octobre 2014

Taux de change

Keith Spence, initié et génie en matière d'investissement dans le secteur minier basé en Chine, explique comment le pays est passé du stade de bénéficiaire des investissements à celui d'investisseur

Par Chris Balcom

RAPPORT SPÉCIAL : LA CHINE

Ces dernières années, les grands changements réalisés par la Chine dans le secteur minier ont attiré l'attention du monde entier. Peu de personnes comprennent mieux le développement du pays que Keith Spence, qui travaille en Chine depuis plus d'une décennie. Fort de son expérience en géologie et en services bancaires d'investissement, M. Spence s'est rendu en Chine pour la première fois alors qu'il était président d'une société d'exploration établie à Xinjiang, pour ensuite devenir l'une des premières personnes influentes de Chine en matière d'investissement à l'étranger dans le secteur minier. À l'heure actuelle, M. Spence est président et partenaire de Global Mining Capital Corporation, une société spécialisée dans l'investissement en capital et le partenariat avec des investisseurs chinois cherchant à faire des acquisitions au niveau international. M. Spence est un éminent conférencier et un ancien membre du conseil d'administration de l'ICM ; il a reçu plusieurs prix, dont la médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II et le prix d'économie des minéraux Robert Elver.

L'ICM : En vous fondant sur votre propre expérience, comment expliqueriez-vous la montée en puissance de la Chine en tant qu'investisseur majeur sur la scène des projets miniers étrangers ?

M. Spence : De 1999 à 2004, nous avons constaté une arrivée en masse des investissements en Chine étant donné que le pays venait de modifier ses lois concernant la possibilité pour les étrangers d'investir dans le secteur minier. La Chine, à ce moment-là, avait besoin d'argent. Cela peut paraître grotesque aujourd'hui, mais c'était à l'époque la triste réalité. Le pays avait besoin d'argent, d'expertise en matière de gestion et aussi d'aide technique, notamment dans le domaine de l'exploration.

Ensuite, entre 2004 et 2005, la Chine a commencé à changer de rôle, et est passée du statut de pays importateur de capitaux à celui d'exportateur. Le tournant de cette époque a été marqué par l'offre d'achat faite par China Minmetals à Noranda. La tentative de Minmetals a été infructueuse, mais c'est à ce moment-là que nous avons commencé à considérer la Chine comme un partenaire détenant des fonds importants.

Depuis, nous avons observé des changements au niveau du type de projets que recherchent les Chinois. Les géographies qui les intéressent ont considérablement changé au fil du temps, de même que les types de métaux et les acteurs.

L'ICM : Commençons par les acteurs. Les entreprises publiques sont-elles celles qui investissent le plus à l'étranger ?

M. Spence : Au départ, oui, car elles seules disposaient des ressources et de l'expertise technique suffisantes pour aller à l'étranger. Elles étaient également les seules à obtenir l'autorisation, car pour acheter à l'étranger, l'État doit vous donner son accord.

Aujourd'hui, on observe une plus grande diversification au niveau des types d'investisseurs. Des sociétés d'autres secteurs souhaitent investir dans l'exploitation minière, et on voit également surgir des petites sociétés minières et des sociétés minières privées. Ainsi, ces dernières années ont été marquées par une plus grande variété.

L'ICM : Qu'en est-il des changements géographiques ?

M. Spence : Les premières années, la Chine accordait une plus grande attention à l'Afrique, ce qui était tout à fait naturel étant donné les liens fort qu'elle entretenait avec de nombreux pays du tiers monde. La plupart des premiers investissements ont eu lieu en Afrique en raison des relations diplomatiques. Bien qu'ils concernent le secteur minier, les investissements africains étaient liés à des développements de l'infrastructure. De nombreux investissements ont également eu lieu en Amérique latine.

La période de prospérité se poursuivait, aussi la Chine a commencé à étendre ses investissements à l'Australie, au Canada, ainsi qu'à l'Asie centrale et du sud-est. Avec la récession, l'appétit de la Chine pour les risques n'est plus aussi marqué et elle se concentre davantage sur des endroits moins risqués du point de vue politique. Les pays en tête de liste sont maintenant le Canada et l'Australie.

L'ICM : À quel genre de projets et de minéraux les investisseurs chinois s'intéressent-ils ?

M. Spence : Les projets en phase finale et proches de la phase de développement sont ceux qui attirent le plus leur attention. Il s'agit du point de frappe idéal des Chinois en ce moment, lesquels ne s'intéressent pas beaucoup aux premières étapes d'exploration.

En termes de minéraux, la plupart des incursions chinoises à l'étranger concernaient ce que j'appelle les « quatre grands », à savoir le cuivre, le minerai de fer, le charbon métallurgique et, dans une certaine mesure, l'or. Aujourd'hui, la Chine se concentre sur l'or et, dans une certaine mesure, le cuivre.

L'ICM : Quels changements de structure du capital social les investisseurs chinois recherchent-ils depuis leurs premières incursions à l'étranger ?

M. Spence : Au début, aucune entente ne pouvait être conclue sans être soumise à la participation majoritaire. Certains insistent encore sur l'importance de la participation majoritaire, mais cette demande a perdu du terrain. Aujourd'hui, les Chinois commencent à envisager des investissements stratégiques de l'ordre de 20 à 30 % ainsi que des entreprises communes. Toutes ces transactions impliquent généralement une sorte d'accord d'écoulement de la production de minerai. Cette structure n'est pas sans rappeler le modèle japonais des années 1970, dans lequel la participation des Japonais dans la société étrangère était minoritaire, mais leur donnait également accès à la production minérale. Ceci présente de nombreux avantages. Vous permettez à la société étrangère d'exploiter la société et de gérer les enjeux techniques et de gestion, tout en gardant accès à ce qui vous intéresse, à savoir les matières premières.

L'ICM : Quel genre de difficultés les Chinois ont-ils rencontré dans leur poursuite d'actifs miniers étrangers ?

M. Spence : Les normes de travail sont bien moins strictes en Chine qu'elles ne le sont dans d'autres pays, aussi des problèmes ont émergé lors de certains des investissements en Afrique et en Amérique latine. L'autre problème concerne la gestion de questions annexes, auxquelles la Chine n'a pas vraiment accordé l'attention qu'elles méritaient. Je citerais comme exemple le cas de l'une de ces sociétés qui détient un projet au Pérou mais qui n'a pu le développer en raison de l'opposition au niveau local.

Dans les pays plus développés, on observe une sorte de réaction brutale, une forme de nationalisme, comme cela a été le cas avec l'achat par la compagnie pétrolière chinoise CNOOC de Nexen, où les gens disaient « bien sûr, vous pouvez investir dans notre pays et acheter de petites sociétés sans importance ; mais il est hors de question que vous nous preniez nos trésors ou trophées nationaux ».

Un autre problème qu'ont rencontré les Chinois lors de leurs investissements à l'étranger est que leur notion de bonne diligence ne correspondait pas forcément à celle de l'Amérique du Nord. Sur la base de critères purement économiques, ils ont fait des acquisitions et se sont ensuite rendus compte de problèmes dont ils n'étaient pas conscients.

L'ICM : La sécurité d'approvisionnement est-elle à l'origine des investissements actifs de la Chine à l'étranger ?

M. Spence : Je dirais qu'il existe trois raisons principales. La première concerne ce dont tout le monde parle, à savoir garantir une source de matières premières. La seconde est que la Chine s'attend également à ce que certaines de ces acquisitions viennent renforcer les compétences techniques et de gestion du pays. En procédant à ces acquisitions, les Chinois apprendront comment mener leurs activités à l'étranger et se formeront aussi à certaines compétences en matière de marché financier.

Mais la raison la plus importante à l'origine de ces investissements est sans doute le souhait de la Chine de diversifier ses importantes réserves étrangères. Aux dernières nouvelles, la Chine disposait de plus de 3 trillions $ en réserves étrangères, dont la plupart sont des instruments financiers exprimés en dollars américains. Une autre façon de gérer une partie de cet argent peut consister à l'investir dans des biens durables tels que les ressources minérales, et comme une valeur refuge contre le dollar américain. Il s'agit tout simplement d'une bonne gestion du portefeuille.

L'ICM : Quelles leçons les Chinois peuvent-ils tirer pour l'avenir ?

M. Spence : La première est qu'ils doivent faire appel à des conseillers étrangers pour chacune de leurs acquisitions, notamment des conseillers techniques et financiers, mais également des conseillers spécialisés dans les questions de responsabilité sociale des entreprises (RSE), d'environnement et de gestion des risques politiques. L'intervention de ces conseillers est indispensable à la réussite d'une acquisition à l'étranger.

L'ICM : Que réserve l'avenir pour les investissements chinois ?

M. Spence : Selon moi, les Chinois sont désormais davantage axés sur leurs investissements internationaux et ils ont libéralisé les règles de sorte que seuls les instruments importants, et non pas tous, aient besoin d'être approuvés par le gouvernement. Les perspectives d'avenir semblent positives.

Les prix des minéraux sont au plus bas. Je dis souvent à mes partenaires chinois que c'est le moment idéal d'acheter sans regarder. L'ironie dans tout cela, c'est que les Chinois étaient en réalité bien plus agressifs sur les marchés d'investissements à l'étranger lorsque les prix étaient élevés. Maintenant, ils font un peu plus attention car ils sont plus au courant de certaines choses et doivent faire face à certaines difficultés. Il faut s'attendre à une hausse des investissements et des fusions et acquisitions de la part de la Chine, à l'initiative cependant d'un investisseur chinois plus sophistiqué et mieux informé.

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La mine Fankou a subi de grands changements ces dernières années

Traduit par Karen Rolland


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