mars/avril 2014

Le courage de faire bouger les choses

Ken Major a mis la main à la pâte dans presque tous les secteurs liés au traitement des minerais.

Par Alexandra Lopez-Pacheco

Selon Ken Major, c'est en touchant un peu à tout que l'on apprend le plus de choses. Il commence sa carrière en 1976, acceptant un poste d'ingénieur en formation auprès de l'entreprise d'exploitation minière Sherritt Gordon après avoir obtenu son diplôme de premier cycle en génie des métaux à l'université McGill. Il s'agit de sa première expérience dans une carrière dans l'industrie minière qui durera 40 ans et l'amènera à devenir cofondateur de Rescan Engineering Ltd., une entreprise d'ingénierie qui deviendra ensuite l'une des premières acquisitions externes d'Hatch en matière d'expertise des processus de comminution et de flottation. Après avoir travaillé pendant 13 ans auprès de Rescan et Hatch, M. Major quitte son emploi en 2006 pour lancer l'entreprise de Vancouver KWM Consulting Inc., où il continue d'offrir son expertise à d'importantes sociétés minières comme Newmont Mining, Goldcorp et Agnico Eagle dans toute sorte de domaines, des programmes d'essais métallurgiques et des schémas de traitement à la création et l'optimisation de circuits de concassage et de broyage. Il publie également plus de 20 documents techniques pendant sa carrière.

En janvier, lors de la 46e conférence des minéralurgistes du Canada, M. Major se voit attribuer le prix de la comminution Art MacPherson, qui vient souligner son incroyable contribution à l'avancement de ce domaine. Bien que très fier de cet accomplissement notoire, il partage rapidement son prix avec les nombreux équipiers et mentors importants qui l'ont accompagné tout au long de sa carrière.

ICM : Qu'éprouvez-vous après avoir reçu ce prix ?

M. Major : Je suis très heureux d'être en compagnie de toutes les autres personnes qui l'ont reçu. Je pense à toutes celles qui le méritaient également et j'espère qu'elles le recevront dans le futur. Selon moi, il est plus facile de remettre un prix dans le milieu sportif que de décerner un prix de reconnaissance des pairs. Pour souligner le talent d'un hockeyeur, on calcule le nombre de points marqués, on fait le total en fin de journée et on nomme le vainqueur. Dans le passé, j'ai eu l'occasion de présenter quelques prix de la CMP, où je me suis fait le défenseur de certaines personnes qui, selon moi, le méritaient vraiment. Aussi je suis conscient que quelqu'un a fait le même effort pour m'accorder ce prix et je lui en suis grandement reconnaissant. Il n'y a eu qu'un seul Art MacPherson, et j'ai eu la chance de discuter avec lui au téléphone lorsque j'étais un jeune ingénieur siégeant au premier comité organisateur de la conférence sur les broyeurs semi-autogènes (broyeurs SAG) où il était président d'honneur.

ICM : Avec le recul, quelles ont été vos plus grandes réalisations en matière de comminution ?

M. Major : Il m'est difficile de répondre à cette question. Je me considère comme un généraliste. J'ai touché à toutes les sphères d'activité de l'usine de traitement. Certains me reconnaissent davantage pour mes qualités dans le domaine du broyage parce que j'ai contribué à l'optimisation d'usines ; d'autres me connaissent davantage pour mes travaux en matière de flottation. J'attribue ma réussite aux occasions que j'ai eues et aux mentors exceptionnels avec lesquels j'ai eu la chance de travailler, notamment Garry Hughes, Eric Cunningham, Len Harris et Doug Knight qui m'ont permis de développer ma capacité de réflexion inventive.

ICM : Cette approche généraliste vous a-t-elle aidé lorsque vous étiez confronté à des difficultés en matière de comminution ?

M. Major : Absolument. Mon expérience en exploitation d'usine m'a permis de travailler avec des dessinateurs et de leur présenter des idées sur la façon de joindre les circuits. Sans cette expérience, il aurait été très difficile de réussir. Le succès dépend des gens avec lesquels on travaille, que ce soit les dessinateurs, les mécaniciens ou les opérateurs.

ICM : Pendant toutes ces années, quel a été le plus grand problème que vous avez dû surmonter en matière de comminution ?

M. Major : Le plus dur a été de convaincre les gens de ce qui peut être fait pour réussir un projet.

ICM : Pouvez-vous nous donner des exemples ?

