octobre 2014

Relations communautaires

L'investissement responsable : les bienfaits d'une bonne gestion des risques sociaux

Par Monica Ospina

À une époque où les prix des substances utiles sont faibles et où la demande pour une production à bas prix ne cesse de croître, il est très tentant de se concentrer sur les coûts à court terme et de laisser de côté les questions à long terme telles que la création d'une relation de collaboration avec les communautés dans la zone d'influence d'une mine. Mais les sociétés minières perspicaces étudient ces tendances en fonction des demandes des investisseurs. Depuis la crise financière de 2008, les investisseurs institutionnels sont devenus plus conscients de l'importance de disposer de portefeuilles sains à court et long termes. Ils ne peuvent plus se permettre de soutenir des sociétés exposées à un conflit social ou ne disposant pas de programmes d'atténuation des risques adaptés à leurs activités.

Ceci s'explique notamment par la croissance rapide des principes pour l'investissement responsable (PIR). Cette initiative indépendante a été requise par les Nations Unies en 2005 et officiellement promulguée par le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan en 2006. Elle vise à encourager les investisseurs à intégrer des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs décisions relatives à l'acquisition ou l'investissement dans des sociétés. Les PIR encouragent les sociétés à incorporer des pratiques exemplaires telles que la durabilité et la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Cette attention accrue portée à l'investissement responsable oblige les sociétés minières à prouver qu'elles ont mis en place des pratiques de durabilité autour des facteurs ESG pour s'assurer un financement à long terme.

Les actionnaires s'engagent à maintenir leurs investissements sur une échelle de 10 à 20 ans, aussi ils veulent être sûrs que les sociétés dans lesquelles ils investissent ont mis en place des procédures qui assureront que ces actifs restent sains. Ceci implique de gérer les risques sociaux. Les répercussions d'un projet minier sur certaines personnes ou populations pousseront ces dernières à exprimer leurs inquiétudes et mécontentement, ce qui pourrait notamment se traduire par un conflit, des perturbations des activités, des barrages routiers ou des actes de vandalisme. Ces réactions peuvent avoir toutes sortes de retombées sur un projet minier, depuis des ralentissements de la production sur le court terme jusqu'à la fermeture définitive de la mine.

Prenons comme hypothèse une ville d'Amérique du Sud dans laquelle le tombereau d'une mine des environs heurte et écrase deux poulets appartenant à un(e) fermier(ère) de la région. Si la société a mis en œuvre des bonnes pratiques en matière de relations communautaires et a instauré des voies de communication par le biais d'un dialogue continu ou de mécanismes d'arbitrage, le/la propriétaire des poulets saura à qui s'adresser et que faire pour exposer son cas ; il/elle sera également assuré(e) que la société le/la remboursera pour ses pertes.

Si toutefois la société n'a pas tenu compte du souhait de ses actionnaires, ne respecte pas la communauté et ne fait pas d'efforts pour se rapprocher des membres de la collectivité, ces deux poulets pourraient bien devenir la pomme de discorde entre la communauté et la société, et aboutir à un conflit social. Il est difficile de quantifier les coûts d'un tel conflit, mais en admettant qu'elle ne tienne aucun compte des risques, la société pourrait s'exposer à des pertes s'élevant à plusieurs millions de dollars si, par exemple, la révolte de la communauté entraînait des barrages routiers, des articles de presse diffamatoires et une réputation à jamais ternie.

Si elle souhaite instaurer de bonnes relations avec les parties prenantes et s'assurer que la RSE est appliquée en bonne et due forme, une société ne peut pas uniquement compter sur la philanthropie. Beaucoup trop de sociétés de l'industrie minière tablent uniquement sur cette approche. Cependant, les dons à des églises locales ou à des ONG ne remplacent ni l'engagement communautaire ni la gestion des risques. Entretenir de bonnes relations avec les communautés implique de renforcer les partenariats, souvent en créant des opportunités socioéconomiques pour les populations locales. Ceci signifie notamment de s'engager à acheter au niveau local et de planifier le développement du projet autour de la capacité des économies locales et du niveau de connaissances des collectivités.

En outre, l'équipe de direction de la société minière devra intégrer les relations communautaires dans l'ensemble de ses activités. Dès le départ, les sociétés minières devraient adopter une approche professionnelle envers les communautés se trouvant dans les zones directes et indirectes d'influence. C'est à ce moment-là que la société minière doit commencer à s'engager auprès de la communauté en trouvant les moyens de comprendre l'environnement socioéconomique et d'instaurer des relations à long terme. Tout comme l'exploitation, il s'agit d'un processus continu qui fait partie des activités quotidiennes.

En outre, les sociétés doivent être capables de gérer les accidents lorsqu'ils se produisent. Il est important de savoir s'il existe un plan efficace pour faire face à ces éventuels problèmes. Si la société a déjà établi un lien solide avec la communauté et mis en œuvre des voies de communication, elle pourra discuter de ces problèmes et les résoudre plus facilement et dans le respect des collectivités locales.

Il faut bien comprendre qu'en ne tenant aucun compte des questions de durabilité et de RSE, les sociétés minières pourraient se retrouver confrontées à des coûts importants, notamment lorsque le développement des PIR indique que les investisseurs reconnaissent l'importance de sociétés bien gérées qui savent atténuer les risques sociaux, éviter le conflit social et garantir un environnement sain pour assurer la longévité de leur exploitation.

Monica_Ospina
Monica Ospina est la fondatrice et directrice du cabinet-conseil de développement économique et social OTrade, qui se spécialise dans les industries extractives (otrade.ca).

Traduit par Karen Rolland


Retour à la table des matières | Éditorial : Les programmes de géométallurgie | Rapport spécial : la Chine | Voyage : LincangSection technologie : contrôle de l'équipement  | Section Communauté : Les actualités de l'ICM du Canada et d'ailleurs

Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF