février 2014

Construisez la ligne et les communautés viendront à vous

La ligne de transport d'énergie du nord-ouest de la Colombie-Britannique promouvra la mise en valeur des minéraux

Par Vivian Danielson

Imaginez l'installation de 1 100 pylônes sur une ligne de 344 kilomètres traversant les montagnes accidentées de la Colombie-Britannique et vous aurez une idée des difficultés associées à la construction de la ligne de transport d'énergie du nord-ouest (NTL - Northwest Transmission Line). Ceci n'a cependant pas effrayé BC Hydro, qui prévoit une mise en service au printemps de sa ligne de transport d'énergie de 287 kilovolts.

Sachant que l'on utilise encore du diesel pour produire de l'électricité dans la majeure partie du nord-ouest de la Colombie-Britannique, la mise en service de cette NTL si attendue sera un événement transformateur pour les communautés locales et les projets sur les ressources. Le réseau de transport d'énergie électrique à haute tension de BC Hydro ne s'étendait dans le Nord que jusqu'à la jonction Meziadin, avec un circuit atteignant l'ouest jusqu'à la communauté côtière de Stewart. La nouvelle ligne commence à la sous-station Skeena près de Terrace et continue vers le nord pour se terminer à une nouvelle sous-station près de Bob Quinn Lake sur la route 37. Un projet connexe de prolongement Iskut de 93 km de Bob Quinn à Tatogga est en cours de construction par Imperial Metals pour soutenir le développement de sa mine de cuivre et d'or Red Chris.

En plus de fournir une énergie fiable à bas prix à cette région isolée, la NTL devrait servir de « point d'interconnexion » entre les utilisateurs finaux des ressources (tels que la mine Red Chris d'Imperial) et les projets indépendants de production d'électricité tels que plusieurs projets de centrales hydroélectriques au fil de l'eau actuellement développés par AltaGas pour alimenter la ligne en électricité.

De fil en aiguille

Le projet donne l'espoir de voir apparaître de nouvelles infrastructures et de promouvoir le développement économique dans la région, mais il a également soulevé une vague d'opposition au sein de plusieurs groupes au fil des ans. « Les gens ont exprimé, en toute légitimité, leurs préoccupations », explique Tim Jennings, directeur du projet NTL. « Beaucoup de délibérations ont eu lieu sur tout un éventail de questions et ceci s'est [depuis] traduit par un grand soutien au projet, très positif. »

M. Jennings explique que, du fait de l'isolation et de la fragilité écologique de la région, le choix du site pour la construction de la ligne a été une priorité importante dès le début. La ligne traverse le Nisga'a Memorial Lava Bed Park, la route 37, la rivière Skeena et bien d'autres cours d'eau plus petits, des flancs de montagnes abrupts enclins aux avalanches et un habitat de la faune sauvage sensible.

D'après M. Jennings, trouver la meilleure route est aussi difficile que « chercher une aiguille » dans un labyrinthe topographique. « D'après l'alignement que nous avons adopté, les lignes seront en retrait de la route 37, ce qui rend difficile la construction de routes d'accès. »

Pour accéder et dégager l'emprise (ROW – right of way) de la NTL, les équipes ont dû réhabiliter environ 300 km de routes existantes et construire près de 200 km de nouvelles routes. Des hélicoptères ont servi à installer plusieurs des structures de transport le long des 344 km de la ligne. Le transport de l'acier des zones d'attente centrales où il est stocké n'a pas été simple étant donné que chacun des pylônes en treillis en forme de Y haubanés pèse 95 tonnes et mesure en moyenne 27 mètres. La hauteur de tous les pylônes réunis équivaut à 78 Empire State Buildings. Actuellement, les équipes doivent suspendre 2 100 km de câbles à conducteurs dans un dernier effort pour terminer l'installation d'ici mai 2014.

Cela faisait un certain temps que BC Hydro n'avait pas construit de projet de cette ampleur dans une région isolée, aussi la société a attribué le marché de conception-construction aux sociétés Valard Construction et Burns & McDonnell, basée dans le Missouri, lesquelles ont une grande expérience en matière de transport et de distribution électrique. Burns & McDonnell a réalisé la ligne et Valard, basée en Alberta, s'est occupée de la partie construction, en grande partie avec sa propre main-d'œuvre et son équipement.

Adam Budzinski, le président de Valard, explique que la société a débuté en 1978 en construisant de petites lignes électriques en milieu rural, et sa croissance organique en a fait l'un des constructeurs de lignes électriques les plus influents du Canada. « La NTL n'est pas notre projet le plus long, mais il est l'un des plus difficiles », fait remarquer M. Budzinski. « Ceci s'explique en partie par la topographie complexe et les conditions météorologiques extrêmes dans cette région du monde. Chaque vallée est différente et a son propre microclimat. »

La logistique est également complexe, ajoute M. Budzinski, car il faut tout d'abord amener l'équipement à Terrace, la plus grande communauté desservant la région. « De là, nous nous trouvons à 300 kilomètres de la fin du projet, sans aucune grande communauté sur notre route. Ainsi, les étapes de préparation et d'exécution seront primordiales. »

Le budget de la NTL a largement dépassé l'estimation initiale pour la planification établie à 400 millions $, et devrait atteindre les 736 millions $ une fois que les derniers chiffres seront comptabilisés. Le Fonds pour l'infrastructure verte du gouvernement fédéral a attribué 130 millions $ du total au projet.

