novembre 2014

Les mineurs prennent des mesures contre le virus Ebola

Les sociétés présentes en Afrique de l’Ouest accélèrent la mise en place de protocoles de santé et sécurité pour faire face à l’épidémie en cours

Par Correy Baldwin

Alors que l’épidémie de fièvre Ebola qui touche particulièrement la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria continue de se propager, les sociétés minières qui travaillent en Afrique de l’Ouest s’emploient à limiter les risques en matière de santé et de sécurité pour leurs activités ainsi que les conséquences de l’épidémie sur les populations et les économies locales.

« Ces pays ne peuvent faire face seuls à la situation. Elle a atteint des proportions qui vont bien au-delà des moyens dont ils disposent », a déclaré Oumar Toguyeni, vice-président régional pour l’Afrique de l’Ouest d’Iamgold. « Nous nous sommes engagés envers cette région. Nous faisons tout ce que nous pouvons, mais la communauté internationale doit venir au secours de ces pays. » Iamgold a été parmi les 11 sociétés à l’œuvre dans la région dont les chefs de la direction ont signé, en septembre, une lettre ouverte demandant à la communauté internationale « d’intensifier la lutte contre l’Ebola. »

ArcelorMittal, dont le chef de la direction a également signé cette lettre, a été obligée d’interrompre en août un projet d’agrandissement de sa mine de minerai de fer Yekepa au Libéria, le pays le plus sévèrement touché par l’épidémie, mais les activités en cours sur le site se sont poursuivies normalement selon un porte-parole de la société.

La société teste régulièrement tous les employés et les visiteurs qui pénètrent sur ses sites au Libéria pour vérifier qu’ils n’ont pas de fièvre, et a entreposé de l’équipement de protection personnel dans ses propres centres médicaux ainsi que dans d’autres centres au Libéria. Elle a également dispensé de la formation aux travailleurs de la santé et aux employés. « Nous avons mis en œuvre une vaste campagne de communication visant à nous assurer que les employés savent quelles mesures prendre pour minimiser les risques de contamination », a déclaré le porte-parole. « Des séances de sensibilisation à l’Ebola ont été menées par un éminent expert en prévention et en contrôle des infections, et une infirmière spécialisée en maladies infectieuses a été embauchée pour servir de spécialiste à l’interne d’ArcelorMittal, au Libéria. »

Oumar Toguyeni, qui est le président de la section de l’ICM à Dakar, a expliqué que l’industrie collabore dans le cadre d’efforts de sensibilisation et de partage de l’information, ainsi qu’en fournissant des dons en argent aux ONG qui combattent la maladie et en contribuant à la fourniture et à la distribution d’équipement médical et de matériel d’assainissement de même que des ressources éducatives. Cependant, ces sociétés ont dû également prendre des mesures préventives. Des sociétés comme Iamgold et First Quantum surveillent la situation de près, évaluant quotidiennement les risques potentiels pour leurs activités et tenant leur personnel bien informé. Elles ont intensifié les dépistages et introduit des mesures de surveillance sanitaire et des examens médicaux supplémentaires dans la routine quotidienne sur leurs lieux de travail.

Le projet Essakane d’Iamgold est situé dans l’est du Burkina Faso, région qui à la mi-octobre se trouvait en dehors de la zone touchée. Selon M. Toguyeni, sa société a mis au point son propre plan d’action à huit niveaux selon la gravité de l’épidémie et de ses conséquences sur les activités.

La difficulté des déplacements en avion pour les travailleurs appelés à voyager régulièrement entre l’Amérique du Nord et l’Afrique de l’Ouest, ainsi qu’à l’intérieur de la région, ont des répercussions; certains vols sont suspendus, d’autres sont déroutés. « Les vols coûtent beaucoup plus cher et leur durée est plus longue », a déclaré Grace Barrasso, directrice des communications à First Quantum propriétaire d’une mine en Mauritanie. « C’est très fatigant et démoralisant, et cela a une incidence sur nos activités en ce qui a trait à la gestion du personnel. » Les familles des travailleurs internationaux font part de leurs craintes et des employés potentiels hésitent à venir travailler dans la région.

