novembre 2014

Une entaille en amont

Les griffes de montage engendrent d'importants gains de production pour les sociétés canadiennes

Par Eavan Moore

Au troisième trimestre 2014, il est maintenant évident que l'année a été positive pour Claude Resources. La production aurifère de la société d'exploitation de l'or basée à Saskatoon a augmenté de 63 % par rapport à 2013 depuis le début de l'exercice, notamment grâce à la mise en œuvre réussie de la méthode d'exploitation minière par Alimak sur le site de sa mine Seabee en Saskatchewan.

« Il s'agit de l'un des moteurs de notre redressement », explique Brian Skanderbeg, premier vice-président et directeur de l'exploitation chez Claude Resources. « Ce n'est pas le seul, mais c'est l'un des plus importants. »

La méthode utilisant les griffes de montage, plus connue sous le nom de méthode d'exploitation minière par Alimak par référence à la société qui l'a introduite, est une variation de l'exploitation en gradins par longs trous développée pour les corps minéralisés tabulaires et à filons étroits. Les utilisateurs de cette technique ont constaté qu'elle permettait d'atteindre plus rapidement la phase de production en concentrant les travaux de développement à l'intérieur du corps minéralisé.

Dans l'exploitation en chambre vide classique, l'abattage au toit et le havage donnent accès au minerai latéralement. Les forages peuvent seulement atteindre une certaine profondeur, aussi l'approche traditionnelle requiert de creuser des sous-niveaux environ tous les 25 mètres. L'exploitation minière par Alimak utilise un équipement spécialisé baptisé griffe de montage (que l'on appelle généralement « Alimak ») pour creuser une monterie du niveau le plus bas de l'enceinte au niveau le plus haut après le pendage du corps minéralisé. En éliminant les niveaux intermédiaires, on économise une grande partie du temps et des dépenses associés au développement latéral.

Cette caractéristique était la plus prisée par la société Claude Resources, laquelle a adopté la méthode par Alimak dans sa zone L62 à Seabee à la fin de l'année 2013. Le centre d'intérêt se trouvait à 200 mètres de l'infrastructure d'origine ; en comptant les travaux de développement latéral, creuser une enceinte de 100 mètres de haut à Seabee aurait pu prendre entre 16 et 18 mois avec la méthode d'exploitation en gradins par longs trous. Avec l'exploitation minière par Alimak, il a fallu seulement neuf mois.

La méthode

Après qu'un consultant externe ait suggéré une réduction des coûts en utilisant la méthode par Alimak, Claude Resources a pris comme exemple la mine Williams de Barrick Gold. La mine Williams a développé sa production par Alimak il y a plusieurs années, avec l'aide des spécialistes des filons étroits de la société Manroc Developments Inc.

Les entrepreneurs de Manroc travaillant à la mine Williams construisent un « nid pour la machine à griffe » dans l'éponte supérieure se trouvant juste à l'extérieur du bas de chaque enceinte. Ils font sauter les premiers mètres de la monterie et installent ensuite la machine à griffes sur un rail de guidage incurvé du nid jusqu'à la monterie. La cabine d'une griffe peut accueillir deux à trois personnes ainsi que l'équipement de forage et d'abattage dont elles ont besoin. Une fois que le haut de l'enceinte a été atteint, les mineurs contrôlent les parois de la monterie à mesure qu'ils redescendent. Ils poursuivent leurs activités et amènent les câbles d'ancrage au centre de la monterie, les scellent et forent des trous de production. Après chaque série d'abattage à l'explosif, le minerai extrait se déverse dans la monterie et est récupéré par une benne à godet.

Ken McKirdy, ingénieur en chef chez Manroc, explique que la méthode par Alimak offre d'autres avantages que l'accès au minerai. L'un d'eux est la stabilité. Le boulonnage par câble offre un meilleur soutènement grâce à son emplacement dans l'éponte supérieure centrale de l'enceinte, et le minerai extrait vient ajouter un appui en ce qu'il applique une pression vers l'extérieur sur les murs de la monterie. Cette configuration fournit également un aérage si les mineurs laissent l'une des monteries ouvertes après avoir atteint le niveau supérieur. Éviter la structuration de plusieurs niveaux permet un léger gain de temps pendant l'exploitation étant donné que cela élimine des travaux supplémentaires, par exemple la construction d'une barrière avec le matériau de remblai, requis à chaque niveau.