D'après BC Hydro, cette augmentation des coûts s'explique par des coûts de nettoyage de l'emprise plus élevés que prévus, les coûts liés à la compensation et l'atténuation de la perte d'habitat de la faune sauvage, le réacheminement de la ligne afin d'éviter d'importants ruisseaux lieux de frai du saumon ainsi que la négociation et la signature d'ententes sur les impacts et les avantages (EIA) avec la nation Nisga'a et avec huit Premières nations le long de l'installation de la ligne qui, dans certains cas, a impliqué des contrats de nettoyage de l'emprise et de construction de routes d'accès. BC Hydro n'a pas encore révélé les coûts liés aux EIA, mais Bruce Barrett, vice-président de BC Hydro, les a qualifiés publiquement de « sans précédents ».

Le projet NTL a créé environ 280 emplois directs par année de construction, mais il est confronté à une concurrence acharnée pour trouver du personnel qualifié et est soumis à des pressions financières concernant l'équipement en raison de la présence de plusieurs projets de grande envergure dans cette région, notamment à Kitimat où Rio Tinto Alcan modernise sa fonderie d'aluminium pour la modique somme de 3,3 milliards $.

Les pressions en termes de temps sont également importantes, du fait que BC Hydro devait respecter ses obligations contractuelles avec ses deux premiers clients, Imperial Metals et AltaGas. Les équipes ont dû passer les derniers hivers à travailler dans une région bien connue pour ses fortes chutes de neige et ses longues périodes de froid.

Une nouvelle ère minière

Le nord-ouest de la Colombie-Britannique abrite de nombreux gisements minéraux sous-développés, notamment le projet de mine de cuivre-or-argent de Galore Creek qui a été suspendu pendant de nombreuses années en raison des coûts élevés impliqués, mais tous les regards sont tournés vers Imperial Metals et attendent que la société ouvre la voie et mette en service sa nouvelle mine à temps en dépit des marchés de capitaux brutaux.

Steve Robertson, vice-président chargé des affaires générales d'Imperial Metals, explique que la société financera Red Chris par emprunt plutôt que par capitaux propres et avec un flux de trésorerie de ses autres exploitations, à savoir les mines de Mount Polley (cuivre-or, détenue en propriété exclusive), d'Huckleberry (cuivre-molybdène, détenue à 50 %) en Colombie-Britannique centrale et la mine d'or Sterling dans le Nevada.

« Le calendrier pour Red Chris reste inchangé », explique M. Robertson. « Notre programme a toujours été mené par l'objectif de concorder avec la NTL et de commencer la mise en service aussitôt que la NTL est alimentée. »

Red Chris sera une exploitation à ciel ouvert disposant d'une installation de flottation de 30 000 tonnes par jour et dont la durée de vie prévue est de 28 ans. Pour ce qui est du projet de prolongement Iskut, Imperial a reçu ses permis de construire à la mi-juillet 2013 et a commencé le nettoyage dans les 24 heures qui ont suivies, indique M. Robertson. Le budget de la ligne fait partie des 550 millions $ globaux réservés pour les dépenses en immobilisations à Red Chris. Le bloc d'alimentation d'Imperial Metals recevra 52 millions $ pour la ligne lorsqu'elle sera transmise à BC Hydro.

« La NTL est absolument essentielle au développement de Red Chris », explique M. Robertson. « Le projet n'a sans doute pas été développé avant car nous n'étions pas raccordé au réseau. »

En effet, de nombreux projets dans la région n'ont pu se développer en raison de l'absence d'électricité et d'infrastructure, et ce malgré les efforts déployés par certains des plus grands noms de l'exploitation minière au cours du siècle qui s'est écoulé. Cette dynamique devrait changer, étant donné le nombre de projets dont le développement dépend entièrement de la NTL. Outre Red Chris, la liste comprend, entre autres, Galore Creek (NovaGold et Teck), Schaft Creek (Copper Fox Metals), Brucejack (Pretium Resources) et KSM (Seabridge Gold), en plus de centaines de projets se trouvant aux premières étapes d'exploration.

« La ligne de transport d'énergie du nord-ouest représente une étape majeure vers le développement de l'infrastructure nécessaire pour l'avancement de nombreux projets dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, qui aboutiront en fin de compte à la création de centaines de nouveaux emplois et à un investissement de capitaux considérable dans la région », déclare Karina Brino, présidente et directrice générale de l'Association minière de Colombie-Britannique. « Cette nouvelle ligne importante fournira une source fiable d'électricité, pas seulement aux développements en cours dans la région, mais également à toutes les communautés dans lesquelles ils mènent leurs activités. »

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Traduit par Karen Rolland

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