octobre 2014

Innovation

L'argument commercial en faveur de l'innovation ouverte

Par Carl Weatherell

En mars 2000, la société Goldcorp a diffusé sur Internet 45 années de données exclusives sur sa mine Red Lake dans le nord-ouest de l'Ontario et ses environs. La société a invité le monde entier à utiliser ces données afin de soumettre des méthodes de prospection, et a reçu 1 400 propositions. À partir de ces propositions, Goldcorp a sélectionné 25 demi-finalistes et 3 finalistes qui ont identifié 110 cibles d'exploration. La moitié de ces cibles n'étaient pas connues des géologues travaillant à la mine, et 80 % d'entre elles ont depuis révélé d'importants gisements. Elles ont permis d'identifier 8 millions d'onces d'or, et de faire passer la valeur de la société d'environ 100 millions $ à 9 milliards $. Le succès de Goldcorp est également l'une des rares études de cas sur l'innovation ouverte réalisées par des sociétés minières.

Beaucoup de sociétés ont du mal à comprendre la notion d'innovation (sans parler de celle d'innovation ouverte), car elles l'associent à celle de la R&D (recherche et développement), ce qui ne reflète pas du tout la réalité. L'innovation, dans le contexte de l'industrie des minéraux, concerne l'introduction d'un nouveau concept dans le secteur, par exemple des idées, une technologie, des procédés ou des travaux de recherche qui présentent une valeur mesurable et économique. Si elles n'ont pas de lien direct et tangible avec les moteurs économiques du secteur, les activités qualifiées d'innovation sont simplement des activités, et non une innovation.

L'innovation ouverte va plus loin. Elle vise à offrir de nouveaux procédés, idées, technologies ou recherches provenant de l'intérieur et de l'extérieur d'une société individuelle ou du secteur des minéraux. Ceci pourrait impliquer de collaborer avec d'autres sociétés, fournisseurs, équipementiers, établissements d'enseignement supérieur et universités en vue d'améliorer les résultats. Comme le montre l'exemple de Goldcorp, l'ouverture d'esprit peut fournir des solutions qui réduisent le niveau de risque et relèvent le taux de réussite, et qui promeuvent la culture de l'innovation dans le processus.

Un autre avantage que procure l'innovation ouverte est la réduction des coûts. En 2010, AngloGold Ashanti a créé le Technology Innovation Consortium (TIC, le consortium de l'innovation technologique), une organisation dédiée à l'innovation ouverte en Afrique du Sud constituée d'équipementiers, de fournisseurs et d'instituts de recherche. Avec le TIC, AngloGold espère trouver une solution aux profondes difficultés que représente l'exploitation minière durable et sûre en réadaptant les technologies sûres existantes à l'industrie minière afin de remplacer les méthodes de forage et de sautage. Bien que ces travaux ne soient pas encore terminés, AngloGold a pu réduire ses coûts nets de maintien de 22 % à l'aide des résultats de l'approche d'innovation ouverte. L'équipe y est parvenue en augmentant les sources d'idées et en partageant les solutions à des enjeux spécifiques tout en atténuant les coûts de développement.

L'innovation ouverte a beau être rare dans le secteur minier, ce n'est cependant pas un concept nouveau ; en effet, beaucoup de sociétés d'autres secteurs de notre économie pratiquent cette approche. BMW, Procter and Gamble, Tesla, PricewaterhouseCoopers, IBM et Google font partie des sociétés qui, ces dernières décennies, ont eu recours à cette stratégie et en ont vu les bénéfices.

Bien entendu, de nombreux mythes entourent l'innovation ouverte. Le premier concerne la valeur perçue de la propriété intellectuelle (PI) développée en interne. Au vu des changements rapides dans l'économie mondiale de nos jours, les sociétés de tous les secteurs cherchent à développer et à exécuter leurs projets rapidement. Dans l'industrie des minéraux, les sociétés cherchent à mettre en œuvre de nouveaux projets miniers aussi vite que possible en minimisant les dépenses en capital. Dans ce contexte, les sociétés auraient tout intérêt à éviter de perdre leur temps et leur argent à essayer d'obtenir un brevet pour leur PI et devraient se concentrer sur le développement rapide. Le directeur d'une société minière que nous avons rencontré récemment expliquait que sa société avait généré un grand nombre de droits de propriété intellectuelle (DPI), mais était convaincu que, plutôt que de les protéger, il serait plus intéressant de s'ouvrir aux parties externes et de leur donner accès à ces DPI afin qu'elles s'en servent et les développent.

La notion selon laquelle les sociétés peuvent collaborer tout en étant concurrentes est également associée à la question des DPI. L'innovation ouverte repose sur la collaboration et la co-création, parfois avec des concurrents, d'une technologie, d'un processus ou d'une PI donnés. Dans ce cas, la valeur de l'innovation ouverte pour ces activités provient du profit engendré individuellement ou collectivement par le biais des actifs créés conjointement. Par exemple, deux sociétés développent conjointement des brevets pour une technologie de base efficace et peu coûteuse de contrôle des émissions, qui bénéficie aux deux sociétés dans des marchés différents. Aucun des partenaires n'est cependant une société de produits, aussi ils cèdent la PI à une société de fabrication en démarrage financée par des investisseurs externes afin qu'elle se charge de produire leur technologie. La société est commercialisée conjointement par les partenaires et vient compléter la gamme d'offres de service actuelle proposées par ces derniers à chacun de leurs clients.

Il est important pour les sociétés minières de répondre aux enjeux techniques majeurs afin de pouvoir renforcer la valeur pour l'actionnaire. Imaginez que vous puissiez découvrir de nouveaux gisements plus rapidement et ce, pour une fraction du prix. Imaginez que vous puissiez réduire vos dépenses d'exploitation de 5 % par an grâce à un meilleur rendement énergétique. Imaginez que vous puissiez totalement éliminer l'échantillonnage par grappillage des eaux réceptrices ou des résidus. Ces exemples font partie des plus grandes difficultés techniques que rencontre l'industrie, et pourtant elle ne les a toujours pas résolues. Adopter une approche d'innovation ouverte sera le seul moyen de pouvoir ne serait-ce qu'envisager d'y faire face, sans parler de la réussite qui s'ensuivra.

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Carl Weatherell
Carl Weatherell est le directeur exécutif et président directeur général du Conseil canadien de l'innovation minière (CCIM). Conseiller en innovation, il est connu pour sa capacité à découvrir de nouvelles façons de faire les choses et à mettre à exécution de nouvelles idées. Il a un don pour la mise en relation et rassemble souvent des personnes, groupes et organisations disparates n'ayant à première vue aucun lien pour créer de nouveaux partenariats.

Traduit par Karen Rolland


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