Allison Henstridge, directrice des travaux techniques à la mine Williams, explique que les enceintes creusées par Alimak génèrent des tonnages supérieurs. « Une fois que les travaux sont finis et que vous les faites exploser, vous disposez d'une très bonne source de minerai pour une période plus longue. Nos enceintes à longs trous renferment environ 5 000 à 10 000 tonnes, alors que les enceintes creusées par Alimak contiennent de 20 000 à 30 000 tonnes. Cela demande beaucoup de travail, mais la quantité de minerai récupérée en fin de compte en vaut la chandelle. »

La mine Seabee a dû s'adapter à ce nouveau cycle. « Vous passerez par des phases très productives et des phases peu productives », explique M. Skanderbeg. « Vos cycles de remblais sont donc plus longs et vos cycles de marinage également. Vous finissez par créer des piles de stockage et par les utiliser ; ainsi, en termes de mélange de votre minerai et de garantie de l'approvisionnement de votre concentrateur, il est important que vous gériez bien votre pile de stockage. »

Des améliorations sur la durée

Depuis que Barrick Gold (sur le site Hemlo) et Manroc ont commencé à utiliser l'exploitation minière par Alimak à grande échelle sur le corps minéralisé de la zone C de la mine Williams en 2004, elles ont apporté quelques améliorations à la méthode. L'un des inconvénients de l'exploitation de monteries longues et droites est qu'il devient complexe de suivre le minerai à haute teneur. L'équipe à la mine Williams a initialement développé des monteries de 180 mètres, mais s'est rendue compte qu'elles étaient bien trop hautes. « L'Alimak présente des limitations en termes du degré dans lequel on peut changer le pendage alors que l'on dirige la monterie contre l'éponte supérieure de l'enceinte, aussi on extrait potentiellement une dilution à laquelle on ne s'intéressait pas si l'on pouvait exploiter un gradin par longs trous », explique Mme Henstridge. À l'heure actuelle, la hauteur d'une enceinte classique creusée par Alimak est de 80 à 90 mètres et elle est nettoyée plus souvent, ce qui constitue une grande amélioration en termes de teneur et de programmation. L'étendue longitudinale a également été réduite de 15 à 14 mètres après l'apparition de problèmes au niveau du foudroyage et de la dilution dans l'éponte supérieure.

Les autres améliorations portaient davantage sur la griffe de montage. Manroc, l'équipe de la mine Williams et Orica Ltd. ont collaboré pour installer une chargeuse à émulsions en vrac sur la griffe et pour incorporer des détonateurs électroniques qui permettent de foudroyer une enceinte en une seule fois. En remaniant la configuration de l'appareil de forage, on a pu procéder à un forage d'exploitation en cercle sans avoir à repositionner le trépan plus d'une fois. Un nouveau modèle de voûte a offert plus d'espace pour la plateforme de la griffe. « Nos mineurs la considèrent désormais davantage comme un dispositif de sécurité que comme un point épineux », fait remarquer M. McKirdy.

Gestion des risques

À elle seule, Manroc a accumulé une poignée d'expériences couronnées de succès avec l'Alimak, mais l'adoption de cette technique est encore limitée depuis qu'elle s'est faite connaître dans les années 1990. Lorsque l'on en demande la raison à M. McKirdy, il réplique que « cette technique est relativement nouvelle dans l'industrie minière, et nous nous appliquons à la perfectionner depuis son apparition. D'autres ont essayé mais n'ont pas eu autant de succès que nous ». Selon lui, les sociétés qui ont tenté de l'adopter sans succès ont sans doute commis l'une des deux erreurs fondamentales, à savoir elles ont peut-être lésiné sur le nombre de câbles d'ancrage, ou elles ont creusé une enceinte trop grande.

Les coûts généraux sont inférieurs, mais l'exploitation de cette méthode coûte plus cher, ce qui pourrait dissuader certains mais ne déconcertent pas ses adeptes. « Le coût par tonne est légèrement plus élevé, mais la différence que nous avons observée en termes de productivité par heure-homme et de frais de mise en exploitation par tonne est énorme », indique M. Skanderbeg. « Nous avons constaté des réductions considérables dans nos coûts généraux de soutien.  »

Mme Henstridge attribue les coûts plus élevés de l'exploitation minière par Alimak à la dépendance envers les entrepreneurs ; à la mine Williams, cette dépendance se traduit par une augmentation de 10 % des coûts par rapport à la méthode d'exploitation en gradins par longs trous. Claude Resources a fait appel à Dumas Ltd. pour faciliter la transition vers l'exploitation minière par Alimak, mais gèrera le reste en interne à mesure de son évolution. La société s'est engagée à développer cette méthode au-delà de sa lentille actuelle, relativement restreinte.

« C'est une expérience intéressante pour nous », explique M. Skanderbeg, « et nous continuerons à l'améliorer et à l'utiliser dès que l'occasion se présente ».

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Traduit par Karen Rolland


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