juin/juillet 2014

Tomo le manchot et la mine Golden Bullets

Par Correy Baldwin

L'or a toujours attiré les foules, et l'histoire nous montre que l'on peut déployer des efforts titanesques pour tenter de découvrir ne serait-ce qu'une trace de ce métal précieux....et même s'en remettre à de simples rumeurs selon lesquelles un chasseur utilise des munitions en or. Ces rumeurs suffisent à motiver le gardien de la paix Samuel Harris à lancer, au cours de l'été 1860, une expédition en remontant le fleuve Cowichan, une partie de l'île de Vancouver encore inexplorée par les pionniers. Le guide du groupe pour l'exploration de ce territoire inconnu est Tomo Antoine, surnommé « Tomo le manchot », l'un des meilleurs guides de la Compagnie de la Baie d'Hudson (HBC) et le premier à avoir entendu parler des balles en or.

Un membre de la Première Nation Ditidaht aurait apparemment trouvé un affleurement minéralisé de quartz aurifère alors qu'il chassait dans les montagnes situées de l'autre côté du lac Cowichan. À court de munitions, il aurait pris des morceaux d'or et leur aurait donné la forme de balles de mousquet. Une histoire à dormir debout ? Quoi qu'il en soit, elle est trop belle pour la laisser passer. M. Antoine la raconte à M. Harris, qui la transmet à son tour à James Douglas, gouverneur de l'île de Vancouver, lequel donne l'ordre de lancer une expédition immédiate pour entrer en contact avec cet autochtone Ditidaht et mettre la main sur l'or.

Tomo Antoine, d'origine iroquoise et chinouke, naît et grandit dans le commerce des fourrures de la HBC. Son père, commerçant de fourrures de la compagnie, décède alors qu'Antoine n'est encore qu'un nourrisson. Jeune homme, M. Antoine attire l'attention de M. Douglas, qui avait créé en 1841 le dépôt de Fort Victoria de la HBC et rapidement, le futur « père de la Colombie-Britannique » embauche le jeune M. Antoine en tant que guide dans les premières expéditions de la HBC sur les terres de l'île de Vancouver.

M. Antoine ne manque pas de bravade et son extravagance subjugue. En 1856, il s'éprend d'une jeune femme qu'il rencontre dans une tribu locale proche de ce qui est aujourd'hui la ville de Duncan ; son futur mari, offensé, tire sur Antoine et la balle traverse son bras puis vient se loger dans sa poitrine. Un guérisseur local sauve la vie à M. Antoine, mais les médecins de Victoria ne peuvent rien faire pour son bras ; Tomo Antoine devient alors « Tomo le manchot ». Entre-temps, le futur mari est appréhendé par les autorités britanniques, déclaré coupable et pendu. M. Antoine devient alors l'ennemi juré des autochtones de la région et en est banni à jamais.

Mais tout n'est pas perdu dans cette mésaventure. L'amputation ne le tempère pas pour autant, et M. Antoine est rapidement de retour au travail. Il se déplace en pirogue à l'aide d'une pagaie adaptée et trace le chemin pour les pionniers. À l'époque, le commerce de la fourrure cède déjà la place à la chasse à l'or. La ruée vers l'or en Californie est passée, de même que celle du canyon de Fraser. Des milliers d'hommes se réunissent sur la côte ouest, prêts à se jeter sur la moindre trace du métal précieux.

La remontée du fleuve Cowichan en juillet 1860 est la deuxième tentative de MM. Harris et Antoine ; ils avaient en effet tenté de le parcourir en février, mais leur projet avait été contrarié par les inondations survenues en début de saison. Au cours des deux aventures, l'équipe procède au lavage de l'or à la batée et trouve suffisamment de paillettes d'or pour décider de poursuivre ses recherches. Onze jours s'écoulent avant qu'ils n'atteignent le lac Cowichan et repèrent le village Ditidaht où ils espèrent trouver le chasseur.

Ils ont en tête de trouver la personne qui utilise des munitions en or dans son fusil et de lui demander de les mener jusqu'à la mine d'or cachée. Touchés par une épidémie mortelle de variole qui décime leur village, les membres de la communauté Ditidaht ont cependant d'autres chats à fouetter. Leur chef leur propose alors une entente : la tribu aidera les hommes et les laissera prospecter sur le territoire Ditidaht à condition qu'ils reviennent avec un traitement contre la variole.

L'équipe accepte et repart aussitôt sur le fleuve. Elle rassemble les médicaments nécessaires et revient à la mi-août. Les médicaments permettent d'endiguer l'épidémie de variole. L'or, par contre, s'avère plus difficile à trouver ; en effet, l'homme connaissant l'emplacement de la mine est décédé durant l'épidémie.

L'équipe n'a donc plus qu'à explorer les rives du lac Cowichan dans l'espoir de trouver des traces de cet or. Pour ce qui est du fleuve Cowichan, M. Harris trouve matière à rédiger un rapport positif, mais pas plus. Cela aurait pu suffire à relancer une vague de prospection, mais entre-temps, une autre ruée vers l'or voit le jour et les prospecteurs d'or sont maintenant en route vers la région Cariboo, puis le Klondike. Les munitions en or sont finalement jetées aux oubliettes.

En 1864, M. Antoine redore son blason alors qu'il est guide d'une expédition le long du fleuve Sooke, laquelle aboutira à une ruée vers l'or à Leechtown. Désormais nanti, il finit par se retirer dans la forêt, sans jamais avoir mis la main sur ces balles en or.

Traduit par : Karen Rolland

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