novembre 2014

La productivité est la règle du jeu au MEMO

Au milieu du sombre contexte actuel, les producteurs de minerai de fer canadiens envisagent un avenir brillant

Par Antoine Dion-Ortega et Pierrick Blin

Avec le prix des fines de minerai de fer qui tourne autour des 80$  la tonne, la nécessité d’augmenter la productivité et de réduire les coûts représente un enjeu crucial dans le secteur. Lors de la séance plénière d’ouverture du Colloque sur l’ingénierie, la maintenance, la fiabilité et l’exploitation minière (MEMO) au début septembre, chacun des cinq conférenciers invités a discuté de l’urgence d’innover et de s’adapter au nouveau contexte mondial. « Nous devons nous préparer à un nouveau cycle baissier et potentiellement à une nouvelle réalité », a déclaré Pierre Lapointe, directeur général, Excellence opérationnelle des mines à ArcelorMittal. « Nous pouvons attendre que les prix soient de nouveau à la hausse, ou nous adapter maintenant. »

Le MEMO 2014 s’est tenu à Sept-Îles, au Québec, une ville portuaire importante pour les projets développés plus loin vers le nord dans la fosse du Labrador riche en fer. Il a été organisé conjointement par la section Québec Nord-Est de l’ICM, la Société d’exploitation minière à ciel ouvert, la Société d’exploitation minière souterraine et la Société de l’ingénierie, de la maintenance et de la fiabilité de l’Institut. Cet événement annuel a accueilli 360 participants du secteur des services et de l’approvisionnement ainsi que des ingénieurs de maintenance et des exploitants de mines.

La ville de Sept-Îles reçoit actuellement des signaux contradictoires de l’industrie, puisqu’une mauvaise nouvelle récente a été compensée par des perspectives positives pour l’avenir. L’hiver dernier en effet, Cliffs a ralenti ses activités à sa mine Wabush et à son usine de boulettes de Pointe-Noire, envoyant une onde de choc dans toute la région. Au même moment cependant, ArcelorMittal et la Compagnie minière IOC (IOC) ont maintenu leurs cibles d’expansion respectives, tandis qu’Alderon, Tata Steel et New Millennium Iron poursuivent la mise en valeur de leurs propres projets. Enfin, le port de Sept-Îles est sur le point d’achever la construction d’un nouveau quai multiusager qui plus que doublera sa capacité actuelle d’expédition de 45 millions de tonnes (Mt/a) par an. Le quai sera entièrement mis en service d’ici la fin de 2014 et commencera les expéditions de minerai de fer au début de 2015.

La concurrence mondiale s’est nettement intensifiée cette année, alors que de nombreux projets qui ont démarré pendant la ruée vers le minerai de fer de 2010-2011, entrent à présent en production. « Il y a eu des expansions massives en Australie et au Brésil qui arrivent toutes aujourd’hui à la phase de production, ce qui n’est pas le meilleur moment », a souligné Terry Bowles, président et chef de la direction de la Corporation de gestion de la Voie maritime du Saint-Laurent et ancien président de l’ICM. « Il y a des surplus de minerai de fer, de quelque 72 Mt cette année jusqu’à peut-être 200 Mt en 2015. » Seulement dans la fosse du Labrador, environ 25 Mt s’ajouteront aux 42 Mt actuels quand le projet Kami d’Alderon Iron Ore entrera en production à la fin de 2016 au plus tôt.

Dans un contexte où l’abondance des surplus tire les prix vers le bas, la productivité est la clé. Pourtant, d’après Terry Bowles qui a été président et chef de la direction d’IOC jusqu’en 2010, elle est à la traîne dans la fosse du Labrador. « Les coûts de production sont encore élevés », dit-il. « Dans cette région, les teneurs [en fer] se situent entre 39 % et 28 %, contre 63 % au Brésil. Nous avons une plus mauvaise donne au départ. » Le minerai de fer canadien est au sommet de la courbe des coûts de production, dit-il, tandis que nos concurrents en Australie et au Brésil se situent dans le bas. « Si nous incluons les coûts décaissés, les coûts de maintien et les coûts de transport, nous nous situons dans une fourchette de coûts de 90$  à 120$  la tonne. Alors, quand les prix sont inférieurs à 100$ , c’est difficile de faire de l’argent. »

Louis Cyrenne, vice-président, opérations de Sept-Îles, IOC, est convaincu que son entreprise surmontera ces défis mondiaux. En 2010, IOC a lancé son programme d’expansion du concentré, un programme d’investissement en trois phases visant à augmenter la production de 17 Mt/a à 22 Mt/a. Quatre ans plus tard, près de 1 G$ a déjà été investi dans les phases 1 et 2 tandis que la troisième phase est en bonne voie puisque le projet Wabush 3 de la société devrait entrer en production en janvier 2017. Quant à ArcelorMittal, elle espère atteindre ses objectifs de 24 Mt/a pour 2014 après deux années d’investissements massifs totalisant 1,6 G$.

Selon Terry Bowles, il faudrait explorer de nouvelles voies dans le but de réduire davantage les coûts. Il a cité les mines Pilbara de Rio Tinto dans l’ouest de l’Australie comme un exemple de ce que l’automatisation peut accomplir. En juin dernier, Rio Tinto a annoncé que son programme de Mine du Futur avait atteint une étape importante quand sa flotte de camions autonomes a transporté la deux cent millionième tonne de matériel. Un approvisionnement en gaz naturel, soit par un pipeline ou par des importations de gaz naturel liquéfié, contribuerait à remplacer le carburant dont le coût est élevé. La question de l’efficience du capital doit aussi être traitée. « Au cours des dernières années, nous avons constaté des pertes de valeur record », dit-il. « Pendant ce temps, en Australie, on livre des projets d’expansion minière pour 120$  à 130$  par tonne de capacité. Vous ne pouvez pas acheter des installations pour 800 $ par tonne; vous ne survivrez pas. »

Enfin, M. Bowles a exhorté les sociétés à innover en améliorant les pratiques de maintenance et de fiabilité. « La productivité de l’équipement au Canada a reculé de 12 % depuis 2000 », a-t-il indiqué. « Vous devez améliorer l’efficience de votre équipement, car la productivité est la règle du jeu. »

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Traduit par CNW


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