juin/juillet 2014

Innovation

L'ingénierie des systèmes pour le supercycle de l'innovation

Par Andy Reynolds

L'innovation influence les industries dans des vagues d'activités qui durent des années, voire des décennies, et engendre des changements importants dans certains secteurs, créant ainsi de toutes nouvelles chaînes d'approvisionnement tout en en détruisant d'autres. Depuis un ou deux siècles, ces vagues sont devenues plus marquées et entraînent des changements à une vitesse et une complexité croissantes. D'ici peu, l'industrie minière se trouvera confrontée à un changement majeur étant donné que les minerais à faible teneur deviennent une dure réalité et appellent au développement de nouvelles technologies avancées. Ce contexte imminent de besoins croissants et d'explosion de solutions adaptées mais diversifiées engendrera un « supercycle de l'innovation ». L'industrie minière devra apprendre à gérer de nouveaux rôles et interactions pendant les phases de conception, de construction, d'exploitation, de désaffectation et de réhabilitation.

Dans un certain sens, les sociétés minières n'étaient auparavant confrontées qu'aux fluctuations des valeurs des marchandises, et la source de leur avantage concurrentiel résidait dans la qualité de leurs gisements. Dans cette nouvelle ère où gisements indifférenciés et augmentation des coûts de la main-d'œuvre sont monnaie courante, les sociétés minières se rendront vite compte qu'il est désormais inéluctable de s'assurer de l'efficacité des activités. La productivité deviendra bien plus importante, et l'avantage concurrentiel dépendra non plus de la géologie, mais de la technologie. L'automatisation à elle seule pourrait constituer une étape au-delà de laquelle l'intégration des systèmes sera très probablement la source des progrès à venir.

L'ingénierie des systèmes officialise l'intégration d'éléments interdisciplinaires de systèmes complexes pour répondre aux exigences des exploitants et d'autres parties concernées tout au long des cycles de vie des systèmes. Cette discipline est rapidement devenue indispensable pour faire face à l'évolution rapide de la technologie. L'ingénierie des systèmes exige un effort initial considérable pour l'analyse des exigences en termes de capacité de l'intégralité du système durant toute sa durée de vie. Elle utilise beaucoup la modélisation et la simulation pour déterminer la façon de répondre à l'ensemble des critères hautement détaillés. Essentiellement, cette activité se poursuit tout au long du cycle de vie du système (ce qui est obligatoire), car les exigences changeront inévitablement au fil du temps. À mesure que le système se développe, l'intégration est constamment revisitée du point de vue de l'ensemble du système, ce qui est bien différent de la gestion d'interfaces de composants dans l'ingénierie de base. Cela garantit que l'ensemble du système répond à toutes les exigences en termes de capacité pour l'intégralité de sa durée de vie. Les secteurs de l'aérospatiale, de la défense et, plus récemment, des technologies de l'information et de la communication (TIC) et de l'énergie nucléaire sont parvenus à faire face à la complexité grâce à des approches officielles telles que l'ingénierie des systèmes pour assurer une plus grande rigueur des solutions et garantir que la capacité requise du système soit atteinte.

Le secteur minier pourrait se servir des outils de l'ingénierie des systèmes pour comprendre la façon dont les technologies candidates peuvent engendrer une extraction profitable de minerais dont les teneurs sont en baisse, sans pour autant mener à des problèmes non prévus de gestion ou de maintenance ni contribuer à de futurs problèmes. On pourrait identifier à l'avance, dans le cadre du cycle d'innovation, les exigences en matière de compétences, de formation, de procédures révisées et d'interfaces d'exploitation, de capacité de maintenance ou d'autres imprévus. Les risques, qui constituent si souvent un obstacle à l'innovation, se comprendraient en termes de capacité de l'ensemble du système et seraient rationnellement attribués entre tous les acteurs. Ceci faciliterait la création d'alliances à long terme qui réduisent les risques liés aux investissements de capitaux associés au développement d'une mine.

La capacité à gérer les risques technologiques dans le contexte d'un système est ce qui rend idéale l'ingénierie des systèmes pour l'adoption de nouvelles technologies. Ceci se vérifie non seulement lors de la création du système, mais également tout au long de sa vie étant donné que les nouvelles exigences ou l'obsolescence exigent l'intégration de nouvelles technologies. Les intégrateurs de systèmes pratiquant l'ingénierie des systèmes ont développé des aptitudes en matière de sélection de technologies, et les utilisateurs finaux ont appris à reconnaître les avantages de l'externalisation de ce genre de décisions même si cela les place en position faible en termes de connaissances techniques. Cette approche permet aux sociétés d'experts-conseils de jouer un rôle important en tant que partenaires de confiance qui peuvent évoquer, en connaissance de cause, les risques et les opportunités. L'adoption de l'ingénierie des systèmes par l'industrie minière pourrait aussi avoir un impact sur les fournisseurs de matériel étant donné que les activités et les procédés améliorés interagissent avec les développements en matière d'automatisation, de capacité et d'exploitabilité. La gestion délibérée des interfaces et des interactions à toutes les étapes du cycle de vie renforcerait encore davantage les chaînes d'approvisionnement de l'équipement.

Le défi du supercycle de l'innovation est clair : l'utilisation des technologies appropriées pour renforcer la productivité des exploitations minières dans cette nouvelle ère de géologie indifférenciée mènera à des niveaux jamais encore observés de complexité. Les sociétés minières devraient envisager l'aide que pourrait leur apporter l'ingénierie des systèmes pour se préparer à ces changements profonds. Leurs relations au sein de la chaîne d'approvisionnement résisteront-elles à l'épreuve du temps ? Qui jouera le rôle d'intégrateur des systèmes ? Les modèles d'investissement sont-ils prêts à faire face à un effort technique croissant ? Les réponses résident peut-être dans de nouvelles alliances qui externalisent la gestion des risques technologiques et les fonctions d'intégration.

 Andy Reynolds

Andy Reynolds est gestionnaire principal
du portefeuille Énergie, mines et environnement
du Conseil national de recherches du Canada (CNRC).

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Traduit par : Karen Rolland


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