déc '14/jan '15

Québec : Vers un Plan Nord 2.0

Le gouvernement provincial relance son plan de développement du Nord québécois

Par Antoine Dion-Ortega

En juin dernier, le nouveau gouvernement libéral du Québec a annoncé qu’il allouerait 20 millions $ de son budget au financement d’une étude de faisabilité relative à la construction d’une nouvelle ligne de chemin de fer entre Pointe-Noire, près de Sept-Îles, et la fosse du Labrador. Le projet a pris de l’ampleur en octobre, lorsque la société Champion Iron Ltd a annoncé qu’elle se joignait au gouvernement du Québec et à Adriana Resources pour former la Société ferroviaire du Nord québécois (SFNQ), une société en commandite qui étudiera la viabilité d’un chemin de fer multi-usager. Mais ce n’est là que l’une des nombreuses initiatives prévues par le nouveau Plan Nord.

Champion Iron Ltd a toutes les raisons d’insister pour obtenir un accès direct au port de Pointe-Noire plutôt que de négocier auprès de la Compagnie minière IOC un accès à son chemin de fer, le transporteur public Quebec North Shore and Labrador (QNS&L), qui dessert la région. « L’accès au port d’IOC à Sept-Îles ne nous intéresse pas, nous voulons être directement reliés au terminal de Pointe- Noire », expliquait Suzie Kim, chargée des communications corporatives et des relations publiques chez Champion. La société a déjà réservé une capacité de transbordement de 10 millions de tonnes au nouveau quai multi-usager de Pointe- Noire, qui devrait être totalement opérationnel en 2015. De plus, une entente avec QNS&L s’avèrerait « trop coûteuse », ajoutait Mme Kim. La contribution en nature de la société à l’étude de faisabilité se chiffrera à 6 millions $ de coûts irrécupérables tirés de ses propres études sur le transport.

Bien qu’aucun calendrier n’ait encore été annoncé, il est déjà convenu que l’étude de faisabilité s’étendra sur deux phases. La phase I se penchera sur la viabilité d’un lien ferroviaire multi-usager du quai de Pointe-Noire à la région de Fermont, au Québec, où Champion souhaite développer son projet de mine de fer Fire Lake North. La phase II ne sera envisagée qu’à condition que ce premier segment soit économiquement viable. Ce deuxième tronçon de la ligne se rendrait jusqu’au projet de mine de fer de Lac Otelnuk d’Adriana Resources, dans le Nunavik, à quelque 170 kms au nord de Schefferville.

Ce sectionnement par phases a indéniablement contribué à convaincre Adriana Resources de se joindre à l’étude. La société avait décidé de ne pas participer à l’étude de faisabilité lancée par la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) en août 2012 pour un projet similaire, en partie parce qu’elle envisageait une seule ligne menant à Lac Otelnuk, expliquait Allen Palmiere, président et directeur général à Adriana Resources. La capacité prévue au titre du projet du CN ne permettait pas d’inclure la production de Lac Otelnuk, qui pourrait atteindre 50 millions de tonnes par an. « Le CN n’était pas en mesure d’inclure notre tonnage dans ses volumes, et sans notre tonnage, son projet ferroviaire n’était pas viable », indiquait M. Palmiere. « Le tonnage nécessaire pour qu’un chemin de fer soit économiquement viable est d’environ 80 millions de tonnes, ce dont le CN ne disposait pas. » Le CN a fini par abandonner le projet en février 2013.

La pièce d’un plus grand puzzle

La SFNQ ne constitue que l’une des nombreuses initiatives du Plan Nord 2.0, une version moins virulente du Plan Nord initial lancé en 2011 par l’ancien premier ministre Jean Charest, mais dont l’élan avait été freiné par le changement de gouvernement et la baisse des prix des métaux de base. Le plan initial était censé générer des investissements privés et publics de 80 milliards $ sur 25 ans, créer ou consolider 20 000 emplois et renflouer les caisses de l’État grâce à des retombées de 14 millions $. Moins ambitieux, le Plan Nord 2.0 table sur un calendrier plus court, de 2015 à 2020.

Outre la SFNQ, le gouvernement réserve 63 millions $ de son budget 2014-2015 pour le Fonds du Plan Nord, somme qui servira à la réfection de zones importantes visées par le Plan Nord, à savoir la route 389 vers Fermont et la route de la baie James vers Radisson, ainsi que le prolongement de la route 138 au-delà de Kegaska, dans la municipalité de la Côte-Nord. Le budget réserve également 1 milliard $ au fonds Capital Mines Hydrocarbures, qui servira à financer d’éventuels investissements à risques dans les projets miniers, gaziers et pétroliers. Enfin, 100 millions $ seront alloués à la formation d’une main-d’oeuvre qualifiée dans les communautés nordiques et autochtones.

Ces initiatives sont actuellement soumises à toutes les étapes du processus législatif. Le projet de loi 11 a été déposé le 30 septembre par le ministre de l’énergie et des ressources naturelles Pierre Arcand pour mettre sur pied la Société du Plan Nord (SPN), qui tiendra lieu de facilitateur dans les territoires québécois au nord du 49e parallèle. Sa mission consistera à coordonner le développement de projets portant sur les ressources naturelles en s’assurant qu’ils sont conformes à la vision à long terme du gouvernement. « La SPN servira de guichet unique pour les sociétés minières », expliquait Jean Masson, associé à Fasken Martineau. « Dans le contexte actuel, il est difficile de développer des projets dans le Nord ; en effet, quand une compagnie minière souhaite réaliser un projet, elle doit se démener pour obtenir les permis nécessaires et se trouve souvent confrontée aux incohérences entre les politiques des différents ministères. Les approbations des projets prennent souvent trop de temps. »

La SPN sera commanditée par le Fonds du Plan Nord, qui sera lui-même financé par les impôts et les taxes sur le revenu générés par l’exploitation des ressources naturelles dans le Nord, auxquels viendra s’ajouter une contribution annuelle d’Hydro-Québec de 10 millions $ jusqu’en 2017. La SPN devra déposer une demande d’approbation de son plan stratégique, contenant objectifs et échéanciers, auprès du gouvernement. Elle devra toutefois consulter son assemblée des partenaires au préalable, qui inclura les communautés nordiques et autochtones. Aucun calendrier n’a encore été présenté.

Enfin, le budget provincial table sur un investissement de 50 millions $ dans Gaz Métro pour soutenir le développement de son usine de gaz naturel liquéfié à Montréal, destinée à approvisionner les projets miniers des régions nordiques. Le premier ministre Philippe Couillard aura été prompt à promouvoir son Plan Nord 2.0 en personne lors de son séjour en Chine à la fin du mois d’octobre. Il est même parvenu à obtenir une rencontre avec le ministre chinois des terres et des ressources Jian Daming, lequel s’est engagé à faire passer le message auprès de la communauté des affaires chinoise.

Le gouvernement mise clairement sur une reprise du marché du minerai de fer, qui connaît un ralentissement ces dernières années. « Nous disposerons d’une stratégie attirante au moment où les prix remonteront », indiquait M. Masson. « Nous aurons besoin d’investisseurs de Chine et d’Inde. »

Traduit par CNW

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