sur les principales mines qui permettront à notre flux de trésorerie disponible d'augmenter », déclarait Kelvin Dushnisky, président de la société, dans un communiqué de presse.

Pour survivre dans un contexte où le prix des métaux est aussi bas, les sociétés doivent continuer à couvrir leur réinvestissement de maintien et à payer des dividendes à leurs actionnaires. Ceci signifie qu'elles doivent non seulement réduire leur dette, mais également réduire leurs coûts et maintenir leur bilan.

Anglo American fait également partie des autres grandes sociétés minières qui ont vendu plusieurs actifs. En octobre, Glencore a annoncé la vente de ses mines de cuivre Lomas Bayas et Cobar, et First Quantum s'est engagée à réduire sa dette de 1 milliard $ d'ici début 2016 « en associant la vente d'actifs à d'autres initiatives stratégiques », pouvait-on lire dans un communiqué de presse. Au début de l'année, BHP Billiton a transféré ses actifs non essentiels vers une nouvelle société, South32.

D'après Patricia Mohr, vice-présidente des études économiques et spécialiste du marché des produits de base à la banque Scotia, les sociétés qui réduisent leur offre durant une période de faible croissance de la demande seront mieux placées pour se préparer à l'avenir, mais les investisseurs n'en verront les réels bénéfices que dans plusieurs années.

« Alors que nous abordons la deuxième moitié de la décennie, les offres vont devenir plus restreintes en raison d'une baisse du développement minier », indiquait Mme Mohr, ajoutant que « les investisseurs finiront par se tourner vers les marchés au comptant où les écarts acheteur-vendeur sont plus étroits ».

– Katelyn Spidle

Ouverture de la voie au financement collectif par capitaux propres

Les entreprises de cinq provinces canadiennes seront bientôt en mesure de faire appel au financement collectif pour un maximum de 1,5 million $ par an, le tout avec beaucoup moins de difficultés et de dépenses que celles actuellement engendrées par les exigences de divulgation relatives aux prospectus.

Selon le Financial Times, le financement collectif est « un moyen nouveau et émergent de financer de nouveaux projets ou des idées innovantes en empruntant un financement auprès d'un grand nombre de personnes, souvent par le biais d'un site Internet ». Les artistes ont recours à cette approche depuis des années pour financer leurs projets créatifs, mais ce concept est désormais utilisé au Royaume-Uni et en Australie pour aider les petites et moyennes entreprises (PME) à recueillir des fonds dans un contexte économique de plus en plus incertain.

Le 5 novembre dernier, la commission des valeurs mobilières de l'Ontario (CVMO) ainsi que ses homologues au Manitoba, au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse ont annoncé une dispense de prospectus pour le financement collectif, qui coïncidera avec un nouveau cadre relatif à l'enregistrement des portails dédiés en ligne servant de contrôleurs pour les transactions. Cette dispense, qui entrera en vigueur en janvier, concerne les émetteurs assujettis et non assujettis constitués en personne morale ou basés au Canada. Leur siège social doit être au Canada et la majorité des directeurs doivent vivre dans le pays.

Les exigences de divulgation seront simplifiées pour le financement collectif, mais les investisseurs devront tout de même recevoir les états financiers annuels ainsi que certains autres documents écrits. Ils devront par ailleurs signer un document stipulant qu'ils ont conscience des risques liés à l'investissement. Le plafond sera fixé à 2 500 $ par investissement, et à 25 000 $ pour les investisseurs agréés. En Ontario, aucune limite d'investissement ne sera fixée pour les particuliers dont les actifs financiers nets dépassent les 5 millions $.

Samad Uddin, directeur en charge des marchés financiers à la Prospectors and Developers Association of Canada (PDAC, l'association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs) s'est réjoui à l'annonce de cette bonne nouvelle, mais a cependant émis un avertissement.

« Il s'agit d'un outil supplémentaire dont peuvent se servir les sociétés lorsqu'elles envisagent d'autres options de financement de leurs projets », expliquait-il. « Les modalités concernant les sommes pouvant être recueillies et les fonds que peuvent injecter les investisseurs sont cependant très restrictives. »

M. Uddin, qui travaillait pour la CVMO avant de rejoindre la PDAC, expliquait que le financement collectif convient bien aux sociétés de prospection qui cherchent à recueillir entre 50 000 et 100 000 $ pour commencer leurs activités et, de manière générale, aux sociétés souhaitant réunir moins de 1,5 million $ (somme maximale pouvant être récoltée par une société annuellement). Ce type de financement pourrait également se révéler positif pour le nombre croissant de « sociétés fantômes » inscrites à la bourse de croissance TSX, des entreprises spéculatives si démunies qu'elles n'ont pas les moyens de mener les moindres activités d'exploration et luttent pour rester cotées en bourse (d'après M. Uddin, les droits d'admission à la cote de la bourse de croissance TSX peuvent atteindre 40 000 $ par an). Pour les plus grandes sociétés minières, le financement collectif peut compléter d'autres efforts de collecte de fonds, indiquait M. Uddin.

