septembre 2014

Vapeur propre

Malgré la hausse de la demande, il n’est pas prévu que la production de gaz naturel augmente. Ainsi, le nucléaire pourrait-il constituer une solution à court terme pour les exploitations de sables bitumineux ?

Par Christopher Pollon | Illustrations par Chloe Cushman

Chloe Cushman Illustration

Cela ressemblait à de la science-fiction. En mai 2005, alors que les prix du gaz naturel étaient en hausse, Jerry Hopwood, alors directeur général des applications pour réacteurs avancés à Énergie atomique du Canada Limitée (EACL), émettait une idée radicale : l’heure des petits réacteurs modulaires (PRM) était venue. Ces mini-centrales nucléaires pouvaient être assemblées aussi facilement que des Lego dans des sites industriels isolés et ce, à une fraction du coût des anciens réacteurs canadiens. Cette technologie présentait un intérêt particulier pour les projets énergivores menés en Alberta.

En effet, les besoins énergétiques croissants des méthodes d’extraction du bitume sur place telles que le drainage par gravité au moyen de vapeur (DGMV), qui dépendent de la production de vapeur que certains PRM sont tout à fait en mesure de gérer, rendraient le nucléaire de plus en plus attrayant. « Les aspects économiques feront pencher la balance en faveur du nucléaire », affirmait M. Hopwood.

La hausse du coût du gaz naturel était la principale raison de l’intérêt de l’industrie des sables bitumineux pour le nucléaire, mais M. Hopwood avait un autre argument. À l’époque, le Canada faisait partie des pays signataires du protocole de Kyoto, et les émissions de gaz à effet de serre (GES) des sables bitumineux menaçaient de devenir un boulet pour l’industrie.

Retour sur le présent, près de dix ans plus tard : la technique de fracturation hydraulique a provoqué une brusque baisse des prix du gaz naturel, aussi ce dernier reste le principal combustible qu’utilisent les producteurs de sables bitumineux albertains. L’Amérique du Nord regorge de cette ressource peu coûteuse, mais l’industrie des sables bitumineux aura besoin à l’avenir d’une quantité colossale de ce combustible pour survivre. Le Canadian Energy Research Institute (CERI) a prédit en juillet que la consommation de gaz naturel pour l’extraction des sables bitumineux augmenterait d’ici 2046, passant de 1 474 millions de pieds cubes par jour (Mpi3/j) en 2013 à près de 3 753 Mpi3/j (les émissions, qui augmenteront en parallèle, pourraient donc elles aussi tripler au cours de cette période).

L’industrie des sables bitumineux n’est cependant pas la seule à vouloir dévorer du gaz naturel à petit prix. La société Caterpillar a annoncé que les tombereaux de chantier et les locomotives de mine seraient parmi ses premiers produits à fonctionner au gaz naturel. Trois des principaux constructeurs automobiles ont lancé des camionnettes « bicarburant » qui fonctionnent aussi bien à l’essence qu’au gaz naturel, et l’uti - lisation du gaz naturel est déjà un fait établi dans divers parcs, des camions à ordures aux semi-remorques et aux autobus.

Les générateurs électriques se tournent eux aussi de plus en plus vers le gaz naturel. La publication « Perspectives à long terme » de 2012 de l’association Alberta Electric System Operators (AESO) prévoyait que d’ici 20 ans, « la composition future des sources de production d’électricité en Alberta devrait passer d’un parc à prédominance de charbon à un parc au gaz naturel ».

Parallèlement, Dinara Millington, l’auteure principale de la recherche du CERI, affirme que si une combinaison quelconque d’usines d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) se met en place en Colombie-Britannique et aux États-Unis, les prix du gaz naturel en Amérique du Nord pourraient grimper d’ici la fin de la décennie. « Le GNL et la forte croissance du transport maritime de gaz [destiné à l’exportation] favoriseront le développement d’un marché mondial du gaz naturel, marqué par une légère remontée des prix en Amérique du Nord et par une tendance à la baisse des prix en Asie. » De plus, l’instabilité du marché du gaz naturel est un fait notoire : ses prix sont généralement 50 % plus instables que ceux du pétrole brut.

La vulnérabilité de l’industrie à cette instabilité, combinée aux nouvelles incertitudes qui entourent la structure de prix du carbone aux échelles provinciale, nationale et mondiale, pourrait-elle finir par rendre aux petits réacteurs nucléaires leur attrait ? Suivant: Des micro-réacteursnucléaires en développement


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