août/septembre

Surveillance de quartier

Le projet Hollinger de Porcupine Gold Mines, à proximité de Timmins, est surveillé de près

Par Christopher Pollon

La ville de Timmins a vu le jour lorsque Benny Hollinger, grattant la mousse recouvrant un affleurement minéralisé sur le site d’une excavation abandonnée au début du XXe siècle, a exposé au grand jour un riche filon aurifère. Aujourd’hui, alors que Goldcorp développe sa mine à ciel ouvert Hollinger à proximité de la ville, la société doit s’appuyer sur la grande tradition minière de Timmins tout en faisant preuve d’une grande discrétion.

Lorsque Porcupine Gold Mines (PGM), une filiale de Goldcorp, a racheté le site de l’ancienne mine Hollinger (dans le cadre d’une offre sur les terres acquises en 2007 par Goldcorp auprès de Kinross et Placer Dome), la mine avait été clôturée et abandonnée depuis la fin des années 1980. Ce site de 100 hectares était parsemé de petites fosses en surface et de dolines raccordées à 600 kilomètres de puits de mine abandonnés, de galeries d’accès et de travers-bancs ; c’est tout ce qu’il restait de la mine Hollinger, dont l’exploitation avait commencé en 1910 et qui avait produit quelque 20 millions d’onces d’or.

Après des années d’études techniques, PGM (une entreprise commune entre Goldcorp Canada Ltd. et Goldcorp Inc.) a estimé que l’ancien site de Hollinger contient encore des réserves d’environ 528 000 onces auxquelles on pourrait accéder par le biais d’un puits à ciel ouvert. Le seul problème est que la première mine Hollinger avait été construite à l’épicentre d’un fourré de broussailles infesté de mouches noires, le « camp de Porcupine. » La ville de Timmins qui, depuis ses origines, s’est développée autour de cette zone de roches précambriennes, est devenue au fil des ans une ville de 45 000 habitants. L’exploitation minière de ce site impliquerait d’abattre à l’explosif et de creuser un puits à ciel ouvert directement à côté du centre-ville.

Comme l’expliquait Darren Fasciano, surveillant général de la mine à ciel ouvert de PGM qui la compare à une immense carrière à ballast urbaine, la proximité de la mine avec le cœur de la ville a, dès le début, défini l’orientation qu’allait prendre le nouveau projet Hollinger. « Nous essayons de réduire autant que possible le forage, l’abattage à l’explosif et les autres activités qui pourraient porter préjudice à la communauté aux alentours », indiquait-il.

Au moment de l’entretien de M. Fasciano avec le CIM Magazine, PGM avait déjà procédé au pré-décapage de 5,26 millions de tonnes de matériaux depuis le commencement de la construction en février 2014.

La société avait divulgué son plan de pratiques exemplaires en matière de gestion bien avant le premier abattage. Ce plan, publié à l’automne 2012, présentait la façon dont le site serait exploité et dont les impacts seraient minimisés. Un élément central de ce plan consistait à entourer la mine d’un talus composé de roches afin de contrôler les nuisances sonores, la poussière, la surpression de l’air et les vibrations résultant des activités à la mine.

À la fin du mois de juin, le talus a été construit à l’aide de plus de 4 millions de tonnes de ces matériaux ayant subi un pré-décapage. Une petite quantité a été transportée par camion vers un concentrateur à la mine Dome de PGM, située à proximité, ce qui a permis à la société de commencer une production limitée d’or alors qu’elle se trouvait encore en phase de construction. Certaines sections du talus (qui mesure entre 10 et 25 mètres de hauteur et totalise 3,6 kilomètres de long) sont terminées, et la paroi extérieure est recouverte de morts-terrains dans l’optique, à terme, d’ensemencer la terre pour que s’y développe de la végétation. « Le talus ressemblera ainsi à une colline verdoyante du côté de la ville », expliquait Brendan Zuidema, directeur général de la mine.

La mine est située à quelques rues seulement de la bibliothèque de la ville et à l’arrière de l’hôtel Comfort Inn, aussi les activités quotidiennes du projet, particulièrement l’abattage à l’explosif, ont été longuement pensées. Durant les étapes préliminaires de planification, la société a utilisé la modélisation pour déterminer l’ampleur acceptable des coups de mine afin de limiter les vibrations et la pollution atmosphérique provenant de la poussière et des émissions des explosifs. L’abattage à l’explosif ne peut avoir lieu que pendant deux « battements » chaque jour, à savoir en fin de matinée et dans le milieu de l’après-midi, de manière à ce que les résidants et les commerces de Timmins puissent adapter leurs horaires en fonction d’un programme sans surprise. Chaque jour pendant ces intervalles, un maximum de 30 000 tonnes de roches peuvent être déplacées par abattage avec au plus 9 000 kilogrammes d’explosifs.

