juin/juillet 2014

L'atout québécois

Les investissements de Ressources Québec contribuent à l'avancement des projets locaux

Par Antoine Dion-Ortega

En avril, la société Stornoway Diamonds achevait de réunir un financement de 944 millions $, ouvrant la voie à la construction de son projet de mine de diamant Renard. La société est parvenue à recueillir un financement de 220 millions $ de Ressources Québec (RQ), la jeune filiale d'Investissement Québec (IQ), et de 105 millions $ supplémentaires de la Caisse de dépôt et placement, soit au total 325 millions $ en fonds publics –un peu plus du tiers du coût total de construction. « La réussite de ces transactions élimine le dernier risque financier qui pesait sur le projet et ouvre la voie à la construction », déclarait Matt Manson, président et chef de la direction de Stornoway, lors de l'annonce du financement.

RQ a vu le jour il y a tout juste deux ans. Le gouvernement libéral de Jean Charest réservait alors 1,2 milliard $ pour l'investissement dans les projets miniers, pétroliers et gaziers de la province. Afin d'optimiser les retombées de l'industrie extractive sur l'économie québécoise, RQ allait rassembler les 236 millions $ de titres déjà investis du gouvernement, et investir 1 milliard $ supplémentaire dans des projets futurs. Malgré deux élections successives et des débats parfois enflammés sur la réglementation du secteur, RQ est devenu un acteur incontournable dans le financement des nouveaux projets de la province.

« RQ a joué un rôle fondamental dans notre levée de capitaux », indiquait Benoit Gascon, président et chef de la direction à Mason Graphite, qui a conclu le 28 avril dernier deux ententes de financement totalisant 15,6 millions $ pour son projet de graphite au Lac-Guéret. « Ils nous ont dit que l'on s'occupe de trouver le reste, mais qu'ils étaient là pour nous soutenir. » L'investissement de 3 millions $ de RQ a convaincu les courtiers de la solidité du projet, dit-il. « L'aide de RQ a été décisive et nous a permis de clore notre campagne de financement dans les temps ; elle nous a accordé bien plus que ce à quoi l'on s'attendait. » Mason Graphite prévoit d'achever son étude de faisabilité au début de l'année 2015. À l'heure actuelle, le projet du Lac-Guéret présente des ressources mesurées et indiquées de plus de 50 millions de tonnes avec une teneur moyenne en graphite de 15,6 %.

Lorsque RQ a été mise sur pied, le gouvernement avait en tête de couvrir la totalité du cycle minier, et pas seulement la phase d'exploration –qui dépendait déjà du mandat de la SOQUEM, une société publique qui soutient les sociétés locales d'exploration et la recherche. « RQ allait s'occuper du développement de projets miniers au sens large, de l'exploration à la mise en exploitation –ce que SOQUEM ne faisait pas », déclarait Luc Séguin, vice-président au développement des affaires à RQ. « Nous disposons actuellement de 10 ou 12 partenariats dans notre portefeuille, et d'autant en prévision. »

RQ sélectionne ses projets sur la base de cinq critères majeurs. Tout d'abord, le projet doit démontrer une contribution « facilement mesurable » au développement économique de la province. « Nos investissements n'ont pas pour seul but de générer un rendement », expliquait M. Séguin. Ceci étant dit, le projet doit tout de même être rentable. « Si la probabilité que le projet se réalise est suffisamment importante, on s'engage. »

Les projets doivent être dirigés par des équipes expérimentées. « Nous sommes des investisseurs patients et ne nous ingérons pas dans les activités des sociétés, aussi nous devons pouvoir faire confiance aux directeurs des exploitations car ce sont eux qui feront la différence, après coup », expliquait M. Séguin. La filiale cherche aussi à s'engager dans des marchés émergents plutôt qu'en déclin. « Nous nous focalisons sur les nouveaux minéraux : les terres rares, le lithium, le nickel qui entre dans la fabrication d'acier inoxydable, le vanadium, etc. », déclarait-il. « Nous observons l'évolution de ces marchés afin de décider si l'on souhaite prendre part à un projet. »

Enfin, les projets doivent disposer d'un permis social d'exploitation. À ce titre, l'exemple du projet d'apatite de Mine Arnaud, une entreprise commune entre Yara International et IQ, sert de leçon. Le projet de Sept-Îles a déclenché une vague de protestation au sein de la population. « Nous n'avions pas envisagé une telle opposition à l'égard du projet », indiquait M. Séguin. « Nous avons sous-estimé l'intervention du public. »

La formule la plus courante qu'adopte RQ consiste à prendre des participations minoritaires dans les sociétés, souvent avec une part de dette subordonnée à la réalisation du montage financier. En échange, RQ négociera le plus souvent une redevance ou une vente à terme (streaming) sur la production.

RQ gère actuellement un portefeuille de quelque 300 millions $, dont Renard constitue clairement le projet phare. « Le projet de Stornoway est le plus susceptible de se réaliser sur le court terme, puisque l'on est en train de finaliser la levée de capitaux et les travaux de construction devraient pouvoir commencer dès cet été », confirmait M. Séguin. Le 23 mai, Stornoway a annoncé qu'elle avait clôturé son placement public à plus de 132 millions $ en reçus de souscription, ce qui constituait une condition préalable à l'investissement de RQ.

À une époque où les marchés dépriment, compter RQ parmi ses partenaires constitue un atout inestimable pour les petites sociétés minières. « Pour beaucoup de sociétés, la réalisation de l'étude de portée en vue de l'étude de faisabilité représente l'une des phases les plus difficiles », affirmait Mark Selby, président et chef de la direction par intérim à Royal Nickel Corp. (RNC). « Les investisseurs affluent pour le potentiel d'exploration, mais les levées de fonds deviennent plus difficiles à l'étape de l'étude de portée. »

RQ a investi 12 millions $ dans le projet Dumont de RNC en août 2012, en échange d'une redevance de 0,8 % tirée sur le rendement net de fonderie –une entente que M. Selby qualifie « d'aide inestimable ».

« La contribution des agences gouvernementales à l'investissement à nos côtés envoie un fort message de soutien aux partenaires potentiels, leur montrant que la province veut vraiment que le projet avance », expliquait-il. « C'est un facteur qui facilite la vente en Asie ou en Europe. » RNC a achevé son étude de faisabilité en juin 2013. M. Selby espère dénicher un partenaire minoritaire désireux d'acquérir une participation de 30 à 45 % dans le projet Dumont d'ici l'automne, ce qui permettrait de lancer la construction dès le début de l'année 2015. « Il s'agit d'une dépense en capital de 1,2 milliard $, aussi nous essayons de voir avec RQ si elle souhaiterait faire avancer le projet vers la phase de production. »

« À l'heure actuelle, il n'y a sans doute qu'en Finlande que l'on assiste à un tel niveau de soutien gouvernemental à l'industrie minière », indiquait-il.

D'après M. Gascon de la société Mason Graphite, le Québec a une mentalité axée sur le développement qui n'est pas contre l'intervention du gouvernement quand il s'agit de financer des projets miniers. « Ce n'est pas qu'une question de subventions ; il s'agit aussi de détenir des participations dans des sociétés en vue d'attirer des investisseurs étrangers et de soutenir les investisseurs locaux », ajoutait-il. « C'est un atout que le reste du Canada n'a pas.» 

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