mars/avril 2014

Pouvons-nous abandonner le diesel?

Les sociétés minières apprennent à exploiter l’énergie qui entoure leurs sites

Par Pierrick Blin and Antoine Dion-Ortega

« Imaginez que lors de l’achat d’une voiture, le vendeur vous offre, à moitié prix, toute l’essence que vous consommerez avec celle-ci. La seule condition est que vous la régliez intégralement le jour de la livraison du véhicule. Le feriez-vous ? »

- Rob Lydan, directeur Énergie solaire et éolienne chez Hatch

Toute société minière qui envisage l’utilisation d’énergies renouvelables fait face à une question similaire : combien devrait-elle investir dans ces infrastructures pour être en mesure de réduire ses coûts d’exploitation futurs – principalement liés au diesel – et ce, en connaissant les risques d’un tel investissement.

Ces coûts en capital vont grandement varier en fonction des caractéristiques du site, de l’équipement diesel existant, de la part d’énergies renouvelables souhaitée dans le portefeuille énergétique (le taux de pénétration) ainsi que du type de technologie choisie. L’équilibre de tous ces facteurs est fondamental pour l’investissement dans les énergies renouvelables.

Parallèlement, les technologies des énergies renouvelables – le solaire et l’éolien en tête de liste – sont devenues aujourd’hui très compétitives et ce, quel que soit le milieu. « Le coût du solaire et de l’éolien, au point de vue du capital, revient à environ la moitié de son équivalent en carburant », explique M. Lydan.

Dans le Grand Nord par exemple, il faut compter entre 1,50 $ et 2,50 $ par litre de diesel pour un coût de 30 à 45 ¢ le kWh, explique Alain Forcione, ingénieur de recherche à l’Institut de recherche d’Hydro-Québec (IREQ), ajoutant « qu’avec l’éolien, on arrive à 20-25 ¢ le kWh, peut-être même 15 à 17 ¢ le kWh dans certains cas. »

Ainsi, même s’il est encore aujourd’hui peu réaliste de couvrir 100 % des besoins avec les énergies renouvelables, cellesci peuvent du moins garantir une partie de la demande énergétique. Pourtant, les projets de jumelage diesel-énergie renouvelable sont encore peu nombreux et personne ne se bouscule vraiment au portillon. Selon un rapport de la société de conseil Navigant Research publié en octobre 2013, moins de 0,1 % de l’énergie consommée par l’industrie minière provient aujourd’hui de l’énergie renouvelable, en excluant l’énergie hydroélectrique. « C’est encore très récent », déclare M. Lydan.

Beaucoup de sociétés ne mettent simplement pas en place les ressources nécessaires pour étudier le potentiel des énergies renouvelables, précise Liezl Van Wyk, gestionnaire de l’excellence opérationnelle à la mine Diavik qui, depuis septembre 2012, utilise quatre éoliennes sur le site de son exploitation dans l’Arctique canadien. « Beaucoup de mines n’envisagent tout simplement pas cette solution comme leur activité principale », ajoute-t-elle.

Le plus grand défi auquel font face les promoteurs des énergies renouvelables reste de convaincre le secteur minier de leur donner une chance. « Personne ne veut être le premier », explique M. Lydan. « Tout le monde veut être bon second. » Suivant : Les chefs de file

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