La construction de la mine a actuellement lieu entre 7h et 19h quotidiennement, et la construction du talus se poursuit. Une fois qu’il sera terminé et que la « modélisation des nuisances sonores » de PGM sera validée au mois d’août, la phase de production de la mine pourra commencer suivant un calendrier de 24h/24, 7 jours sur 7. L’abattage à l’explosif n’aura cependant lieu qu’en journée. L’intégralité du minerai sera concassé et broyé à l’installation de traitement voisine de la mine Dome.

Par rapport à son ancienne mine à ciel ouvert Pamour située à seulement quelques kilomètres au nord-ouest de la ville, où il aurait fallu forer des trous de 16,5 centimètres pour l’abattage à l’explosif, la mine Hollinger se limitera à des trous de 10 à 11,5 centimètres pour que les explosions soient moins conséquentes. « Ceci crée de nombreuses difficultés », expliquait M. Zuidema ; en effet, la société a dû tripler le nombre de trous forés avec moins d’espace pour manœuvrer, et a dû charger les explosifs dans un espace plus restreint qu’à l’accoutumée. Afin de contrôler les émissions et d’assurer une sécurité optimale, la société a également adopté des explosifs dotés de la toute dernière technologie de gazéification Titan SME 1 000, un produit de type émulsion en vrac de la société Dyno Nobel, lesquels ne deviennent explosifs que lorsque tous les ingrédients sont mélangés dans un tuyau sur le site.

L’abattage à l’explosif pendant la phase de construction a entraîné plusieurs incidents. L’été dernier, des roches ont été projetées hors du site après une explosion, endommageant un véhicule dans le parking du personnel (personne n’a cependant été %blessé). Une enquête ultérieure a entraîné des changements au niveau des protocoles d’approbation des techniques d’abattage à l’explosif ainsi qu’un examen plus rigoureux du procédé consistant à éviter la projection de débris et des « premiers abattages », à savoir les premières explosions effectuées pour niveler le sol après que l’élimination des morts-terrains expose les roches, ce qui, sur ce site, a lieu sur un terrain accidenté.

La société maintient qu’elle ne prendra plus de tels risques. « Nous sommes probablement le plus gros consommateur de pare-éclats au Canada », indiquait M. Zuidema, faisant remarquer que la protection de chaque éclat vient ajouter une certaine complexité aux travaux. Deux préposé(e)s dévoué(e)s placent entre deux et quatre couches de pare-éclats sur chaque explosif (à l’heure actuelle, le site compte 1 400 pare-éclats), qui doivent ensuite être retirées une fois l’explosion terminée. La procédure peut prendre jusqu’à deux ou trois jours.

Les camions et autre équipement lourd feront partie des éléments les plus bruyants de l’exploitation une fois qu’elle tournera 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Le gouvernement de l’Ontario a obligé la société à limiter ses nuisances sonores au-delà du talus à 50 décibels (dB) pendant la journée (ce qui correspond, selon le plan de pratiques exemplaires en matière de gestion de PGM, à une pluie modérée), et à 45 dB pendant la nuit, soit l’équivalent du « ronflement d’un réfrigérateur. » Pour ce faire, les camions de transport utiliseront des panneaux d’amortissement des ondes sonores installés autour des compartiments moteur, des « grilles d’aération » en aluminium ondulées remplies de mousse à l’avant des camions et des silencieux moins bruyants obtenus dans le marché des pièces de rechange. Les camions de transport d’eau se trouveront constamment sur place afin de contrôler la poussière, laquelle sera également éliminée à l’aide de chlorure de calcium et d’un produit sans danger pour l’environnement appelé DusTreat, fabriqué par GE.

La caractéristique la plus innovante de ce projet sera indéniablement le système de surveillance en direct, qui mesure le bruit, la poussière et les vibrations à partir de 17 stations distinctes placées en bordure du talus. Ce système a initialement été créé en vue d’aider la société à mesurer les impacts pour un usage interne et pour s’assurer que les niveaux sonores restent en-deçà des limites réglementaires, mais il a rapidement évolué en un produit plus sophistiqué. « Nous nous sommes rendus compte que nous pouvions partager les données générées par le système de surveillance avec le grand public », déclarait Patricia Buttineau, coordinatrice des communications de PGM. « Nous avons donc pensé qu’il s’agirait là d’un excellent moyen d’assurer notre transparence auprès de la communauté et nous avons obtenu l’appui de tous les niveaux hiérarchiques de [PGM] et de Goldcorp. »

Les exigences de ce système de surveillance étaient si spécifiques que la société qui devait le fournir (la société danoise de génie de l’environnement Brüel & Kjær) a dû entièrement reconcevoir la majeure partie du système. Jusqu’ici, les systèmes de surveillance servent souvent à mesurer les niveaux sonores autour des aéroports, mais l’entrepreneur embauché devait concevoir ce système de manière à ce qu’il puisse également mesurer les niveaux de poussière et de vibrations, le tout en un seul système. « Je ne pense pas qu’aucune autre exploitation dispose d’un système de surveillance doté de ces trois fonctionnalités », indiquait M. Fasciano.

