mars/avril 2014

Poneys de mine

Puissance chevaline souterraine

Par Alan Jones

Durant une grande partie des XIXe et XXe siècles, les poneys de mine travaillaient sous terre, transportant le minerai dans les mines de charbon du Royaume-Uni et de l'est du Canada. Suffisamment petits pour négocier les passages étroits mais suffisamment forts pour tirer des bacs de charbon, ces chevaux nains (qui mesuraient au plus 1,4 mètre, du sabot jusqu'au haut de leurs omoplates) travaillaient de longues heures et vivaient la plus grande partie de leur vie dans l'obscurité. Dans les années 1850, les poneys de mine représentaient une solution de rechange plus humaine aux pratiques en cours et se sont avérés une innovation utile qui a presque survécu jusqu'à l'éclatement de la bulle « point-com » des années 1990.

Au début des années 1800, la main-d'œuvre infantile était chose courante dans les mines du Royaume-Uni. Compte tenu de leur taille, les enfants pouvaient naviguer dans les passages étroits, et les lois laxistes de l'époque permettaient de les faire travailler de longues heures dans des conditions difficiles. Plusieurs enfants employés dans des mines de charbon servaient de « rouleurs ». Attelés à un bac de charbon, ils devaient le tirer dans des passages étroits mesurant parfois moins d'un mètre. D'autres étaient des « pousseurs », chargés de pousser les wagons de minerai. L'année 1838 a vu le décès de 26 enfants dans un incident très décrié survenu dans une mine près de Barnsley, poussant la reine Victoria à exiger une enquête publique sur les conditions de travail des enfants dans les mines. Après le rapport de la commission d'enquête parlementaire sur le sujet, le Parlement du Royaume-Uni a adopté la loi sur les mines et houillères de 1842, qui interdisait aux garçons de moins de 10 ans et à toutes les filles de travailler dans les mines. Les poneys de mine jouaient déjà un rôle important dans l'exploitation minière avant 1842, mais la nouvelle loi a fait de ces petits chevaux une nécessité pour remplacer les rouleurs et pousseurs de petite taille.

Au cours du siècle qui a suivi, les poneys et chevaux sont devenus partie intégrante de l'exploitation du charbon, certains évaluant leur nombre dans les mines britanniques à 70 000 en 1913. Au Cap-Breton, plusieurs « poneys » étaient en fait des chevaux domestiques retournés à l'état sauvage et capturés à l'île de Sable. Normalement, tout cheval devant être dompté était apprivoisé en surface avant de descendre sous terre, où il passait la majeure partie de sa vie dans l'obscurité. Les chevaux étaient gardés dans une écurie souterraine et ne se reposaient souvent que quelques heures par jour. Des palefreniers attitrés prenaient soin des chevaux pendant qu'ils mangeaient et se reposaient, mais durant la journée de travail, les animaux étaient dirigés dans la mine par des « conducteurs » responsables de leur sécurité et de leur productivité durant le transport du charbon.

Les conditions de travail étaient difficiles. Au Royaume-Uni, la National Equine Defence League (la ligue nationale de défenses des chevaux) est formée en 1909 pour défendre le bien­être des poneys de mine et autres chevaux de labeur. En 1910, un membre de la ligue de défense écrit au magazine Humanitarian, expliquant que le poney de mine moyen était destiné à « travailler à jamais dans une obscurité incessante, marqué de blessures ouvertes, non guéries et putrescentes ; ses membres mutilés stimulés uniquement par la torture ; rendu aveugle, par méchanceté ou par accident ; non nourri, mal nourri et exploité jusqu'à ce qu'il succombe à un épuisement extrême, ou qu'il meure dans son harnais ! »

Finalement, la vie des chevaux s'est améliorée. Dans les années 1940, on a commencé à leur donner de courtes « vacances » en surface. Il fallait leur couvrir les yeux avant de les y emmener, car voir la lumière du jour après tant d'obscurité pouvait les mettre dans tous leurs états.

On a mis fin à l'utilisation des poneys de mine à la fois en raison de la mécanisation des processus miniers et de la protection du bien-être des animaux. Les chevaux ont été remplacés par des treuils qui tiraient les wagons remplis de minerai du front de taille à la surface au moyen d'un système de convoyeur à cordes. Au début des années 1960, les derniers poneys de mine du Cap-Breton ont été mis à la retraite, mais au Royaume-Uni, les chevaux ont été utilisés beaucoup plus longtemps : les deux derniers poneys de mine ont travaillé à la mine de Pant y Gasseg, au pays de Galles, jusqu'en 1999. Tony, le dernier poney de mine vivant du Royaume-Uni, est décédé en 2011 à l'âge de 40 ans, après avoir passé ses dernières années dans un refuge pour animaux.

Les gens qui ont travaillé dans les mines, particulièrement ceux affectés aux écuries souterraines, ont souvent mentionné les liens profonds qui les rattachaient aux chevaux, et on a rendu hommage à ces animaux de plusieurs façons. L'artiste gallois Mick Petts a créé au pays de Galles une sculpture de terre figurative de 200 mètres représentant un poney de mine. La sculpture est si grande qu'on peut facilement la voir avec Google Earth. L'histoire des poneys de mine du Cap-Breton est quant à elle préservée par Pit Pony de Joyce Barkhouse, un roman primé pour enfants racontant le lien entre un cheval de l'île de Sable et un garçon de 11 ans travaillant dans les mines. Le roman a été adapté pour la télévision dans une série de la CBC à la fin des années 1990.

La mine Prince, la dernière houillère du Cap-Breton, a fermé ses portes en 2001, mais le musée des mineurs du Cap-Breton à Glace Bay rend hommage à son long passé minier. Le musée se trouve sur la houillère Oceans Deeps, réplique d'une mine, et les visiteurs peuvent encore faire l'expérience de l'obscurité et de la claustrophobie caractérisant la vie d'un mineur des années 1930, complétés par les hennissements d'un cheval animatronique gardé dans une écurie souterraine.

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Traduit par SDL

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