Ces nouvelles réglementations ouvriront également de nombreuses possibilités pour les fournisseurs de plateformes en ligne, indispensables pour exploiter les fonds envoyés dans le cadre du financement collectif. M. Uddin indiquait que ce nouveau créneau intéressera principalement les « courtiers en marchés non réglementés » qui sont déjà autorisés à distribuer des titres de placement sans prospectus aux investisseurs institutionnels et à valeur nette élevée.

Le financement collectif est simplement un autre moyen d'exploiter la portée mondiale de l'Internet. En plus de trouver des investisseurs, les sociétés d'exploitation des ressources trouvent également des solutions à tout un éventail de problèmes grâce à une approche appelée externalisation ouverte.

En septembre 2015, la société Integra Gold a lancé un concours en ligne, baptisé Ruée vers l'or, dans l'optique de dénicher de nouveaux gisements aurifères sur deux propriétés qu'elle a récemment acquises à Val-d'Or, au Québec. En septembre également, un concours d'envergure mondiale d'une valeur de 20 millions $, commandité conjointement par NRG Energy et la Canada's Oil Sands Innovation Alliance (COSIA, l'alliance canadienne de l'innovation dans le secteur des sables bitumineux), invitait le public à envoyer ses idées de « technologies révolutionnaires » permettant de convertir les émissions de CO₂ des centrales électriques et des installations industrielles en nouveaux produits commercialisables tels que des matériaux de construction et des carburants de substitution.

– Christopher Pollon

Révision de la stratégie

La société Orbite Technologies est cotée en bourse et a à son actif un bail minier, un gisement d'argile alumineuse affichant des ressources minérales indiquées de 1,04 milliard de tonnes dans la région de la Gaspésie au Québec, ainsi qu'un accord d'écoulement avec Glencore pour l'intégralité de l'alumine métallurgique produite sur le site. Pourtant, vous ne la trouverez nulle part dans la liste des sociétés minières inscrites à la bourse de Toronto.

Au printemps dernier, alors que le déclin de la capitalisation boursière des sociétés spécialisées dans les ressources s'accentuait, la société a choisi d'abandonner le nom Orbite Aluminae et de renoncer à sa désignation dans le segment Mines du secteur des technologies propres.

En novembre, nous avons demandé à Marc Lakmaaker, chargé des relations avec les investisseurs de la société, si ce changement avait eu un impact sur l'intérêt que portaient ces derniers à la société. Il nous a répondu qu'il était encore trop tôt pour juger. 

« Le changement de dénomination est plus qu'un simple jeu sur l'impopularité des actifs constitués par les ressources naturelles », expliquait M. Lakmaaker. « Il constitue plutôt le reflet de ce que représente réellement la société. Évidemment, nous possédons encore la propriété de Grande-Vallée, et nous comptons bien poursuivre ce projet à l'avenir, mais il s'agit de notre troisième priorité. »

En tête de liste figure la commercialisation de l'usine de production d'alumine de haute pureté (HPA) d'Orbite. Le procédé de marque soulève un certain nombre de questions qui devraient susciter un grand intérêt. Ce produit est extrêmement demandé par le secteur de l'éclairage DEL (diode électroluminescente) en pleine croissance ainsi que pour la fabrication d'autres articles spécialisés de haute technologie ; son taux de récupération est bien meilleur que le procédé Bayer classique, et il ne requiert pas de bassin de résidus. La deuxième priorité consistera à appliquer ce procédé à diverses matières premières issues des déchets de mines et de centrales électriques au charbon, puis à breveter cette technologie à l'échelle internationale. 

La date de lancement de l'usine commerciale de HPA, qui produira trois tonnes par jour, a cependant été repoussée plus d'une fois, mais la société espère commencer la production avant la fin de l'année 2015.

– Ryan Bergen

Traduit par Karen Rolland

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