novembre 2014

Les producteurs de charbon se concentrent sur la réduction des coûts et sur les nouveaux marchés

Une demande en hausse de la Chine et de l’Inde devrait faire grimper les prix d’ici 2020

Par Christopher Pollon

Oubliez la crise de 2014. Si l’on en croit Joe Aldina de Wood Mackenzie, le marché actuellement difficile du charbon métallurgique sera de l’histoire ancienne d’ici 2025, époque pour laquelle il prédit que le prix de référence du coke métallurgique australien dépassera les 220 $ US la tonne. D’ici là, les producteurs canadiens augmenteront leur production pour répondre à la demande croissante dans des endroits comme l’Inde, la puissance asiatique émergente.

« Le Canada est actuellement le joueur le mieux positionné sur le marché », a déclaré Joe Aldina, un analyste du coût du charbon établi à New York qui s’est rendu à Vancouver en septembre pour présenter cette prévision au Congrès 2014 de l’Association charbonnière canadienne.

Pendant les trois jours du congrès, l’ambiance était pessimiste alors que les mineurs, les producteurs et les acheteurs de charbon métallurgique et thermique se désolaient du ralentissement du marché. Les prédictions de Joe Aldina au sujet du charbon métallurgique ont constitué l’un des points saillants de la réunion en jetant un éclairage positif sur l’avenir.

En septembre, le prix du charbon métallurgique s’établissait à environ 120 $ et il continuera de connaître des difficultés jusqu’en 2018, période à laquelle Wood Mackenzie s’attend à ce que les prix grimpent de nouveau pour dépasser la marque des 150 $ et prédit en outre qu’il faudra attendre d’être bien avancé dans les années 2020 pour que les prix passent le cap des 200 $. Joe Aldina croit qu’une combinaison de la croissance de la demande (soutenue par la croissance de la production de fonte liquide en Chine) jusqu’à la fin de cette décennie, suivie d’une reprise de la demande d’acier en Inde, plus un autre ralentissement de l’exploitation minière, stimuleront cette croissance à plus long terme.

Joe Aldina et d’autres observateurs du marché, comme le modérateur de la séance Gerard McCloskey (de McCloskey Group), ont déclaré clairement que les prix actuels du charbon métallurgique ne résultent pas de la faiblesse de la demande. Les marchés mondiaux du charbon métallurgique et thermique ont été inondés par des pays comme l’Australie et l’Indonésie respectivement, et cela prendra des années pour modifier cette situation de surplus. « À court terme, pour que les prix augmentent, il faudra plus de ralentissements ou d’interruptions de la production », a déclaré Joe Aldina. Il estime qu’il faudra attendre après 2018 pour que de nombreuses mines en activité, en particulier en Australie, épuisent leurs réserves et doivent être remplacées par des projets aux coûts plus élevés.

L’explication la plus poétique pour la prédiction de l’offre excédentaire a été donnée par le président d’Alpha Natural Resources, Paul Vining : « Nous avons vu l’ennemi, et c’est nous, les fournisseurs. »

Aux prix actuels, il n’est pas rentable pour beaucoup d’extraire du charbon métallurgique du sol. Les producteurs australiens et canadiens s’en tirent le mieux actuellement grâce à des gisements de charbon métallurgique de qualité supérieure dont la plupart peuvent être exploités à ciel ouvert, alors que les États-Unis s’en sortent particulièrement difficilement. Réal Foley, vice-président du marketing à Teck, a estimé dans sa présentation qu’environ un tiers de l’industrie du coke métallurgique est actuellement non rentable en raison des « prix insoutenables ».

Comment les producteurs de charbon s’adaptent-ils à de telles conditions? Au cours des dernières années, ils se sont lancés dans des réductions de coûts drastiques qui ont porté fruit – les coûts du charbon métallurgique expédié par bateau vers les marchés mondiaux ont baissé de 12 % en 2013 et de presque 10 % cette année d’après Joe Aldina. La réduction des coûts a été si rigoureuse et efficace que l’offre excédentaire a été exacerbée davantage par des producteurs qui ont réduit les coûts et évité de suspendre les activités d’exploitation.

Le caractère complexe des réductions de production pour corriger l’offre excédentaire est apparu quand Hiroshi Tanaka, directeur général des achats, à Kobe Steel, a exprimé la crainte que l’arrêt du développement des mines de charbon métallique et de nouveaux gisements menace de perturber l’offre sur laquelle s’appuient des pays qui sont de gros acheteurs de charbon métallurgique comme le Japon. Une fois que les prix du charbon métallurgique remonteront, il y a un risque réel que l’offre ne soit pas suffisante pour répondre aux besoins des aciéristes.

Teck est un exemple de société qui n’a pas eu peur de réduire les coûts ni de freiner l’expansion des activités d’extraction du charbon métallique. Dans son exposé, M. Foley a décrit la stratégie de la société qui fait en sorte qu’aujourd’hui sa production de charbon métallique est bien au-dessous de sa capacité. Avec des réserves et des ressources à long terme de près de sept milliards de tonnes de charbon (dont plus de 90 % de coke métallurgique), la société prévoit vendre du charbon métallurgique à la vaste majorité des aciéristes de la planète pendant les 100 prochaines années. (Aux prix actuels, Teck n’est pas pressée d’extraire tout ce charbon du sol).

Un changement de la tendance est apparu quand M. Foley a annoncé le début d’un tournant stratégique en dehors de la Chine, quelque chose d’impensable il y a seulement quelques années quand il semblait que l’économie chinoise connaîtrait une poussée sans fin.

Réal Foley a remarqué que la Chine ne comptait déjà plus que pour 25 % des ventes totales de charbon métallurgique de Teck en 2013 par rapport à 30 % l’année précédente. Même cette année, Teck a constaté que la croissance des marchés en dehors de la Chine – dont le Japon, la Corée, Taiwan et l’Inde – augmente à un taux plus élevé que la Chine, une tendance que M. Foley s’attend à voir se poursuivre. « La principale zone de croissance que nous voyons dans le futur, à partir de 2018, est l’Inde. »

Au milieu du sombre contexte actuel, les producteurs de minerai de fer canadiens envisagent un avenir brillant

Traduit par CNW


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