mai 2014

La France renforce sa position à l'étranger

Une nouvelle société minière publique française se lance dans l'exploration de minéraux en Afrique francophone et en Amérique du Sud

Par Tom Dinardo

Le secteur minier français est très calme ces dernières décennies et son portefeuille à l'échelle mondiale est relativement modeste, mais le gouvernement français est déterminé à changer cette situation. Fin février, Arnaud Montebourg, ministre de l'économie, du redressement productif et du numérique, a annoncé que la République souhaitait créer la Compagnie nationale des mines de France (CMF) dans le cadre d'un projet visant à développer le secteur minier du pays. La CMF sera une petite société minière de facto qui se concentrera sur l'exploration de minéraux non énergétiques principalement à l'étranger, notamment en Afrique francophone, en Amérique du Sud et en Asie centrale. Il s'agit de la première société publique créée par le gouvernement français depuis 1993.

Une source proche du ministre, qui s'est exprimée à condition que l'anonymat soit respecté, indiquait que la décision de créer la CMF émanait de la demande de pays étrangers, notamment l'Afrique et l'Asie, qui souhaitaient obtenir l'aide de la France pour explorer et développer leurs ressources naturelles. Plutôt que d'avoir affaire à des petites sociétés minières privées ou de grosses multinationales, indiquait cette source, ces pays ont déclaré préférer traiter de gouvernement à gouvernement sur ce genre de projets d'exploration.

Comme l'expliquait Jean-Claude Guillaneau, directeur des ressources au Bureau français des recherches géologiques et minières (BRGM), on est actuellement aussi plus sensibles à la géopolitique des métaux. « La Chine produit à elle seule 95 % des terres rares et  [s'en] sert pour stimuler le développement industriel. Pour assurer l'autonomie de notre industrie, nous devons avoir un certain contrôle à long terme sur la disponibilité des métaux, du moins sur certains métaux stratégiques et critiques », expliquait-il, ajoutant que d'autres pays tels que le Japon disposent de sociétés minières publiques semblables.

Parallèlement, le gouvernement français espère que la création de la CMF aidera son secteur minier à se diversifier. À l'heure actuelle, deux grandes sociétés minières régissent le marché français : Areva, un spécialiste de l'uranium, et Eramet, qui traite principalement le nickel et le magnésium. Le gouvernement français détient des participations dans ces deux sociétés. « Le fait est que la CMF représente l'idée d'un exploitant diversifié dont on ne dispose pas en France », expliquait M. Guillaneau. « Selon le ministère du redressement productif, une organisation plus diversifiée serait la bienvenue [pour un développement] à l'échelle internationale. » Comme le faisait remarquer M. Guillaneau, le BRGM, actionnaire de la CMF, possède des connaissances métallurgiques importantes au niveau mondial, particulièrement en Afrique. Par exemple, entre 2005 et 2010, le BRGM a dirigé un consortium international pour explorer et dresser l'inventaire des minéraux au Gabon, une ancienne colonie française d'Afrique de l'ouest. En suivant ses conseils, la CMF ciblera des pays spécifiques disposant de ressources précieuses afin de négocier certains paramètres relatifs aux droits d'exploration et miniers dans l'éventualité où elle trouve des minéraux.

Une fois les ressources découvertes, il est prévu d'inciter des sociétés privées à soumettre leur offre pour ces projets. La CMF souhaiterait détenir une participation minoritaire dans chaque société d'exploitation. En raison de son rôle d'associé passif durant la phase d'exploitation, la CMF n'essaiera pas de ramener en France des activités de fonderie ou d'affinage, expliquait la source du ministère du redressement productif.

D'ici une quinzaine d'année, la France espère que la CMF détiendra 15 à 20 participations minoritaires dans divers pays du monde exploitant une variété de ressources minérales. La France pense investir entre 380 et 600 millions $ dans la CMF, dont la majeure partie proviendra de l'agence des participations de l'État (APE) qui investit et gère les parts que détient l'État dans des entreprises.

Pour l'instant, les actionnaires et le ministère du redressement productif travaillent sur un plan d'exploitation pour la CMF dans l'espoir d'avoir créé la société d'ici l'été. La CMF lancera très probablement un projet en Guyane peu de temps après. D'après M. Guillaneau, la CMF souhaite lancer au moins quatre projets d'exploration au cours de sa première année d'activité.

La France a également l'intention de relancer l'exploration de ses mines, ce qui marquerait le renouveau du secteur sachant que la plupart des exploitations minières du territoire ont été abandonnées depuis près de vingt ans. Afin d'attirer des investisseurs pour l'exploration et l'exploitation des ressources naturelles de France, le ministre Montebourg a modifié le code minier français en vue de faciliter les procédures de demande et d'obtention de permis pour les entreprises sur le sol français. Jusqu'ici, l'initiative porte ses fruits ; en effet, trois sociétés ont obtenu des permis d'exploration au cours des six derniers mois. Cependant, la CMF ne focalisera pas la moindre énergie à l'exploration en France, du moins pas pour le moment.

 Traduit par Karen Rolland


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