février 2014

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Des compagnies réclament le droit d'offrir des services de financement collectif aux sociétés minières, mais auront-elles du succès ?

Par Anna Reitman

Les plateformes web de financement collectif devraient offrir aux sociétés minières canadiennes une nouvelle voie de financement collectif pour 2014. À ce jour, les compagnies commencent seulement à s'aventurer prudemment dans ce domaine et celles qui y ont goûté affichent divers degrés de réussite. Pourtant, même si ce concept est tout nouveau, un nombre croissant de fournisseurs de plateformes web manœuvre pour obtenir la meilleure place dans ces créneaux.

L'idée à la base du financement collectif consiste à exploiter la puissance d'Internet et des réseaux sociaux en ligne pour accroître la promotion d'un projet ainsi que ses opportunités de financement. Fondamentalement, il s'agit d'une activité à but non lucratif, mais qui devient une forme de plus en plus courante de collecte de fonds dans d'autres secteurs, notamment la technologie.

Il existe quatre types de stratégies de financement collectif : les dons, les dons basés sur des rémunérations, par capitaux propres et par prêt. Pour le moment, cette forme de financement est surtout réservée aux investisseurs accrédités et institutionnels. En décembre, la Saskatchewan est devenue la première province à établir des réglementations pour ses investisseurs particuliers s'intéressant au financement collectif par capitaux propres. Les compagnies basées en Saskatchewan peuvent mobiliser jusqu'à 150 000 $ plafonnés à 1 500 $ par investisseur tous les six mois. L'Ontario se trouve actuellement en période de consultation publique. À l'heure actuelle, seuls les agents de marchés non réglementés au Canada ont la possibilité d'exploiter des portails de financement collectif par capitaux propres.

Chris Charlesworth, cofondateur de la plateforme de financement collectif par dons Catalyst, expliquait que l'un des plus grands avantages du financement collectif est qu'il permet une validation et un retour immédiat à peu de frais. BacTech Environmental a récemment collaboré avec Catalyst sur une campagne visant à rassembler 30 000 $ qui seraient attribués à des travaux de diagnostic visant à déterminer le potentiel d'utilisation des bactéries naturelles pour assainir les résidus sur un site en Bolivie. Ross Orr, directeur général de BacTech, déclarait que la compagnie avait envisagé le financement collectif de ce projet car les fonds qu'elle mobilisait par des moyens traditionnels étaient consacrés à son projet de 20 millions $ Snow Lake dans le Manitoba, lequel devrait être opérationnel d'ici la fin de l'année.

BacTech souhaitait voir son nom apparaître auprès d'un public cible sensibilisé aux questions environnementales et sociales, et pour être répertorié sur Catalyst, l'un des critères est que le projet ait une incidence sociale ou environnementale positive.

La campagne a beaucoup fait parlé d'elle et a attiré l'attention des médias, et un grand nombre d'organisations de haut niveau ont abordé BacTech pour poursuivre ce projet et d'autres. Mais la société, dont le siège se trouve à Toronto, n'est parvenu à collecter que 2 035 $, un résultat décevant par rapport à l'objectif qu'elle s'était fixé (30 000 $). D'après M. Orr, l'une des raisons de cet échec est que la compagnie n'a pas réalisé l'une des règles d'or des campagnes basées sur les dons, à savoir avoir déjà mobilisé environ 30 % du financement avant de lancer la campagne sur le site de Catalyst.

D'après les recherches menées par la plateforme britannique de financement collectif par capitaux propres Seedrs, chaque entreprise en démarrage qui parvient à réaliser 35 % de son objectif réussira à atteindre les 100 %. Par contre, celles qui commencent avec un financement de 0 % n'auront que 15 % de chance de réussir, et ce pour deux raisons, selon Seedrs. D'une part, les investisseurs potentiels veulent s'assurer que la compagnie mobilisant des fonds souhaite et est capable de travailler dur pour attirer des investisseurs dans le réseau. Le comportement humain, d'autre part, est un facteur important ; les gens aiment contribuer à une action qui aboutit.

