juin/juillet 2014

La sécurité en milieu sauvage au premier plan

L'événement dramatique qui s'est produit à Suncor soulève des questions quant à la protection des travailleurs

Par Ian Ewing

Le 7 mai dernier, une technicienne en instrumentation de Suncor Energy, Lorna Weafer, a été mutilée et tuée par un ours noir alors qu'elle travaillait au camp principal de Suncor, au nord de Fort McMurray, en Alberta.

Les attaques d'ours sont pourtant rares, et la détermination apparente de l'animal lors de l'attaque rend cet accident particulièrement déconcertant. Ce site est une grande installation industrielle que les ours évitent généralement. Six collègues de Mme Weafer se sont emparés d'extincteurs, d'avertisseurs à air comprimé et même d'un canon à eau pour tenter d'effrayer l'animal, mais en vain. L'ours noir adulte reculait momentanément, mais revenait aussitôt à l'attaque. La mutilation a duré plus ou moins une heure, déclarait à CBC News Mike Ewald, enquêteur sur la faune aquatique et terrestre de l'Alberta.

Les attaques de prédateurs de ce genre sont extrêmement peu communes, mais sont la principale cause des décès suivant l'attaque d'un ours noir. En Alberta, le dernier décès enregistré résultant de l'attaque d'un ours noir (comportement de prédateur) date de 1991. Moins de deux rencontres mortelles avec un ours noir se produisent chaque année en Amérique du Nord.

Comme l'expliquait Sneh Seetal, porte-parole de Suncor, la société met à disposition des travailleurs de la documentation sur la sensibilisation aux consignes de sécurité en cas d'attaques d'ours et propose des sessions de conseils et d'information. Durant les périodes de forte activité des ours, la société accorde une plus grande attention aux mesures de sécurité en cas d'attaques d'ours. Elle place notamment des affiches sur les sites de travail et encourage les discussions lors de réunions dédiées à la sécurité. Les employés travaillant dans les forêts emportent avec eux des répulsifs à ours, et ceux travaillant dans le camp principal ont sur eux des avertisseurs à air comprimé pour effrayer les animaux sauvages.

L'enquête se poursuit mais Suncor ne se prononce pas quant à d'éventuels changements dans sa formation et ses procédures de sécurité face aux animaux sauvages. Mme Seetal expliquait cependant que des rappels des consignes de sécurité face aux attaques d'ours ont été transmis aux employés, et les agents provinciaux de la faune aquatique et terrestre ont renforcé leur surveillance des ours aux environs du site de Fort McMurray de la société.

Will Gibson, porte-parole de la société Syncrude qui possède de grandes exploitations de sables bitumineux au nord de Fort McMurray, indiquait que cet accident avait vraiment bouleversé la communauté. « Fort McMurray a beau être une grande ville, à certains égards, il s'agit plutôt d'un village », déclarait-il. « J'habite ici depuis dix ans et je n'ai jamais rien entendu de pareil ; c'est la première fois que j'entends parler d'une attaque de la sorte par un ours noir. »

Depuis l'accident, M. Gibson expliquait que Syncrude a publié une liste de rappel des « attitudes à adopter et à éviter » pour assurer la sécurité en cas de confrontation avec un ours, et il ajoutait que la protection des espèces sauvages fait partie de son programme d'orientation des employés. Cet accident n'a cependant pas poussé Syncrude à revoir ses politiques de protection et de formation sur les espèces sauvages. La société attend que l'enquête se termine « pour voir les éventuelles leçons que nous pourrions en tirer », indiquait M. Gibson. C'est à ce moment-là que la société décidera ou non de réévaluer ou de modifier ses politiques.

