juin/juillet 2014

Lettre du rédacteur en chef

Dur à gagner, mais si facile à perdre

Par Ryan Bergen

Ryan BergenEn mai dernier, l'ICM a rendu honneur aux membres de l'industrie minière canadienne, notamment aux vainqueurs des prix John T. Ryan pour la sécurité. Ces trophées ont été remis aux exploitants de mines qui affichaient la fréquence la plus faible d'accidents déclarables en 2013. Bien que la récompense ne comporte que trois catégories (mines de charbon, métallifères et « sélectes »), il a fallu la diviser en six étant donné que les candidats de deux des trois catégories n'affichaient aucun accident ayant entraîné des arrêts de travail. Tout membre à vie de l'ICM comptant quelque 50 années d'expérience dans cette industrie pourra vous dire à quel point cet accomplissement est remarquable. Certains se souviendront d'avoir été prévenus qu'en moyenne, le développement d'un puits de mine coûtait la vie à une personne.

Le lendemain du gala de remise des prix de l'ICM, une explosion est survenue dans le chantier souterrain de la mine de charbon Soma en Turquie. L'explosion, suivie d'un incendie et de la propagation de gaz toxiques, a entraîné la mort de 301 personnes sur les près de 800 mineurs qui se trouvaient sous terre au moment de l'accident. C'est un accident dramatique, et l'un des plus meurtriers de l'histoire de la Turquie. Cette catastrophe a aussi soulevé une tempête de protestations contre les normes de sécurité médiocres appliquées par l'industrie minière turque et l'indifférence du gouvernement face à cette tragédie. Les reportages sur la catastrophe ont révélé que la mine avait fait l'objet de plusieurs inspections, confirmant apparemment que l'enquête sur la corruption et l'application laxiste de la loi dans ce secteur exigée par les législateurs de l'opposition quelques semaines seulement avant l'explosion devait être menée au plus tôt. Les dirigeants de la société charbonnière ont depuis été arrêtés et les pratiques minières du pays sont désormais soumises à l'examen rigoureux qui, malheureusement, aurait dû avoir lieu il y a bien longtemps.

Les progrès visant à renforcer la sécurité sur les lieux de travail ne se font malheureusement pas lentement mais sûrement. Il y a quarante ans en Ontario, des travailleurs syndiqués, furieux de constater l'indifférence évidente vis-à-vis des risques récemment découverts pour les mineurs de fond d'uranium de développer un cancer, ont abandonné leurs postes et déclenché une grève illégale pour faire pression et obtenir de meilleures normes de sécurité. Comme l'explique Alexandra Lopez-Pacheco en détail dans son article « La grève qui a sauvé des vies », le remaniement des pratiques de santé et sécurité au travail qui a suivi a été à l'origine de l'innovation et d'une grande amélioration du bilan de sécurité dans le secteur minier du pays.

D'ici une dizaine d'années, j'espère que les membres de l'industrie minière turque pourront afficher de tels progrès. La terrible ironie de la catastrophe de la mine Soma est que la grande majorité des leçons et des recommandations qui émergeront de l'enquête n'auront sans doute rien de nouveau. Elles ont sans doute déjà été apprises et intégrées dans les exploitations, comme nous l'a montré l'estrade remplie lors de la remise des prix John T. Ryan.

Les décès de MM. Marc Methé et Norm Bissaillon à la mine Lockerby et de Lorna Weafer sur le site des sables bitumineux de Suncor en mai dernier montrent cependant à quel point il est difficile d'éviter les accidents. Indépendamment de l'ampleur des tragédies, au Canada ou ailleurs, les progrès en matière de sécurité peuvent être réduits à néant aussi vite qu'ils ont été réalisés.

Ryan Bergen
Editor-in-chief
editor@cim.org
@Ryan_CIM_Mag

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Traduit par : Karen Rolland

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