février 2014

Un palais de potasse

L'avenir de la mine Jansen de BHP Billiton vous paraît incertain ? Passez voir Maury Simoneau, qui surveille l'installation du baraquement du projet

Par Brenda Bouw

L'été dernier, au beau milieu d'un bouleversement du marché résultant de la décomposition de l'une des deux plus grandes agences de commercialisation de la potasse au monde, BHP Billiton a annoncé des dépenses supplémentaires s'élevant à 2,6 milliards $ US pour son projet Jansen, situé au cœur de la région productrice de potasse de la Saskatchewan.

Maury Simoneau, conducteur de travaux sur le site, est responsable de la construction en cours du Discovery Lodge, un baraquement luxueux qui devrait héberger plus de 2 500 personnes censées venir travailler à la construction de la mine. Ce baraquement comprendra 2 586 chambres de 160 pieds carrés disposant de leur propre salle de bains (toilettes et douche), un réfectoire pouvant accueillir 1 200 personnes, une salle de cinéma de 200 places ainsi qu'un centre de loisir de 14 000 pieds carrés contenant des hammams, des terrains de squash, une piste de course, deux simulateurs de golf et un gymnase de taille réglementaire pour des sports tels que le basketball ou le volleyball.

M. Simoneau a déjà de l'expérience dans la gestion de projet et la coordination de la construction qu'il a acquise dans le cadre d'autres projets portant sur les ressources naturelles dans l'ouest du Canada, notamment pour les secteurs de la sylviculture et des sables bitumineux. Il est spécialisé en construction civile et en construction modulaire de baraquement. Le CIM Magazine s'est entretenu avec lui quant aux caractéristiques du baraquement et aux difficultés rencontrées pour sa construction, particulièrement durant l'hiver rigoureux des Prairies canadiennes.

L'ICM : À quelle étape se trouve le projet en ce début d'année 2014 ?

M. Simoneau : La construction du baraquement se fera en trois étapes. La première phase, qui concerne 562 chambres sur les 2 586 [au total], est terminée et les chambres sont occupées. La deuxième phase, à laquelle nous travaillons en ce moment, comprend l'ajout de 660 chambres, du bâtiment central de 90 000 pieds carrés et du complexe sportif. Nous travaillons avec zèle pour terminer la phase 2 d'ici cet été. La troisième et dernière phase comprend deux éléments, à savoir la construction du reste des chambres, et celle du théâtre et de l'abri pour les autocars.

L'ICM : Pourquoi avoir nommé ce projet Discovery Lodge ?

M. Simoneau : BHP a organisé un concours auprès de ses employés pour donner un nom au baraquement. C'est une étudiante de troisième cycle qui a trouvé ce nom, Discovery Lodge. Elle travaille encore pour la société. En ce qui me concerne, je trouve que ce nom lui va à ravir. Cela représente bien la société qui vient s'installer dans une nouvelle région pour se lancer dans un nouveau projet.

L'ICM : Comment faites-vous face à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée dans l'ouest du Canada ?

M. Simoneau : Il faut proposer des horaires convenables aux personnes qui vont faire la navette entre le site et leur lieu de vie dans d'autres régions du pays ou ailleurs. Nous devons proposer des rémunérations semblables à celles offertes par les Fort McMurrays du monde. Il faut aussi leur donner un environnement agréable lorsqu'elles travaillent loin de chez elles. L'un de nos objectifs avec le Discovery Lodge, et pour le construire au mieux que nous pouvons, est de nous assurer que nous disposons d'un actif d'exploitation qui, au final, nous aidera à attirer les personnes de carrure internationale dont nous avons besoin pour assurer la construction efficace et en toute sécurité de notre projet de mine. Nous avons pu trouver les personnes qu'il nous fallait, celles qui avaient l'expérience nécessaire pour venir à Jansen et nous aider à construire le baraquement.

L'ICM : Le climat des Prairies canadiennes est-il un problème ?