Même dans une ville comme Timmins dont l’économie repose sur une seule industrie et qui a évolué dans un environnement minier, on ne peut sous-estimer l’importance des relations avec le public dans le cadre de la construction et de l’exploitation d’une mine au cœur de la ville. Afin de répondre aux inquiétudes concernant les dommages possibles que pourrait causer le projet au fil des ans aux propriétés privées et aux biens de l’État au-delà du talus de protection, PGM a adopté une approche proactive en obtenant des données de référence sur la construction de la structure pour certains des bâtiments situés à proximité de la mine, et a établi un protocole pour répondre aux éventuelles préoccupations du public. Toute personne jugeant que l’exploitation de la mine a entraîné des dommages à sa propriété peut déposer une demande d’indemnisation auprès de la coordinatrice de la liaison communautaire de PGM. Les employé(e)s de PGM mèneront une enquête initiale et, si nécessaire, un(e) ingénieur(e) tiers sélectionné(e) par PGM effectuera une inspection distincte et finira par établir la cause du dommage et le recours possible. Depuis mars 2013, la société a reçu 29 demandes d’indemnisation quant à des dommages possibles à des propriétés ; neuf de ces réclamations ont abouti à une indemnisation au propriétaire du bien et, depuis le début du mois de juillet, deux font encore l’objet d’une enquête.

En concevant une exploitation dont l’impact sera minimisé, PGM espère inspirer d’autres mines dans le monde. L’exemple de la mine Martha de Newmont en Nouvelle-Zélande, qui est exploitée depuis 1987 à côté d’une ville, a incité la société à créer un comité consultatif communautaire pour Hollinger composé de membres de la collectivité locale. « Il s’agit d’un comité de rétroaction entre la communauté et la société », expliquait Mme Buttineau. « Si, pour une raison ou pour une autre, quelqu’un hésite à s’entretenir directement avec la société concernant un problème, cette personne pourra prendre contact avec l’un des membres du comité. »

PGM a également étudié le modèle de la mine Canadian Malartic au nord-ouest du Québec, dont l’exécution du projet avait entraîné en juillet 2008 le déplacement par Osisko Mining d’environ 150 foyers dans une nouvelle communauté afin de laisser la voie libre aux activités de la mine. Comme pour la mine Hollinger, la société avait construit un talus pour séparer la mine du reste de l’environnement bâti, utilise de nombreux pare-éclats pour les explosions et a organisé de nombreuses sessions ouvertes au public pour informer les résidants des développements à la mine.

L’expérience de la mine Canadian Malartic a également aidé PGM à envisager la question de la réhabilitation du terrain lors de la fermeture de la mine Hollinger, dont la durée de vie est de huit ans. « Exploiter une mine est une chose ; la fermer en est une autre », indiquait M. Zuidema. « Nous basons nombre de nos travaux sur leurs expériences. »

Le projet plus vaste de réhabilitation du terrain de la mine Hollinger consiste à convertir un jour le site minier de 250 acres en une infrastructure publique détenue par la ville qui pourrait inclure des sentiers de randonnée pédestre, un camping et un lac extrêmement profond.

Comme l’expliquait Mme Buttineau, la réhabilitation du terrain se fera progressivement, en commençant par l’ensemencement du talus. Un réseau de sentiers sera ensuite développé autour du périmètre extérieur du talus. À la fermeture de la mine, les sentiers seront étendus de part et d’autre du talus, et les pentes seront rectifiées à certains endroits pour en améliorer l’accès. Enfin, la majeure partie de la mine à ciel ouvert sera inondée de manière à créer un lac d’environ 800 mètres par 500 et dont la profondeur atteindra 120 mètres à mesure que l’eau s’accumule doucement au fonds de la mine. Le plan proposé par la société pour le site est attendu pour la fin de l’année.

« Notre souhait est de rendre les terres à la ville », expliquait Mme Buttineau en parlant du plan d’utilisation des terres qui est actuellement en cours de finalisation. « Ces terres deviendront les joyaux de la couronne au centre-ville de Timmins. »

 

Traduit par Karen Rolland


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