octobre 2014

Canaliser l'avenir

D'après l'économiste Patricia Mohr, la reprise du cours du cuivre prendra des années, mais le zinc gagne en intensité

Par Virginia Heffernan

Patricia Mohr, vice-présidente à l'économie et spécialiste des marchés des produits de base à la banque Scotia de Toronto, est connue pour la précision avec laquelle elle prévoit les prix des marchandises. Elle est chargée du développement de l'indice des prix des produits de base de la banque Scotia, le premier indice servant à mesurer les tendances des prix des produits de base canadiens dans les marchés d'exportation. En 2013, elle a remporté le prix Apex de Metal Bulletin pour avoir fourni les prévisions les plus précises du prix des métaux et de l'or pour 2012. Mi-septembre, Mme Mohr a partagé son point de vue sur les marchés avec l'équipe du CIM Magazine. Selon elle, le prix du cuivre sera stable ou légèrement à la baisse au cours des deux années à venir, et le zinc se taillera une place de choix sur le marché des métaux communs.

L'ICM : Quels sont les facteurs influençant le prix du cuivre cette année ?

Mme Mohr : Le prix du cuivre est au plus bas depuis son prix record en 2011 (4,65 $ US/livre), mais il reste tout de même rentable. Nous amorçons un décollage cyclique des prix des métaux communs, mais le cuivre ne fera sans doute pas partie du groupe qui remontera la pente au cours des 18 mois à venir car les offres des nouvelles mines continuent d'émerger. À 3,15 $ US la livre, les prix restent rémunérateurs pour la plupart des sociétés minières spécialisées dans le cuivre, et ils génèrent une marge de profit moyenne de 28 % sur les coûts totaux correspondant au seuil de rentabilité, dont la dépréciation et les intérêts de la dette.

L'ICM : À quoi doit-on s'attendre du côté de l'offre pour la fin de l'année 2014 et pour 2015 ?

Mme Mohr : Une autre vague d'offre est sur le point de faire son apparition, provenant notamment de trois nouvelles mines au Chili (Mina Ministro Hales, Caserones et Sierra Gorda), deux au Pérou (Toromocho et Las Bambas), une en Colombie-Britannique (Red Chris) et une grande mine en Zambie (Sentinel). Beaucoup de nouvelles offres proviennent de la Zambie et du Congo, notamment des projets « terres incultes » et le développement de mines sur des friches industrielles. On observe un certain nombre de développement de friches industrielles aux États-Unis, et KGHM International prévoit de relancer la production à la mine d'Afton-Ajax en Colombie-Britannique d'ici 2019. Ainsi, globalement, bon nombre de nouvelles offres émergent.

L'ICM : Et du côté de la demande ?

Mme Mohr : La demande en cuivre reste relativement forte en Chine, où la consommation est renforcée par la forte production automobile et les investissements dans des liaisons ferroviaires à grande vitesse et des logements sociaux. Malgré les préjugés négatifs concernant l'économie de la Chine, la réalité est que le pays connaîtra sans doute encore cette année une croissance du PIB de 7,4 %. On observe effectivement un redressement au niveau de la construction résidentielle par le secteur privé, mais la Chine compense en développant des logements sociaux (principalement des immeubles), une initiative louable que l'on évoque rarement. En zones urbaines, les Chinois détruisent des bidonvilles entiers pour les remplacer par de nouveaux logements, et ils construisent également de nouvelles rames de métro et lignes de chemin de fer. Toutes ces activités requièrent une grande quantité de cuivre. La consommation de cuivre de la Chine ralentira par rapport à la croissance de 12 % l'année dernière, mais elle avoisinera tout de même les 8,5 %.

L'ICM : Quelle proportion de la production mondiale de cuivre la Chine consomme-t-elle ?

Mme Mohr : La Chine consomme 46 % du cuivre raffiné produit à l'échelle mondiale, et ce chiffre augmente tout doucement. D'ici 2017, on devrait atteindre les 47 % étant donné que la Chine contrôle une grande partie des capacités de fabrication au niveau mondial. En Europe, la croissance économique a été relativement médiocre et a même connu un retournement au deuxième trimestre. Les États-Unis prennent de l'essor et l'activité industrielle se porte relativement bien sur ce continent, mais étant donné le changement de la conjoncture économique qui s'est produit cette dernière décennie, le véritable moteur de la demande reste la Chine.

L'ICM : Quelle direction les inventaires des stocks de cuivre prennent-ils ?

Mme Mohr : Les inventaires des stocks de cuivre raffiné ont baissé d'environ 50 % aux bourses LME, COMEX et Shanghai Futures Exchange depuis la fin de l'année 2013. La croissance de la demande est constante et on observe une pénurie de déchets de cuivre dans le monde entier, aussi les transformateurs de métaux ont-ils dû passer aux cathodes de cuivre. Les prix ne sont pas suffisamment élevés pour encourager la commercialisation des déchets de cuivre.

L'ICM : Les interruptions de travail ont affecté l'approvisionnement en cuivre. Cela continue-t-il d'être un facteur ?

Mme Mohr : Récemment, il n'y a eu aucune interruption de travail majeure, mais l'embargo indonésien sur les exportations de minéraux non traités a contraint Freeport McMoRan et Newmont de suspendre leurs activités dans les mines Grasberg et Batu Hijau pendant plusieurs mois. La mine Grasberg est de nouveau en service car Freeport est parvenue à une déclaration commune d'intention avec le gouvernement indonésien en juillet dernier, stipulant qu'un contrat de travail modifié sera négocié dans les six mois à venir. Ceci a permis à la société d'exporter des concentrés à un taux réduit de taxe à l'exportation, mais a engendré des redevances plus importantes sur le cuivre et l'or. Newmont œuvre aussi à atteindre une entente, et je présume qu'elle parviendra à obtenir une offre équivalente. Cependant, les Indonésiens envisagent sérieusement d'augmenter le traitement dans leur pays, et les droits d'exportation sont tenus par le développement de fonderies en Indonésie.

L'ICM : D'autres facteurs ont-ils une influence sur le prix du cuivre ?

Mme Mohr : Le sentiment général qui plane sur le marché quant aux perspectives économiques pour la Chine et la croissance du PIB au niveau mondial sont deux facteurs très importants qui influencent les prix. La force ou la faiblesse du dollar américain entrent également en ligne de compte. Malheureusement, nous prévoyons une reprise de la valeur du dollar américain au cours des 18 mois à venir, ce qui n'est généralement pas de bon augure pour les prix des produits de base libellés en dollars.

L'ICM : Quelles sont vos prévisions pour le prix du cuivre pour les années 2014, 2015 et pour le plus long terme ?

Mme Mohr : D'après moi, les prix atteindront une moyenne de 3,16 $ US la livre cette année et descendront à 3 $ US la livre l'année prochaine. En termes d'intérêt du marché, le cuivre passera le flambeau au zinc dans les deux années à venir, et la performance du zinc devrait être exemplaire. D'ici 2020, les prix du cuivre devraient, selon moi, remonter de manière retentissante, mais cela prendra du temps. Les offres des nouvelles mines continuent d'émerger et le marché devra les absorber.

Traduit par Karen Rolland


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