M. Simoneau : Les conditions climatiques dans la province de la Saskatchewan sont indéniablement rigoureuses. Pendant les mois de janvier et février, il peut s'avérer très difficile de mettre l'équipement en route tous les jours. Nous prévoyons et décidons des priorités de manière à ce que les travaux dépendant du climat, principalement le terrassement, soient menés au printemps, en été et à l'automne lorsque le sol n'est pas gelé. Nous construisons aussi des structures temporaires si nécessaire [afin] de terminer les travaux en extérieur dans un environnement chauffé, par exemple à l'aide de chauffage et de clôtures, d'échafaudages, de bâches de protection et de chauffages d'appoint portables. [Nous assurons] également la maintenance sur le site pour garantir que les routes, les voies piétonnes et les fronts de taille soient adaptés et que les travaux puissent avoir lieu en toute sécurité.

Les vents forts sont également un facteur limitant. Les jours de grands vents peuvent limiter l'exécution de nos travaux en hauteur ou de levage. Les plateformes élévatrices et les grues ne fonctionnent pas au-delà de certains paramètres relatifs à la vitesse du vent et aux températures. Les modules de Discovery Lodge ont été conçus de manière à supporter les vitesses du vent auxquelles nous nous attendons dans les prairies de la Saskatchewan. Les services publics sont chauffés et isolés si nécessaire par mesure de protection afin de s'assurer que leur intégrité opérationnelle ne soit pas affectée par temps de gel.

L'ICM : Qu'adviendra-t-il du baraquement une fois la mine construite ?

M. Simoneau : Une fois la mine en service, il est prévu que le baraquement ne reste pas en permanence sur le site. Notre intention est de transférer Discovery Lodge vers un autre site. Nous faisons notre possible pour inciter les personnes qui viendront travailler à la mine une fois qu'elle sera opérationnelle à s'installer dans les communautés locales et à apporter leur contribution à ces communautés.

Les structures du baraquement auront une conception modulaire (des compartiments modulaires ou des unités modulaires sur traîneau) ou il s'agira d'installations pré-assemblées qui permettent de facilement démonter chaque structure. Nous avons besoin d'une grue pour hisser, installer et retirer ces structures de leurs fondations sur pilotis ou en béton. Les modules abritant les dortoirs et les locaux sont conçus et construits de manière à ce que la majorité des travaux soient menés hors chantier. Les équipes sur place « relient » les modules et terminent les interconnexions requises, qu'elles soient mécaniques, électriques ou architecturales, ce que l'on appelle l'agencement du complexe intérieur et extérieur.

L'ICM : Quels avantages personnels pensez-vous offrir en travaillant sur ce projet ?

M. Simoneau : J'ai eu l'occasion de diriger la construction de baraquements dans le passé, j'ai travaillé dans le secteur des sables bitumineux et j'ai grandi dans la province de la Saskatchewan. J'ai passé toute ma carrière en Alberta et en Colombie-Britannique. Ce projet m'a permis, à moi ainsi qu'à d'autres, de contribuer à un mégaprojet plus près du lieu où nous avons grandi. Rentrer chez moi tous les soirs et travailler près de chez moi n'a pas de prix.

L'ICM : On doit souvent vous demander si le projet Jansen va se poursuivre, car certaines personnes semblent sceptiques quant à son avenir. Qu'en pensent les personnes sur le terrain à la Saskatchewan ?

M. Simoneau : Je réponds toujours « Regardez autour de vous ». Il y a beaucoup à faire et Jansen doit encore faire l'objet d'une approbation, mais nous avons déjà réalisé beaucoup de choses. Je pense qu'il est facile de voir la direction que prend le projet en jetant un simple coup d'œil à ce qu'il se passe autour. Tout le monde a ses opinions, mais si vous passez à côté du site et observez ce que nous avons accompli, cela vous donne une assez bonne idée de l'avenir du projet.

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Traduit par Karen Rolland

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