juin/juillet 2014

Sous pression

Les exploitants de charbon métallurgique traversent des moments difficiles en Colombie-Britannique

Par Christopher Pollon

Le charbon métallurgique a atteint son prix le plus bas depuis 2009, et c'est la Colombie-Britannique, d'où provient près de 90 % du charbon servant à la fabrication de l'acier, qui a le plus souffert de ce déclin.

Le charbon cokéfiant dur a perdu plus de la moitié de sa valeur entre le second trimestre 2011 et le début de l'année 2014, passant de 313 $ US par tonne en 2011 à environ 120 $ US par tonne en mai dernier, obligeant les sociétés minières de Colombie-Britannique à licencier du personnel et à limiter les projets de nouveaux développements. Le ralentissement économique pourrait aussi faire avorter les projets de la première ministre de C.-B. Christy Clark, qui avait prévu en 2012 de réaliser huit nouvelles mines et de mener à bien neuf développements d'ici 2015.

Le plus grand choc s'est produit le 15 avril, lorsque la société Walter Energy basée en Alabama a annoncé la suspension des activités à la mine Wolverine dans le nord-est de la province, laissant dans l'incertitude quelque 415 travailleurs à plein temps. La société licenciera 280 personnes supplémentaires en juillet en raison du ralentissement des activités à la mine Brazion. « À la mine Wolverine en particulier, les conditions géologiques complexes et les distances pour transporter le charbon vers le port influent sur les coûts de la production et des ventes », expliquait Tom Hoffman, porte-parole de Walter Energy, quant à la décision de suspendre les activités.

Parallèlement, Teck Resources, le plus gros producteur canadien de charbon qui est propriétaire de cinq mines de charbon métallurgique en Colombie-Britannique et dans l'ouest de l'Alberta, a remis à plus tard l'expansion de sa mine Quintette près de Tumbler Ridge, laquelle avait récemment obtenu l'autorisation de commencer les activités. Lors d'une conversation avec le CIM Magazine en mai, Chris Stannell, porte-parole de Teck, n'a pas souhaité confirmer le sort des deux autres mines de charbon métallurgique qui avaient récemment obtenu l'autorisation d'expansion en C.-B., mais a uniquement indiqué que les réalités économiques concernant l'expansion sont peu optimistes. « Au vu des prix actuels, nous estimons qu'environ 35 à 40 millions de tonnes de charbon servant à la fabrication de l'acier destinées au commerce maritime à l'échelle mondiale sont produites à marge négative, ce qui n'est pas viable », expliquait-il. À titre de comparaison, Teck a produit 26,9 millions de tonnes de charbon métallurgique en 2013.

Le déclin continu de la production de charbon ne présage rien de bon pour la province : ce minéral représente plus de 50 % des revenus totaux de la production minérale et est la marchandise la plus exportée de Colombie-Britannique. La plupart des exportations sont destinées à la Corée du Sud, au Japon et à la Chine, où on l'utilise pour fabriquer de l'acier.

Les importants gisements de charbon métallurgique de la C.-B. sont concentrés aux extrémités est de la province ; la plupart sont sous le contrôle de la société Teck Resources, qui est devenue le second plus grand exportateur de charbon métallurgique sur le marché maritime après qu'elle ait racheté le Fording Canadian Coal Trust pour environ 14 milliards $ US en 2008.

Sur une note positive, Anglo American poursuit l'expansion de sa mine Trend près de Tumbler Ridge. En août l'année dernière, alors que les prix commençaient déjà à décliner, le directeur général d'Anglo American Mark Cutifani a souhaité se rendre sur le site des mines Trend et Roman lors d'une cérémonie consistant à retourner la terre, une marque symbolique de confiance envers le projet mais également envers l'avenir du charbon métallurgique en Colombie-Britannique. À cette époque, la société expliquait que l'expansion s'était faite à peu de frais étant donné les faibles coûts de production sur le nouveau site de la mine Roman, située à côté de la mine Trend et disposant d'un lien ferroviaire existant jusqu'aux voies maritimes.

En mars, la société recevait la dernière autorisation lui permettant de construire des routes et un pont donnant accès au gisement de Roman. « Notre projet avance bien malgré les conditions actuelles du marché », déclarait en mai Federico Velásquez, directeur des affaires générales et publiques pour le Canada chez Anglo American. « C'est une bonne nouvelle pour la Colombie-Britannique sur le plan du charbon métallurgique. »

La proposition de projet de mine de charbon souterraine de Murray River près de Tumbler Ridge semble également bien avancer. Le projet a acquis une certaine notoriété dans tout le Canada en 2012 lorsque son propriétaire, HD Mining, a envisagé d'embaucher des travailleurs étrangers temporaires de Chine pour les travaux sur le site. La société poursuit ses activités dans le cadre d'un permis autorisant l'échantillonnage massif de 100 000 tonnes de charbon comme prélude à une mine potentielle, alors que le projet continue de se frayer un chemin au travers des procédures d'évaluation environnementale fédérales et de C.-B.

D'après Geordie Mark, chercheur à la société Haywood Securities de Vancouver, les prix bas actuels reflètent l'offre excédentaire à l'échelle mondiale résultant d'un surplus de charbon cokéfiable d'Australie. Sa société prévoit cependant un rebondissement des prix du charbon métallurgique menant à un prix escompté de 175 $ par tonne pour 2016. Cet optimisme repose sur deux faits interdépendants : il existe dans le monde une quantité fixe de charbon métallurgique, et ce combustible est nécessaire à la fabrication de l'acier. Les préoccupations concernant un ralentissement du taux de croissance de la Chine persistent, mais le plus important, expliquait M. Mark, est que le pays connaît une forte croissance continue d'année en année.

Dans l'intervalle, la situation reste sinistre pour les sociétés qui espèrent recueillir des fonds et faire avancer leurs projets en phase de démarrage tels que le projet de mine de charbon Raven de Compliance Energy sur l'île de Vancouver.

« Les sociétés minières du monde entier, et notamment celles en phases d'exploration et de développement, trouvent actuellement difficile de recueillir des fonds des marchés boursiers », indiquait M. Mark. « Mais le secteur s'en sortira ; ce n'est pas la première fois que nous traversons ce genre d'épreuve. » 

Traduit par : Karen Rolland

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