M. Major : Prenons l'exemple des circuits de broyeurs semi-autogènes. Des problèmes sont survenus pour les premiers, mais après quelque temps, leurs avantages sont apparus et l'on observe maintenant leur acceptation, notamment avec la croissance de la conférence SAG sur les broyeurs semi-autogènes. Évidemment, le broyage est une activité très coûteuse, c'est pourquoi il est important de pouvoir réduire les coûts en capitaux et d'exploitation. Un nombre croissant de nos usines de traitement font face à des minerais à faible teneur et à certains débits très élevés et ces circuits sont vraiment complexes. Actuellement, nous procédons à un préconcassage. Nous avions mis les concasseurs de côté et maintenant, nous les réutilisons puisque nous avons trouvé des secteurs dans lesquels ils offrent un avantage économique au processus. En utilisant les concasseurs, vous augmentez votre débit à un coût d'investissement relativement faible tout en réduisant votre consommation d'énergie. En outre, les minéraux ne sont pas seulement de faible teneur, ils deviennent également plus durs. C'est ce que nous avons découvert et c'est pourquoi nous essayons de trouver des solutions.

ICM : Quels seront les prochains défis sur le plan de la comminution ?

M. Major : Il faudra trouver de nouveaux inventeurs pour remplacer les retraités, des personnes qui réalisent que les réponses n'ont pas toutes été trouvées et qui iront de l'avant pour chercher d'autres solutions en vue d'améliorer les processus. La plupart des personnes qui œuvrent à leur amélioration sont âgées. Quelques jeunes très talentueux pourraient faire avancer ce domaine, mais ils sont également attirés vers d'autres activités. L'industrie minière renferme maintes spécialités et bon nombre d'entre elles sont plus intéressantes sur le plan salarial qu'une carrière d'inventeur.

ICM : Des stratégies efficaces de planification de la relève sont-elles en place pour résoudre ce problème ?

M. Major : La plupart des entreprises disposent d'une stratégie en ce sens. Lorsque j'ai obtenu mon diplôme universitaire et été embauché par l'usine, j'ai dû suivre un programme de formation d'ingénieur. J'ai acquis de l'expérience à travers mes emplois en exploitation minière. J'ai occupé des postes de mécanicien, de technicien d'instruments et d'électricien. J'ai suivi des formations pratiques pour presque tous les domaines d'activité de la mine. Je ne suis devenu expert dans aucun de ces domaines, mais ces expériences professionnelles m'ont permis d'acquérir des connaissances préalables m'aidant à mieux comprendre ce que je faisais.

ICM : Il semble que cette façon de faire n'est plus en vogue de nos jours. Tout est axé sur la spécialisation.

M. Major : De nos jours, une grande partie de notre formation nous incite à laisser l'ordinateur faire le travail à notre place. Les gens utilisent des programmes clé en main créés pour eux par d'autres personnes alors que, dans la plupart des cas, ils peuvent réaliser ces tâches eux-mêmes dans leur propre tableur. Ils pourraient ainsi s'assurer de bien comprendre les processus.

ICM : Pensez-vous que nous sommes trop dépendants des ordinateurs ?

M. Major : Les ordinateurs sont des outils très importants. J'en possède trois pour les calculs répétitifs, pour la rédaction de rapport et pour le stockage. Et pourtant, j'ai fait un jour un voyage à l'étranger avec une calculatrice seulement. Aucun ordinateur n'était mis à notre disposition sur le site de la mine et j'ai dû faire les calculs pour l'expansion d'un circuit de broyage. Cela m'a pris trois jours pour établir ma première série de calculs et j'ai également dû penser à des solutions de rechange. Lorsque j'ai commencé la deuxième série, j'ai réalisé qu'il serait préférable de retourner au bureau pour créer un tableur. La meilleure façon de comprendre l'importance des outils avec lesquels on travaille est de mettre la main à la pâte et d'en tirer les conclusions ; il en va de même pour les processus de broyage. Que se passe-t-il lorsque vous augmentez ou diminuez la charge en acier ? Que se passe-t-il si la vitesse du broyeur change ? Où trouver des avantages ? Vous pouvez répondre à toutes ces questions à l'aide d'un ordinateur, mais parfois vous devez faire les calculs à la main pour mieux les comprendre.

ICM : Quels sont vos projets pour l'avenir ?

M. Major : Je vais suivre ce que j'avais décidé il y a six ans, à savoir devenir un semi-retraité. La semi-retraite, pour moi, implique que si je me lève le matin et qu'il pleut, j'allume l'ordinateur et je me mets au travail. Par contre, s'il fait beau, je vais faire une partie de golf. L'année dernière, j'ai réduit le nombre de clients pour lesquels je travaillais afin de diminuer ma charge de travail, mais je me suis finalement retrouvé à travailler sur un site minier en Arizona la première semaine de cette année, et sur un autre au Mexique la seconde.

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Traduit par SDL

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