novembre 2014

Qui a amené le canari dans la mine de charbon ?

Par Correy Baldwin

Les poches de gaz toxiques ou inflammables dans une mine, que l'on appelle les « grisous », se sont attirées des noms évocateurs. Le grisou est un gaz inflammable généralement constitué de méthane. Le gaz d'explosion de grisou est du sulfure d'hydrogène particulièrement âcre et explosif. La mofette (ou moufette) est du dioxyde de carbone (CO2), et les produit gazeux d'explosion sont principalement du monoxyde de carbone (CO) généré après une explosion. Les mineurs du XIXe siècle avaient beaucoup de mal à détecter les produits gazeux d'explosion, qui sont particulièrement meurtriers du fait qu'ils sont inodores, incolores et sans goût ; sauf, bien sûr, s'ils transportaient avec eux un canari.

Les petits volatiles tels que les canaris parviennent à détecter les gaz toxiques ; en effet, leur rythme de respiration rapide et leur métabolisme élevé les rendent encore plus sensibles aux effets de ces gaz. Lorsqu'il est exposé à des taux de CO faibles, le canari a des difficultés à respirer et devient manifestement agité et instable. Les mineurs prenaient conscience de la présence d'un gaz toxique lorsque le canari commençait à se balancer sur son perchoir ou s'évanouissait.

Les mineurs ordinaires amenaient rarement des canaris avec eux dans les mines pendant leurs postes. Ces oiseaux étaient par contre couramment utilisés par les équipes de sauvetage minier à la suite d'explosions résultant de détonations régulières pendant l'exploitation, d'étincelles générées par le matériel d'exploitation minière ou de flammes nues provenant des lampes à carbure des mineurs. La combustion dans les mines produit du CO, qui peut entraîner la mort des mineurs par asphyxie.

Les mineurs amenaient les canaris sous terre dans des cages de la taille d'un panier-repas fabriquées dans une matière durable et transparente appelée perspex. Les poignées étaient formées par une petite bouteille métallique à oxygène, et si le canari s'évanouissait en raison d'une exposition au CO, le mineur pouvait couvrir les trous d'aération puis ouvrir la bouteille à oxygène pour raviver le volatile. Il n'était dans l'intérêt de personne de laisser mourir les canaris, et les mineurs avaient la réputation de s'attacher à ces volatiles et de les traiter comme des animaux domestiques, leur sifflant des airs alors qu'ils travaillaient. Certains amenaient même des bouteilles d'oxygène supplémentaires pour les canaris au cas où les bouteilles de la cage aient besoin d'être remplies.

Quelques mines élevaient leurs propres canaris, mais la plupart les achetaient auprès de vendeurs privés, en général des familles qui élevaient ces « canaris de mine » pour arrondir leurs fins de mois. D'autres achetaient les canaris dans des animaleries qui avaient du mal à en vendre certains dont la couleur n'était pas très belle, ou des canaris femelles (qui ne chantent pas aussi bien que les mâles), lesquels ne coûtaient généralement pas très cher.

Le physiologiste écossais John Scott Haldane a été le premier à suggérer d'utiliser des petits animaux pour détecter les gaz toxiques dans les mines. Il a étudié plusieurs accidents qui s'étaient produits dans des mines à la fin des années 1890 ; en examinant les corps des mineurs tués après l'explosion, il a pu déterminer qu'ils avaient été tués par une exposition au CO. À la suite de cette découverte, il a conçu les premiers appareils respiratoires pour les équipes de sauvetage minier et a proposé d'utiliser des lampes de sûreté qui se consumaient avec une teinte bleuâtre vive en présence de CO, ainsi que des canaris ou des souris blanches, pour détecter le gaz toxique. Cependant, même ces lampes n'étaient pas aussi sensibles que les canaris, aussi la plupart des équipes de sauvetage minier préféraient l'option du canari, ou optaient pour les deux.

Avant l'introduction des canaris, les mineurs avaient appris à observer le comportement des souris, que l'on trouvait en quantité dans les mines, notamment celles dotées d'étables souterraines où le foin et le fourrage étaient entreposés pour les poneys de mine. Si les mineurs voyaient des souris s'éloigner d'un lieu ou trouvaient des souris mortes, ils comprenaient que cela était dû de toute évidence à la présence de gaz. Les canaris ont rapidement été adoptés et dès le début des années 1900, on les utilisait dans les mines du monde entier aux côtés d'autres oiseaux tels que des linottes mélodieuses, des sizerins flammés et des pigeons. En 1914, le bureau des mines des États-Unis a mené des tests sur un certain nombre de petits animaux pour déterminer lesquels réagissaient le plus rapidement et le plus visiblement en présence de CO. Malheureusement pour le canari, c'est lui qui a été élu, suivi étroitement des souris blanches, des poulets, des chiens, des pigeons, des moineaux, des cochons d'Inde et des lapins.

Les canaris ont été retirés des mines en 1987 lorsqu'une nouvelle technologie de détection a été mise au point. L'Angleterre, qui était le dernier pays à les utiliser, a officiellement remplacé les volatiles par des appareils (sans plumes) de surveillance électronique du CO et du méthane, lesquels se sont avérés, à ce moment-là, bien plus efficaces et précis que toute autre créature vivante. Après avoir revêtu pendant près d'un siècle le rôle de sauveteur, le « canari dans la mine » est devenu une métaphore puissante d'un signe de danger précoce.

Traduit par Karen Rolland


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