De nombreuses juridictions ont mis en place des mesures pour essayer de renforcer la sécurité des personnes travaillant dans les milieux sauvages. « Nous suivons les grandes lignes dictées par la législation en matière de santé et sécurité au travail (SST) en Alberta », indiquait Brookes Merritt, porte-parole de la Commission de la santé et de la sécurité au travail de l'Alberta, faisant remarquer que nombre des responsabilités spécifiques concernant les formations sont laissées à la discrétion des employeurs. Les sociétés sont par exemple tenues de mener des plans d'évaluation des risques associés à chaque lieu de travail. Si les plans d'une société sont considérés comme inadéquats, M. Merritt expliquait que le ministère est en droit de demander une mise à jour de ce plan, de demander l'arrêt des travaux ou de prendre des mesures punitives.

Les sociétés du Yukon, tout comme celles d'Alberta, doivent développer un plan de gestion de la faune. « Ce plan doit identifier les risques associés au milieu environnant et les atténuer », expliquait Richard Mostyn, agent de liaison aux affaires publiques de la Commission de la santé et de la sécurité au travail du Yukon (CSSTY). « Les sociétés doivent fournir aux travailleurs à risque un équipement de protection approprié, à savoir un répulsif à ours et tout autre moyen de dissuasion. »

Il est cependant difficile de s'assurer de la conformité de chaque société à ces règles. Les agents chargés de la SST du Yukon procèdent à des inspections aléatoires afin de déterminer si les évaluations des risques et les mesures d'atténuation prises par les sociétés sont adaptées, mais ils ne sont pas chargés de l'évaluation des risques. C'est aux employés, surveillants et travailleurs de s'en assurer, ajoutait M. Mostyn. Le gouvernement territorial a commencé à développer une base de données afin de suivre, entre autres, le nombre et la gravité des rencontres avec des ours. Cette dernière pourrait fournir des conclusions davantage orientées sur les données concernant les rencontres avec des espèces sauvages et la façon de les éviter ou de les atténuer. Le gouvernement du Yukon publie une brochure très consultée intitulée « Guidelines for Industrial Activity in Bear Country » (directives relatives aux activités industrielles sur les territoires des ours), qui présente un ensemble consolidé de recommandations visant à aider les sociétés à comprendre les exigences en matière de planification afin de réduire les éléments susceptibles d'attirer les ours.

Une conception appropriée et un bon entretien des camps sont essentiels, et la vigilance garantira que les ours ne s'habituent jamais à la présence humaine ou n'aient tendance à associer les hommes à des sources de nourriture. Parmi les mesures très efficaces, il faudra s'assurer que les ours n'aient pas accès à la nourriture, aux poubelles ou à d'autres éléments susceptibles de les attirer, par exemple des produits pétroliers, et délimiter une zone pour les espèces sauvages autour des camps. Incinérer les déchets alimentaires après chaque repas (et non pas les enterrer ou les brûler dans des puits ou des bidons ouverts) permettra d'éliminer les odeurs qui pourraient attirer les ours.

La prévention totale est très difficile, étant donné que les conflits entre humains et espèces sauvages sont le résultat de nombreuses variables, expliquait Ramona Maraj, spécialiste de la biologie des carnivores pour le gouvernement du Yukon. La disponibilité des ressources alimentaires naturelles et l'emplacement des camps sont d'importants facteurs, tout comme la personnalité de chaque animal ; les ours, comme tout autre animal, peuvent être imprévisibles. En effet, quelles que soient les consignes de sécurité mises en œuvre face aux espèces sauvages, certains experts doutent que la formation puisse permettre d'éviter une attaque déterminée telle que celle qui s'est produite sur le site de Suncor.

Faits concernant les attaques d'ours noirs

Au moins 63 décès liés à des attaques par des ours noirs ont été communiqués au Canada et aux États-Unis entre 1900 et 2009

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49 de ces accidents ont eu lieu au Canada et en Alaska

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91 % des attaques mortelles se sont produites lorsque la victime était seule ou accompagnée d'une seule autre personne

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92 % de ces attaques mortelles impliquaient un ours mâle prédateur

Source :

« Fatal attacks by American black bear on people: 1900–2009 » dans la revue scientifique The Journal of Wildlife Management

Traduit par : Karen Rolland

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