Concernant l'évaluation de cette expérience, Oscar Alvarado, analyste de recherche sur le projet chez BacTech, expliquait qu'en plus de ne pas avoir diffusé le message à suffisamment de personnes, le projet se trouvait sans doute à une étape trop précoce pour le financement collectif. Il a également fait remarquer que l'équipe avait opté pour une campagne basée sur les dons et non par capitaux propres, notamment en raison du fardeau réglementaire qui accompagne cette dernière. Les réglementations concernant l'action de participation ou le rendement du capital investi sont encore incertaines et nécessiteraient des demandes auprès de la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario, ce qui demanderait d'investir encore plus de temps et de ressources.

Mais l'espace réglementé se trouve « là où se trouve l'argent », expliquait Oscar Jofre, directeur des techniques informatiques chez Klondike Strike. En collaboration avec Jason Futko, il lancera un portail de financement collectif par capitaux propres spécifique à l'exploitation minière à l'occasion du congrès de la PDAC (l'Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs) de cette année à Toronto. « Nous allons voir de nombreux portails verticaux reposant sur les capitaux propres tels que l'exploitation minière, le pétrole et le gaz, l'immobilier et l'énergie solaire », déclarait-il. « Cette transformation de capital est très tentante et importante si l'on considère que le citoyen moyen pourra investir sans que personne ne vienne s'interposer pour dire si c'est une bonne ou une mauvaise affaire. »

Aux États-Unis, les réglementations entourant le financement collectif relèvent de la loi JOBS (Jumpstart Our Business Start-ups). Plusieurs domaines font encore l'objet d'une étude, mais jusqu'à présent aucune compagnie cotée en bourse n'est autorisée à effectuer un financement collectif par capitaux propres, expliquait M. Jofre. À l'heure actuelle, seules les compagnies privées peuvent utiliser le financement collectif.

ExplorationFunder est un autre fournisseur qui tente de faire son entrée dans la sphère du financement collectif. Il concentre la majeure partie de ses efforts aux États-Unis en attendant que les réglementations soient finalisées. Damien Reynolds, cofondateur d'ExplorationFunder, indiquait que son équipe prévoit de mobiliser des fonds pour des sociétés privées et cotées en bourse. « Le marché américain des actions est le plus vaste au monde, et nous sommes d'avis que les investissements dans les ressources naturelles doivent être commercialisés plus efficacement aux investisseurs fortunés ou américains. »

Le site héberge actuellement cinq sociétés d'exploration canadiennes et deux australiennes ayant des actifs en Afrique, en Amérique du Nord et dans la région Australie-Pacifique. Cette année, M. Reynolds souhaiterait « mettre à l'épreuve les capacités » en accomplissant deux ou trois financements de 500 000 $ à 1 000 000 $ et en augmentant le nombre de sociétés représentées à environ 20.

Réussir à mobiliser des fonds, à petite ou à grande échelle, peut constituer un pivot vers la génération de revenus. « Si vous pensez parvenir à un résultat d'ici deux ou trois ans, la partie ne va pas être facile », déclarait Matthew McGrath, président et directeur général de la plateforme de financement collectif par capitaux propres Optimize Capital Markets (OCM). OCM est principalement axée sur les affaires d'envergure institutionnelle qui fluctuent dans la gamme des 3 à 5 millions $ pour plus de 35 000 investisseurs accrédités et institutionnels.

Mais si c'est aux premières étapes de l'exploration que les sociétés ont le plus de mal à mobiliser des fonds, quel intérêt ? M. McGrath pense que l'opportunité pour les sociétés minières est d'avoir accès à une base d'investisseurs diversifiée qui n'aura pas d'influence sur le marché si elle décide de sortir du système. L'ampleur de l'investissement d'OCM est d'environ 250 000 $, et près d'un tiers des sociétés à la recherche d'un financement sont spécialisées dans les secteurs de l'énergie et des ressources naturelles.

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Traduit par Karen Rolland

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