Les frontières ouvertes font en sorte que l’épidémie est imprévisible et difficile à contenir, selon François Auclair, chef de la direction d’Algold Resources, qui, bien que n’étant pas signataire de la lettre ouverte, est d’accord sur le principe. « Si des cas d’Ebola étaient signalés en Mauritanie ou au Burkina Faso, nous serions obligés de prendre des mesures pour assurer la sécurité de nos travailleurs ». Ce serait extrêmement compliqué, selon lui, en raison de la présence limitée d’installations médicales dans la région. Algold emploie des journaliers locaux, mais souvent il n’y a pas de médecins sur place pour aider au dépistage des symptômes d’Ebola.

Le virus Ebola était inconnu en Afrique de l’Ouest jusqu’à cette éclosion, ce qui signifie que les professionnels de la santé locaux doivent être formés, et que la population doit recevoir des informations de base telles que le mode de transmission du virus. « Je crois qu’il est de notre ressort dans l’industrie d’informer les gens », a affirmé M. Auclair. « Si une société minière peut informer son personnel, l’information sera transmise à l’extérieur. Jusqu’à ce qu’un vaccin soit prêt, c’est seulement par la sensibilisation que nous pourrons lutter contre cette maladie. »

Toutefois, selon Mme Barasso, il y a des limites à ce que l’industrie peut faire : « La communauté internationale doit mobiliser des ressources et dépêcher des professionnels de la santé et envoyer de l’équipement médical sur le terrain dès que possible. »

Les États-Unis se sont engagés à déployer 3 000 militaires au Libéria, parmi lesquels des ingénieurs et du personnel médical, pour fournir de l’aide dans toute la région touchée. Ils aideront à installer 18 centres médicaux et à organiser le soutien financier, médical et logistique fourni par un certain nombre d’autres pays, dont le Canada. Cependant, même si les ressources affluent dans la région, Mme Barrasso pense qu’une grande partie de l’aide est arrivée trop tard. « La maladie se propage, et maintenant on fait du rattrapage », dit-elle. « Ce n’est pas seulement un problème ouest-africain. Cette maladie peut vraiment gagner le monde. C’est un problème international qui doit être éliminé. »

« Je suis très préoccupé par notre très faible taux de réussite pour essayer de contenir cette maladie », a déclaré le Dr Robert Quigley, directeur médical régional pour la région des Amériques à International SOS, une société de services d’assistance médicale et de sécurité. « Je suis également préoccupé au sujet de toutes ces ressources qui sont déversées dans cette région de l’Afrique de l’Ouest. De nombreuses ONG sont présentes sur le terrain, les efforts sont sporadiques, et sans un organisme unique pour superviser et coordonner l’attribution des fonds, ces ressources seront gaspillées.

« Une coopération transparente entre les nombreuses organisations est nécessaire et il est important que les sociétés œuvrant dans la région travaillent ensemble [pour coordonner leur réponse] », a déclaré le Dr Quigley. « Les gouvernements accorderont leur attention à ce type de coopération. »

Épidémie d’Ebola

22 mars Identification du virus Ebola en Guinée où il a déjà tué 29 personnes.

28 mars Les premiers cas d’Ebola sont déclarés au Libéria.

26 mai Les premiers décès causés par le virus Ebola sont déclarés en Sierra Leone.

8 août L’OMS déclare que l’éclosion d’Ebola constitue une urgence de santé publique mondiale.

12 août Le bilan des morts atteint le millier.

16 sept. Les États-Unis promettent d’envoyer 3 000 militaires, dont des ingénieurs et du personnel médical, en Afrique de l’Ouest pour bâtir des cliniques et former des travailleurs de la santé.

26 sept. Le bilan des décès est de 3 000.

30 sept. Le CDC confirme le premier cas d’Ebola déclaré aux États-Unis chez un voyageur venant du Libéria. Deux infirmières ont été infectées par la suite.

14 oct. L’OMS avertit que l’épidémie d’Ebola pourrait se traduire par 10 000 nouveaux cas chaque semaine si on ne prend pas des mesures drastiques dans les deux prochains mois.

Les derniers chiffres (au 17 oct.)

Nombre total de cas : 8 997

Nombre total de décès : 4 493

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Traduit par CNW


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